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Youri Batar & la Liqueur sacrée

Parodie

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#1 Riga

Riga

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Posté 12-05-2013 - 13:56

Cette histoire est reprise d'un sujet déjà ancien, où elle était planquée à la suite d'une autre parodie… J'ai souhaité la remettre en valeur, et la terminer enfin, et pouvoir aussi la proposer à celles et ceux qui ne l'ont pas lue.
Il s'agit donc d'une parodie, un hommage qui j'espère vous plaira à une célèbre saga mettant en scène quelques amis, étudiants sorciers dans une vénérable école qui se nomme ici… Bootbakon.
Les amateurs auront sans doute des détails qui les chiffonneront, mais je demande l'indulgence des spécialistes !
Bonne lecture et à bientôt.


Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 1 : le bonhomme de neige ---


Cette année-là, peu avant Noël, il se passa à l'école de Bootbakon des événements mystérieux qui bouleversèrent la vie de Youri et celle de ses amis Run et Cordery.
Tout commença un matin très tôt, avant l'aube, à l'heure où les élèves de Bootbakon se réveillent.
Dans le dortoir de Youri et de Run et de leur ami Melville Bazample, personne n'avait très envie de se lever : l'hiver, la neige au dehors qui tombait depuis cinq jours, les vacances toutes proches, et surtout la fatigue du travail fourni durant cette première partie d'année, rien n'incitait vraiment les jeunes gens à sortir de sous leur couette.
Mais il le fallait pourtant : Melville fut le plus courageux, et se prépara tandis que ses camarades essayaient d'émerger de leur nuit, puis, habillé et à peu près coiffé, il salua tout le monde et franchit la porte du dortoir. Mais il revint aussitôt, la mine inquiète, expliquant aux autres que l'escalier du palier de leur dortoir était absent, et qu'un message de DoublePorte, le directeur de Bootbakon, les informait qu' « en raison d'événements imprévus survenus cette nuit, les élèves étaient consignés dans leur dortoir jusqu'à nouvel ordre »…
Ne pouvant rien faire d'autre que d'attendre en discutant et s'interrogeant sur ce que pouvaient bien être ces "événements imprévus", c'est ce que firent tous les élèves dans leurs dortoirs respectifs de chacune des maisons, assez heureux pour la plupart que les cours du matin puissent être retardés, voire compromis, par les événements en question.

Youri et Run finirent de se préparer tranquillement, et Run était en train de plier enfin ses affaires en désordre dans son armoire personnelle quand un bruit étrange à la fenêtre leur fit tous tourner la tête. Derrière les carreaux colorés, sur fond de l'aube d'hiver, un forme blanche s'agitait.
« Nadège ! » s'écria Youri, en reconnaissant sa chouette, et il bondit pour lui ouvrir, espérant secrètement qu'elle soit porteuse d'un message de son parrain Hubble Lenoir.
Il ouvrit le panneau de la fenêtre haute, et un souffle glacé entra dans la pièce, une envolée de flocons de neige, et enfin la chouette blanche. Youri s'empressa de refermer la fenêtre et chercha du regard Nadège.
Celle-ci, après le tour du dortoir, vola vers lui et lâcha à ses pieds ce qu'elle tenait dans ses serres… une boule de neige.
Incrédule, tandis que Run éclatait de rire, il regarda la boule de neige sur le tapis, puis jeta un regard furieux à l'oiseau : « Tu te moques de moi ? »
Il y avait en lui l'espoir déçu d'un message de Hubble, rageusement il ramassa la boule de neige serrée et froide qui allait commencer à fondre sur le sol du dortoir, et ouvrant la fenêtre il la lança de toutes ses forces au loin. Instinctivement il s'accorda alors quelques secondes la fenêtre ouverte et suivit sa course dans la pénombre bleutée et les bourrasques de vent et de flocons virevoltants.
La petite boule de neige atterrit en bas de la tour, sur un coin de pelouse enneigée, et il se passa alors un phénomène étrange qui arracha à Youri un cri de surprise : à l'instant même où elle toucha le sol, une forme blanche se déploya, sortant de terre, comme si une voile se gonflait soudainement, et la forme, quand elle s'immobilisa au bout de quelques secondes, prit l'aspect… d'un bonhomme de neige !
Un bonhomme tout à fait classique, avec une écharpe, un balai à la main, une carotte pour le nez, et des boutons sur le ventre et à la place des yeux. Et un grand sourire tourné vers Youri…
« Youri, on se caille ! Tu es fou, referme cette fenêtre !! »
Youri revint de son ahurissement, et au lieu d'obéir à l'injonction criée par Run, l'appela : « Viens voir !
— Quoi ? Brrrr… On va mourir, ferme cette fenêtre, bon sang !
— Regarde, là, le bonhomme de neige !
— Quoi, où ? Il n'y a aucun bonhomme de neige, c'est nous qui allons devenir des bo…
— Là, en bas, au coin de l'allée !
— Il n'y a rien, tu te fiches de nous, et on va tomber MALADES si tu ne te décides pas à FERMER CETTE FENÊTRE !! »

Interdit, Youri s'exécuta, et se tournant vers son ami furieux, lui redemanda : « Tu n'as rien vu ? Pas de bonhomme de neige ?
— Rien, assura Run, tu as rêvé… ou tu te fiches vraiment de moi.
— Non, je te jure : quand j'ai jeté cette boule de neige, et qu'elle a atterri par terre, le bonhomme a… poussé d'un seul coup ! »
Run et Melville éclatèrent de rire : « Sacré farceur, s'exclama Run, tu inventes les graines à bonhommes de neige, éclosion instantanée ! »
Youri, la mine sombre, garda le silence, et s'assit sur son lit, se demandant quel pouvait bien être ce nouveau sortilège…

Une heure plus tard il faisait jour, un jour blanc, balayé par la neige, Youri alla à la fenêtre et vit le bonhomme de neige qui souriait.
Run et Melville, eux, ne voyaient toujours rien de spécial, mais au moins ils ne se moquaient plus : ils prenaient maintenant Youri au sérieux, il se passait quelque chose. Est-ce que cela avait à voir avec les "événements" dont parlait le message de DoublePorte, le directeur ?
Les trois amis, inquiets, discutaient lorsque les portes de tous les dortoirs s'ouvrirent : les escaliers étaient en place et la voix du directeur retentissait dans les couloirs de l'école : « Les élèves doivent se rendre dans leurs salles communes, merci de quitter les dortoirs. »

Youri, Run et Melville se munirent à toute vitesse de leurs affaires de classe et de leur baguette et empruntèrent avec les autres les nombreux escaliers, et se retrouvèrent bientôt dans la salle de leur Maison, les Morhonpionsse, toute bruissante des conversations excitées des élèves à propos des "événements".
En la cherchant instinctivement des yeux parmi les groupes d'élèves dans la salle, Youri et Run se rendirent compte en même temps que Cordery n'était pas là, de même que les filles de son dortoir.
« Où est-elle ? demanda Run à son ami d'une voix angoissée.
— Je ne sais pas, il s'est passé quelque chose cette nuit… » répondit Youri à mi-voix.

Enfin elles firent leur entrée dans la salle, et le silence se fit peu à peu, tant elles étaient pâles et semblaient fatiguées. Elles étaient accompagnées par Athéna Mc Gottadeal, dans sa robe verte et son grand chapeau très chic, qui affichait un masque sévère et soucieux qui incita aussitôt les élèves à cesser leurs conversations et faire silence.
« Écoutez-moi, tous, déclara Mc Gottadeal de sa voix claire et ferme. Ce que je vais vous dire est de la plus haute importance, et je vous demande de ne rien en dire de plus dans l'école, et certainement pas à l'extérieur de l'école, de ne rien inventer d'après mes propos, de ne pas créer des rumeurs entre vous, et SURTOUT PAS avec les élèves des autres Maisons. »
Intrigués, les élèves étaient maintenant parfaitement silencieux, à l'écoute.
Athéna balaya lentement du regard le groupe d'élève, qui put saisir la détermination sans faille de la directrice de la Maison Morhonpionsse, qui reprit d'une voix plus aimable : « Pour que vous preniez la mesure de ce qui s'est passé, je vais laisser Miss Cordery Grenier vous raconter ce que nous savons des événements de cette nuit. Nous vous écoutons, Miss Grenier. Ne dîtes que la vérité, que ce que vous nous avez raconté toutes trois. »

Cordery, plus pâle que jamais, prit alors la parole d'une voix mal assurée, tandis que Run échangeait un regard fou d'angoisse avec Youri :
« Hé bien… cette nuit il s'est passé des choses… étranges dans notre dortoir. Des phénomènes lumineux, des éclairs… qui ne nous ont pas réveillé, mais nous étions dans une demi-conscience, sans pouvoir réagir… Mais nous n'avons vu personne, même si nous sentions une sorte… de présence. Aucune d'entre nous n'a pu dire combien de temps cela a duré. Mais nous sommes sorties de cette léthargie, finalement…
— J'ajoute, enchaîna immédiatement Athéna Mc Gottadeal d'une voix tranchante, que ces demoiselles ont été examinées aussitôt par Mlle Sorbett Poar à l'infirmerie, et qu'elles n'ont subi aucun… que… personne ne les a touchées, j'insiste sur ce point. Est-ce clair ? Confirmez, Mesdemoiselles.
— Oui, oui, balbutièrent les trois élèves en rougissant ou en blêmissant. Effectivement, ajouta Cordery, nous n'avons pas été… touchées, et Mlle Sorbett Poar a été catégorique sur ce point, mais…
— Bien ! s'exclama Mc Gottadeal. Puisque ce témoignage vaut évidemment par son entière franchise et que vous êtes tous convaincus j'en suis persuadée que l'école ne vous cache rien, je me permets d'ajouter ceci pour conclure : bien entendu, depuis la fondation de l'école de Bootbakon, les dortoirs, et notamment les dortoirs des filles, font l'objet de sortilèges de protection très particuliers. Apparemment, ces sortilèges anciens et puissants ont pourtant été contournés, sans conséquences graves fort heureusement. Je puis vous assurer, et j'y mets tout mon cœur, que nous n'avons tous, toute l'équipe enseignante de Bootbakon, nous n'avons de cesse de découvrir ce qui s'est passé. Et nous trouverons. Et si… le coupable est quelqu'un de l'école, le châtiment que nous pratiquerons sera… exemplaire. Et très, très désagréable pour la ou les personnes concernées » conclue t-elle d'une voix si glaciale qui flanqua un frisson à son jeune auditoire.

« Je vous souhaite une bonne journée, les cours reprennent normalement dans une heure, après le petit déjeuner. Bon appétit. Et je compte sur votre silence. Pour tout le monde, il y a eu des manifestations lumineuses dans les couloirs de l'école cette nuit, et nous nous penchons sur le problème. Est-ce clair, messieurs et mesdemoiselles ? »
Approbation confuse dans le groupe des élèves de Morhonpionsse, et Run et Youri, la gorge serrée, virent la directrice de la Maison quitter la salle dans une envolée de robe verte.

Le petit déjeuner se fit dans une ambiance étrange, tendue, pénible, tout le monde était inquiet, personne n'osait parler de ce qui s'était passé, et surtout, Youri et Run ne pouvaient parler devant tout le monde à leur amie.

Ils attendirent la fin du cours de Botanique, et Cordery fut alors bizarrement réticente à répondre à leurs questions, puis elle comprit assez vite que ses deux amis étaient terriblement angoissés pour elle, sans curiosité déplacée ni volonté de la harceler.
« Que s'est-il passé vraiment ? demanda à nouveau Run.
— Hé bien… commença Cordery… ce que j'ai raconté.
— Tu as voulu ajouter quelque chose, remarqua Youri à mi-voix, quand tu disais qu'on ne vous avait pas touchées… et Athéna t'a coupé la parole. Tu as dit "mais"… Mais quoi ?
— Mais… Oh. Mc Gottadeal ne veut pas que nous vous racontions cela…
— Quoi ? demandèrent Youri et Run d'une même voix.
— Nous… »
Cordery prit sa respiration, jeta un coup d'œil autour d'eux et continua en rougissant subitement : « … nous étions nues en sortant de cette espèce… de brouillard… de malaise… Nues et dans le même lit. »
Les deux amis se figèrent, Run avala difficilement sa salive et grogna « Ah ? » et Youri toussota avant de rétorquer à voix basse : « Je comprends qu'il ait été décidé de passer cela sous silence… en attendant de trouver de quoi il s'agit.
— Si les parents apprennent cela, il n'y aura plus une seule fille à Bootbakon ! » remarqua Run en grimaçant, troublé.

Les trois amis, préoccupés, gardèrent le silence, et en parcourant les galeries extérieures emmitouflés dans leur pèlerine de laine, Youri leur demanda soudain de le suivre.
Intriguée, Cordery consulta Run du regard, et celui-ci s'exclama soudain : « Ah oui, ton fameux bonhomme de neige fantôme ! »
Il raconta alors brièvement à Cordery l'épisode étrange de ce matin, et Youri nota avec satisfaction que son ami n'exprimait pas de doute exagéré sur sa version de l'incident : il le croyait.
Le bonhomme de neige était là, à l'angle d'une allée, dans l'air glacé brassé par le vent, la neige tombait toujours, mais moins abondante que ce matin.
Le bonhomme souriait. Mais il ne souriait que pour Youri, et ni Run ni Cordery ne pouvaient le voir : consultés du regard par Youri, ils eurent une moue impuissante et interrogative.

Youri s'approcha en frissonnant, et ce n'était pas le froid.
La tête du bonhomme bougea, il crut que le tas de neige s'effondrait, mais le visage grossier du bonhomme s'illumina d'un sourire plus marqué encore. Il était vivant. Ou en tout cas cela y ressemblait, le bonhomme lui-même ou une force magique quelconque faisait en sorte de donner à ce personnage une allure humaine et une expression.
Et le bonhomme parla d'une voix étrange, limpide et lisse, à la fois glaciale et chaleureuse, Youri n'avait jamais rien entendu de pareil.
« Youri Batar ?
— Oui, répondit le jeune homme au grand étonnement de ses amis, pour qui il parlait tout seul. Vous le savez, qui je suis.
— Effectivement. J'ai des choses à te dire, mais il est trop tôt. Il faut la deuxième nuit, sans doute la nuit prochaine. Reviens me voir après la deuxième nuit, je te dirais. Et je te donnerais quelque chose de moi.
— Que racontez-vous ? Quelque chose de vous ?… Une boule de neige ? La deuxième nuit ? C'est quoi cette histoire ?
— Sois patient. Reviens me voir. »

Le bonhomme se figea, tout simplement souriant, stupide comme un bonhomme de neige véritable avec qui on ne discute pas.
Youri, immobile sous les flocons, réfléchit rapidement à toutes les phrases mystérieuses qu'il venait d'entendre, et eut l'idée de demander au personnage :
« La deuxième nuit ? Ça a un rapport avec le dortoir des filles ? Il va se passer quelque chose ? Elles sont en danger ? »
Le bonhomme cessa de sourire, et Youri eut la sensation qu'il fronçait les sourcils, même s'il n'en avait pas. Et la voix lui répondit, sortant pour lui seul de la bouche de neige : « Un rapport, oui, ainsi vont les choses, l'heure n'est pas encore arrivée d'intervenir, de trouver la clef. Si c'est trop tôt, il ne s'est rien passé. S'il s'est passé quelque chose, il n'est pas trop tard, si tu sais agir.
— Mais c'est horrible ce que… vous… évoquez, s'écria Youri, je ne comprends pas mais… c'est horrible ! s'exclama Youri. Je dois laisser faire… je ne sais quoi… attendre et ne rien faire !
— Tu sais tout ce qu'il te faut savoir. Je suis là pour cela. Reviens me voir… Le redoux n'est pas d'actualité : je ne risque pas de fondre, et je ne bougerai pas d'ici. À votre service, Monsieur Youri Batar. »

Youri eut soudain envie de balancer un coup de pied dans ce bonhomme qui se foutait de lui et le condamnait à attendre il ne savait quoi.
Il se retourna vers ses amis, la mine furieuse.
Ceux-ci le regardaient avec des grands yeux étonnés.
Youri raconta la moitié de la conversation qu'ils n'avaient pas pu suivre : les propos mystérieux du bonhomme de neige.
Run et Cordery se turent, et Youri savait qu'ils combattaient leur propre incrédulité, mais ils se décidèrent ensemble à partir du principe qu'il ne se moquait pas d'eux, que tout ceci était réel.
Cordery et Run étaient d'autant plus enclins à le croire que la menace évoquée concernait le dortoir des filles.
La deuxième nuit aurait lieu, sans doute, et à partir de là on pourrait "agir".
« Mon Dieu, soupira Cordery, c'est encore plus terrible de savoir que quelque chose doit arriver encore ! Que faire ? En parler à Athéna ?
— Non, elle ne pourra sans doute pas faire grand chose… Et si elle le peut et empêche cette fameuse deuxième nuit, le mystère restera entier.
— J'ai peur, Youri ! »
Youri avala sa salive, eut envie de la prendre dans ses bras, mais il vit la tête de Run qui rougissait, l'air féroce, et sourit bêtement : « Ne crains rien, Cordery… nous sommes là !
— Deux apprentis-sorciers et un bonhomme de neige invisible… Je suis entre de bonnes mains et sous haute protection, c'est sûr ! » ironisa la jeune fille.

(À suivre…)

Modifié par Riga, 14-05-2013 - 17:52.

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Posté 13-05-2013 - 01:09

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 2 : la deuxième nuit ---


La journée se poursuivit normalement, mais Youri et Run savaient que leur amie Cordery luttait contre l'angoisse croissante de la nuit prochaine, angoisse attisée par cette étrange dialogue de Youri avec le bonhomme de neige que ni elle ni Run n'avait pu voir ou entendre. La mine fermée, les traits crispés, la jeune fille suivit ses cours en s'astreignant au calme.

Dans l'après-midi le temps se dégrada, le ciel neigeux se couvrit et la température, déjà inférieure à zéro, dégringola, et l'ambiance n'en fut pour les trois amis que plus inquiétante, présageant des drames dont ils ne savaient rien.
Entre deux cours, en milieu d'après-midi, Youri aperçut au détour d'un couloir la silhouette de Calculus DoublePorte, le directeur de l'école, en conversation animée avec Athéna Mc Gottadeal.
Ils marchaient ensemble, et grimpèrent finalement un escalier tournant.
Hors de vue, Youri s'approcha rapidement pour s'arrêter sous l'escalier où la conversation se poursuivait à mi-voix, si bas que Youri ne put saisir que des bribes de conversation : « … ne sais pas ce qu'il prépare mais avec cette inspection du ministre… … catastrophe… présume que ça ne s'arrêtera pas là et qu'il faut… à sortir grâce au sortilège d'AntiCanis Orci, il faut mettre en place un Riparo en plus du… qui… »

Youri s'éloigna silencieusement, réfléchissant à ce qu'il venait d'entendre… Il rejoignit ses deux amis, et ce qu'il leur appris ne fut pas pour apaiser l'inquiétude de Cordery.
Ils discutèrent à mi-voix de ce que pouvait impliquer les propos de DoublePorte et de Mc Gottadeal, et se dirent qu'il était probable qu'un complot visant l'école et sa direction soit en train de se tramer en prévision de la visite d'inspection du ministre.
Cordery lança un regard sombre à ses deux amis : « Si un scandale éclate à l'école durant une inspection de la plus haute autorité administrative et politique de la magie, le retentissement sera énorme, et rien ne pourra le contrer.
— C'est sans doute cela qui est en jeu. Mais que pouvons-nous faire ?
— Je vais me renseigner sur les sortilèges dont ils ont parlé, sourit Cordery, l'AntiCanis Orci, et le Riparo. Tu es sûr, Youri, que ce sont ces noms-là ?
— Hé bien… heu… Il me semble. » répondit prudemment Youri, hésitant mais heureux de voir la jeune fille sourire à nouveau.

Durant l'étude en fin d'après-midi, Cordery étudia quantité de livres dans la grande bibliothèque et rejoignit Youri et Run avec un sourire qu'ils connaissaient bien : ses recherches avaient été fructueuses… Rien ne faisait plus plaisir à Cordery.
« Il semble, annonça t-elle, que le sortilège de Canis Orci soit celui qui protège les dortoirs, mais je n'en ai pas trouvé la confirmation explicite, c'est sans doute un secret bien gardé. "Riparo" est un terme générique, c'est un sortilège de protection, un rempart pour protéger un endroit. Et nulle trace de l'AntiCanis Orci, mais il est fait mention dans un des livres que j'ai consulté d'un sort appelé Flama Virtus dont il est dit qu'il "protège les jeunes filles", et il y a dans la magie noire un sortilège qui porte le nom d'AntiFlama Virtus, dont il est dit dans une note qu'il est souvent utilisé avec "l'AntiC.O".
— Cela ne nous avance guère », grommela Run.
Youri, devant la mine dédaigneuse et déçue de Cordery, s'empressa de remercier la jeune fille : « C'est intéressant, je trouve. Merci de toutes ces informations… Même si on en sait pas encore à quoi cela correspond, c'est toujours bon d'en savoir le maximum sur le sujet ! »
Run leva les yeux au ciel et murmura à Youri quand Cordery tourna le dos : « 'Spèce de fayot ! »

Après le dîner ils se souhaitèrent bonne nuit, Cordery eut un pâle sourire et leur glissa avant de monter « Tout a sans doute été fait pour que nous passions une nuit tranquille… » et elle monta l'escalier.
Une fois dans leur dortoir, Run et Youri travaillèrent pendant une heure en silence pour les contrôles prévus le lendemain, ou tout du moins essayèrent, tant ils étaient soucieux. Melville, lui, se coucha et s'endormit.
Un moment donné, Youri, nerveux, alla à la fenêtre. Le bonhomme de neige luisait faiblement dans la nuit derrière l'écran de neige tourbillonnante, son sourire tourné vers lui.

Run rejoignit son ami : « Il est là ?
— Oui. J'aimerais savoir ce qu'il sait.
— Et moi j'aimerais le voir et y croire ! » rétorqua brusquement Run avant de regagner sa place.
Youri n'insista pas, il laissa tomber, bien conscient que son ami, amoureux de Cordery, était fou d'inquiétude pour elle.
Ils se couchèrent finalement, et eurent du mal à trouver le sommeil.

Le lendemain ils ne traînèrent pas pour se préparer, et la sortie du dortoir leur fut permise, ce qui les rassura quelque peu.
Mais hélas Cordery et ses deux camarades de dortoir n'apparurent pas durant le petit déjeuner, et les deux amis eurent les plus sombres pressentiments quant à cette fameuse "deuxième nuit".
Finalement la jeune fille, l'air très perturbé, le teint livide mais les yeux rouges, comme si elle avait pleuré, arriva juste avant le cours de Potions, mais ni Youri ni Run, déjà assis à leur bureau, ne purent la rejoindre pour l'interroger, et la jeune fille, le regard absent, ne tourna pas la tête dans leur direction.
Les deux amis bouillaient d'impatience, et à peine le cours terminé, ils prirent sur eux pour ne pas courir vers Cordery.
L'inter-cours durait plus d'un quart d'heure, ils avaient sans doute le temps de discuter avec la jeune fille. Elle resta silencieuse le temps qu'ils trouvent un couloir peu fréquenté, et alors elle éclata brusquement en sanglots.
« Oh c'est terrible ! s'exclama t-elle d'une voix étranglée.
— Que s'est-il passé ?! demandèrent Youri et Run d'une même voix vibrante d'angoisse.
— La même chose que la nuit dernière, sanglota Cordery, mais en plus… Il y a eu…
— Quoi ??
— Une chose écœurante…
— Dis-nous ! intima Run. Est-ce que vous avez été… touchées ?
— Non… Non, d'après l'infirmière et Mc Gottadeal… Non. Mais le même… engourdissement profond, plus fort peut-être, et comme hier nous nous sommes retrouvées nues dans la même lit après, mais sur le sol et sur les draps, et sur le mur… une chose… écœurante.
— Quoi ? Je t'en prie, Cordery, je sais que c'est difficile, murmura Youri, mais tu dois nous dire…
— Une flaque énorme, épaisse d'une sorte… de liquide blanchâtre, translucide, gluant, il y avait partout sauf sur nous, et une odeur… oh… épouvantable, comme des fruits de mer avariés, rien que d'y penser, j'ai envie de vomir !
— Du sperme ! s'écria Run, et la jeune fille et Youri se tournèrent vers lui, surpris.
— Oui, j'ai entendu Sorbett Poar parler de cela avec Athéna, s'exclama la jeune fille. De quoi s'agit-il, Run ?
— Heeeu… C'est… hum. C'est le liquide… sexuel des garçons. Pour heu… Pour faire les bébés. Et… Heu…
— Oui ? demanda Cordery à Run qui rougissait du front au menton.
— Hé bien… reprit Run d'une petite voix, il semble que… comment dire ?
— Dis-nous, l'aida Youri, s'il te plaît ?
— Ahem… Bien… Heu… On peut faire… une… heu, théorie. »
Run se gratta la tête, mal à l'aise, avant de poursuivre : « Le dortoir a sans doute été le théâtre d'un sortilège pour vous… obliger à vous mettre nues… et sans doute y avait-il quelqu'un qui… hum… qui vous observait et… comment dire ?… qui s'excitait de vous regarder… qui s'excitait et se… masturbait devant le spectacle.
— C'est quoi se masturber ? » demanda Cordery.
Youri, lui, en avait une petite idée : depuis sa chambre, un soir, il avait entendu Mr Bubbley qui accusait son fils Grabley de s'être masturbé avec un magazine "cochon". Et Youri avait vu le magazine en question dans la poubelle de la cuisine le lendemain, il était seul, il l'avait feuilleté : des femmes nues, dans des positions d'abandon, avec des tenues très déshabillées. Cela l'avait troublé, bizarrement, mais il n'avait pas cherché plus loin.
Oui, Youri comprenait la théorie que Run, très gêné, tentait d'expliquer.
« Se masturber, c'est… Houlà… heeeu… pour les garçons… se toucher le sexe pour… pour jouir. Et… Jouir, hé bien… quand ça se passe… hem… dans le sexe des femmes, cela peut permettre de faire… des bébés, enfin : un bébé, je veux dire : une grossesse, quand la femme tombe enceinte, tu vois ? C'est le résultat de la jouissance… de l'homme dans le sexe de la femme. Mais se masturber… c'est… C'est pour jouir par excitation.
— Pour rien, pas pour la grossesse ? Tout seul ? Mais… Quel intérêt ? demanda Cordery, les yeux ronds.
— Hé bien heu… heu… c'est par plaisir : ça fait plaisir, les garçons… les hommes font cela… pour ça.
— Et toi tu as fait cela ? » demanda encore Cordery, les sourcils froncés.
Run rougit encore plus fort, au point que ses cheveux roux parurent tout pâles. Il avala difficilement sa salive et reprit d'une voix faible et pitoyable : « Hé bien… mes frères m'ont… expliqué tout cela… ahem… tu sais… quand on vit dans… heu… une famille nombreuse, on… apprend tout un tas… tout un tas de choses.
— Mais dis-moi, lança Youri pour venir en aide à son ami et faire diversion au regard perplexe de Cordery, puisque tu sais des choses : quand on jouit, ce n'est jamais… aussi… abondant que ce que les filles ont constaté dans leur dortoir ? Il y en avait partout, d'après ce que tu dis, Cordery.
— Oui c'est sûr, s'exclama la jeune fille avec une grimace de dégoût. Sauf sur nous.
— À mon avis, déclara Run avec un sourire en se redressant, vous deviez avoir un sortilège de protection autour de vous pour ne pas… ne pas être éclaboussées ni touchées par l'individu. Ou les individus : tu as raison, Youri, les quantités de… de sperme que tu as vu sont… tout à fait anormales pour un être humain, et même… plusieurs. Je ne sais pas de quelle créature il s'agit, mais… C'est étonnant.
— Je sais, déclara Cordery en retrouvant ses couleurs et son air combatif : il nous faut trouver quelle est la créature qui a des… comment dire ? Des manifestations de jouissance aussi abondantes. Je vais chercher à la bibliothèque cet après-midi. Je pense que je peux demander à être dispensées de cours après ce qui s'est passé : Athéna me l'a proposée.
— Oui, mais ça m'étonnerait que la bibliothèque de Bootbakon, la bibliothèque officielle en tout cas, recèle des ouvrages traitant de ces sujets, remarqua Youri, l'air sceptique.
— Ah oui, consentit Cordery en fronçant les sourcils, tu as sans doute raison. Mais je vais tout de même chercher des pistes… Je vous dirais. En tout cas, ajouta t-elle en se tournant vers Run en souriant, merci de tes précisions, heureusement que tu as des frères aussi… délurés.
— Euh oui, sourit Run, l'air confus.
— Mais dis-moi ?
— Oui ?
— Les filles aussi peuvent se masturber, et jouir ? »
Run, comme frappé de stupeur, ouvrit des yeux comme des soucoupes, et resta bouche bée, tout pâle cette fois, puis péniblement il répondit : « Eeeeeeuh… Oui… Sans doute… Je ne sais pas… Sans doute… Mais… la jouissance… heu… n'est pas… aussi… enfin comment dire ? Ça ne s'éjecte pas… pas comme ça… sans doute pas… J'en sais rien… heu, voilà. Chais pas. »
Avec un grand sourire, la jeune fille salua les garçons et disparut au coin du couloir, laissant Run défait. Youri, lui, avait une irrépressible envie de rire.
« Bon sang, grommela Run. Si j'avais su que je lui expliquerai ça… à elle.
— Oui, c'était bien trouvé, le coup des frères, s'amusa Youri.
— Ah mais c'est vrai, c'est comme ça que ça a commencé ! se défendit Run en rougissant de nouveau. Mais bon sang, si elle savait », ajouta t-il à mi-voix.
Youri éclata de rire, et lui tapa gentiment dans le dos : « Tant que tu n'es pas le visiteur nocturne du dortoir, moi je ne veux pas savoir ! » déclara t-il.

Après les cours de la matinée, Youri alla braver le froid le vent et la neige, seul, pour rendre visite au bonhomme de neige.
Celui-ci avait l'air pensif, mais il reprit son étrange sourire en voyant Youri s'approcher.
« Youri Batar !
— Lui-même en personne, ironisa le jeune homme. La deuxième nuit a eu lieu.
— Oui.
— Il est temps d'agir, alors…
— Il est temps de comprendre, rectifia le bonhomme de neige.
— Je ne demande que cela, rétorqua Youri. Qui est venu dans le dortoir ? Est-ce qu'il y avait un sortilège de protection pour épargner les jeunes filles ? Qu'est-ce qui se prépare, dîtes-moi ? Est-ce que tout cela a un rapport avec la visite du ministre ? Est-ce qu'il faut…
— Holà, holà mon jeune ami, s'écria le bonhomme, assez de questions ! Je n'ai pas les réponses.
— Alors quoi ? lança Youri. Vous servez à quoi ?
— Je suis un guide, répondit-il d'une voix suave, un guide sur le chemin de ce qui arrive, mais réfléchit : qui sait ce qu'il adviendra, qui connaît le bout du chemin, et même les bas-côtés du chemin ? Je suis un guide, répéta t-il.
— Bien, d'accord, admit Youri, agacé. Alors guide-moi, je suis dans le brouillard. Pas de réponses, OK, mais peut-être un indice ? Tu parlais de "quelque chose de toi", hier.
— J'allais y venir. Prends ma carotte.
— Hein ? Quoi ?
— Ma carotte. Mon nez. Prends-la. »

Intrigué et perplexe, Youri avança la main et prit la carotte, il tira dessus, et elle glissa, laissant le visage du bonhomme avec un gros trou rond au milieu. C'était une grosse carotte assez longue dont Youri s'étonna qu'elle ne fut pas froide malgré les températures affreuses qui régnaient dehors.
« Et heu… je fais quoi avec ? »
Le bonhomme répondit avec une voix nasillarde qui fit sourire Youri, qui s'interrogea brièvement sur la sphère ORL des bonhommes de neige : « Dode-la à celle gui sait lire les libres : elle d'en derbira, elle droubera la glef, et les libres guondiennent les indizes gu'il faut sur le chebin.
— Elle ? Cordery ? » interrogea vivement Youri, mais c'était trop tard : le bonhomme de neige, avec un dernier sourire de sa face défigurée, s'effondra brusquement, la neige retourna à la neige, et le tas s'écroula pour disparaître purement et simplement dans un tourbillon de vent qui piqua le visage du jeune homme, et puis il regarda la surface plane et blanche du sol.
Comme si rien n'avait été.
Dans la main de Youri, seule la grosse carotte témoignait de cette rencontre étrange avec le bonhomme. Il enfouit le légume dans sa poche et courut se mettre à l'abri du vent et surtout, trouver Cordery.

Il l'aperçut qui venait de la bibliothèque et allait vers la salle commune des Morhonpionsse pour le repas de midi, et alla à sa rencontre : « Tu avais raison, Youri, commença la jeune fille à mi-voix : rien dans les livres concernant la vie sexuelle de quelques créatures que ce soit, le sujet n'est pas abordé du tout, nulle part !
— 'M'étonne pas, sourit Youri. Mais il doit y avoir quelque part des livres interdits aux étudiants, même les étudiants majeurs comme nous…
— Oui, j'en suis certaine, rétorqua Cordery, le regard brillant à l'évocation de livres hors de portée de sa curiosité. Mais où ?
— Justement… » commença Youri, l'air mystérieux, en entraînant son amie vers un coin moins fréquenté des couloirs, et en priant pour que Run n'apparaisse pas. Il sortit discrètement la carotte et la montra à Cordery.
« C'est pour toi.
— Hein ? Mais je ne suis pas un lapin !
— Quoi ? Ah oui… Mais… C'est le bonhomme de neige qui m'a donné cela, c'est son nez. Il y a un message. Il m'a dit… j'ai bien retenu : « Donne-la à celle qui sait lire les livres, elle s'en servira, elle trouvera la clef… et heu… les livres, oui c'est ça : les livres contiennent les indices qu'il faut sur le chemin » !
— Quoi ? Ça veut dire quoi ? Quel chemin ?
— Le chemin de la vérité, pardi, il m'a dit juste avant qu'il n'avait pas de réponses, mais qu'il était un guide sur le chemin. Et cette carotte, c'est heu… une indication.
— Une carotte pour trouver la clef ? Tu te fiches de moi ? gronda Cordery.
— Mais je ne fais que…
— Alors tu vas lui dire qu'il peut…
— Rien du tout : il a donné le message et a fondu, disparu, pfuitt ! »

L'air mécontent, la jeune fille dévisagea son ami, qui avait l'air sincère et confus, désolé, et cette histoire, à tout prendre, était tellement loufoque qu'elle pouvait très bien être vraie.
« Bon, d'accord, je te crois. Et je fais quoi avec ? Je la mange ?
— Je n'en sais rien, Cordery, rien du tout… Mais elle est à toi, en tout cas, s'exclama Youri, prit d'une soudaine inspiration, avec un grand sourire : celle qui sait lire les livres, c'est certain, c'est toi ! »
Touché. La jeune fille rougit de plaisir, c'était à ses yeux le plus beau des compliments.
« Bien, je vais… réfléchir à cette énigme. Je ne vais pas déjeuner avec tout le monde. Il faut que je trouve… À mon avis…
— Oui ?
— Les livres dont parlait ce bonhomme de neige, ce sont ceux auxquels nous n'avons pas accès ! »
Elle sourit et fit demi-tour, laissant Youri intensément soulagé, qui prit la direction de la salle commune. Il se demandait s'il lui fallait parler de la carotte à Run…

Cordery, soucieuse et concentrée sur ce mystère, décida de rejoindre son dortoir. Il avait été nettoyé dans la matinée de l'immonde flaque laissée par le ou les mystérieux visiteurs, et même l'odeur avait été évacuée, remplacée par un parfum léger de forêt, fort agréable.
Elle serait tranquille pour réfléchir : ses deux compagnes de dortoir, sous le choc, avait fait le vœu presque hystérique de ne plus remettre les pieds dans cette pièce, et leurs affaires n'étaient plus là.
En montant ici elle avait senti dans l'escalier les vibrations de la puissance du sortilège qui protégeait les lieux depuis les événements étranges de cette nuit.
Elle était tranquille, au calme. Dehors il neigeait, il était midi mais il faisait presque nuit tellement il faisait mauvais… Mais elle se sentait bien, excitée par ce nouveau mystère qui, apparemment, trouverait sa solution dans les livres, et qui lui avait été confié sous la forme absurde de cette carotte posée sur son petit bureau.
Elle ôta sa pèlerine, continuant de réfléchir, et décida soudain de se mettre au lit pour réfléchir à tout cela. Ce serait plus confortable, et comme elle était dispensée de cours, autant en profiter !
Elle se déshabilla, enfila sa chemise de nuit en coton blanc, et posant la carotte sur sa table de chevet, elle se fourra sous les draps avec un frisson de plaisir.
Bien, voilà… Réfléchissons.

Elle tenta de structurer sa réflexion, d'organiser ses pensées, mais elle se souvint malgré elle des révélations qu'avait faites Run sur les événements de cette nuit… La jouissance, la masturbation… C'était bizarre. Par plaisir, avait dit Run. Se toucher. Elle s'interrogea sur ce que cela pouvait être pour les femmes, même si d'après ce qu'il avait expliqué, ce n'était sûrement pas une femme qui avait… joui partout dans la pièce.
Elle s'obligea à reprendre le fil correct de ses pensées : le message du bonhomme de neige.
Sur la table de chevet, elle prit la carotte.
Elle devait s'en servir. Mais comment ? La manger ? Elle essaya de croquer dedans mais la carotte, curieusement, ne se laissa pas couper par ses dents : elle résista, elle était dense, d'un tendreté que les incisives et les canines de Cordery ne purent rompre.
Intriguée, elle regarda le légume étrange, qui lui parut tiède. Bizarre.
Elle essaya de nouveau, en vain, mais eut une sensation étrange à avoir la carotte dans sa bouche. Puisqu'elle ne pouvait la manger, elle la suça : peut-être fondrait-elle comme le bonhomme de neige. Elle ressentit alors un trouble curieux à sucer doucement cette carotte, des frissons lui parcoururent le corps, le ventre, les jambes.

Elle s'interrompit, inquiète. Elle se rendit compte qu'elle avait chaud. Et que ses seins étaient tendus, comme parfois sous la douche quand elle se savonnait : la sensation était plutôt agréable, elle aimait bien… Elle toucha ses seins, qui réagirent en accentuant ses frissons.
Houlà. Cordery s'aperçut quelle avait le souffle court, désordonnée. Elle recommença à caresser sa poitrine, ferma les yeux, et eut l'idée étrange de s'en caresser les pointes avec la carotte, à travers le tissu. C'était délicieux, vraiment !
Elle avait trop chaud, désormais. Puisqu'elle était assurée d'être tranquille, elle se leva et ôta sa chemise de nuit, ne gardant que sa culotte, et s'allongea sans rabattre la couette sur elle.
À nouveau, elle promena le bout de la carotte mouillée de salive sur le téton dressé de son sein gauche, et s'aperçut, étourdie, que son autre main caressait le sein droit, et aussi qu'elle serrait les cuisses l'une contre l'autre…
Run avait parlé… du sexe de l'homme dans le sexe de la femme pour qu'elle tombe enceinte… Elle ne savait pourquoi, mais cette idée l'échauffait, l'excitait. Son sexe ?
Elle écarta un peu les jambes et il lui sembla alors que la carotte devenait plus chaude encore. Elle sentit alors confusément qu'elle était sur la bonne voie pour "l'utiliser". Elle enleva sa culotte.

Cordery, prise de légers vertiges, commença à caresser les poils légers au dessus de son sexe, c'était doux, elle y promena la carotte d'une main, en se caressant les seins de l'autre, elle se sentait comme en ébullition et s'aperçut qu'elle gémissait sourdement.
La pointe de la carotte… elle la fit descendre, et sentit soudain comme un pincement, une petit décharge qui lui arracha un cri bref, et serra instinctivement les cuisses. Elle se figea, puis elle fit coulisser un peu la carotte entre ses cuisses serrées… C'était bon, c'était ça sans doute, le plaisir de se masturber pour une femme. Elle eut envie de rire ! Que cette carotte venue de nulle part était un beau cadeau !
Cordery à nouveau écarta les jambes, chercha un peu et retrouva très vite le point précis, en haut de la fente de son sexe qu'elle avait déjà observé dans une glace, qui lui procurait cette petite décharge chaude.
De l'autre main, elle chercha aussi, et trouva un petit renflement de chair qui était le centre, semble t-il, de ses sensations fortes et inconnues. Elle le frotta, et se mit à gémir, tandis qu'elle faisait descendre la carotte le long de sa fente, qui s'humidifiait.
Elle poussa un peu la pointe de la carotte en continuant à frotter, les deux choses lui procuraient du plaisir, elle poussa encore, la carotte semblait brûlante, elle poussa, ça résistait un peu, mais la carotte était chaude et bonne, et son sexe tout mouillé : elle continua, cria un peu, et la carotte entra plus facilement, elle accentua sa poussée, cherchant son souffle, puis elle la ressortit, et la fit à nouveau glisser en elle, et recommença, déclenchant dans son ventre et dans sa tête des décharges mouvantes, supérieurement agréables.
Elle continua donc, accéléra, les cuisses maintenant grande ouvertes, la tête rejetée en arrière, ses cheveux étalés sur l'oreiller. Comment avait-elle pu ignorer ce bonheur fou ?
Sa main gauche s'agitait à toute allure, faisant de la carotte une vigoureux piston qu'elle enfonçait de plus en plus, et dont elle se régalait de la course frénétique, sa main droite, crispée, faisait frotter ses doigts sur le petit renflement excité en haut de sa fente, et sa tête commençait à partir, parcourue d'étincelles.

Et soudain elle poussa un cri dont elle craignit par la suite s'il n'ait été entendu de toute l'école, elle se cabra, sursauta sur son lit défait, et la carotte plantée au fond de son ventre agité de spasmes irrépressibles elle retint son souffle, ce fut dans son cerveau et tout son corps raidi par la force de cette décharge ultime, terriblement forte, un véritable feu d'artifice, elle resta figée, puis retomba sur son lit tandis que les frissons continuaient de se répandre en elle en vagues régulières.

Elle reprit son souffle, fit glisser la carotte trempée hors de son sexe encore palpitant. La vaaaache ! Que c'était bon !
Elle en était toute étourdie, épuisée.
Qu'elle avait attendue longtemps avant de connaître ce plaisir fulgurant !
Elle eut honte d'avoir été si longtemps naïve et de ne pas s'être intéressée plus tôt à son corps, pendant toute son adolescence : le savoir, la connaissance, Cordery l'intello, avec ses seins excités, gonflés depuis longtemps, et son corps de femme qu'elle laissait de côté. Quelle conne j'ai été !
Elle sentit qu'elle avait froid, elle se sentit vide, fatiguée au-delà de tout, elle se pencha, rabattit la couette toute douce sur son corps nu, et n'eut plus qu'une envie : dormir dans le souvenir des délices inédites qu'elle venait de connaître !
Cordery eut tout de même le réflexe de cacher la carotte avant de se laisser aller, de plonger dans le sommeil, elle ouvrit le tiroir de sa table de chevet… et poussa un cri de surprise : il y avait dedans… une clef !

Cette clef n'y avait jamais été, elle en était certaine ! Elle éclata de rire : c'était donc bien ainsi que la carotte devait être utilisée par celle qui savait lire les livres !
Mais les livres attendront, les mystères aussi, et la clef, même la clef. Cordery, en soupirant de bonheur, ferma les yeux et s'endormit aussitôt.


À suivre…

Modifié par Riga, 14-05-2013 - 17:55.

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#3 Riga

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Posté 13-05-2013 - 18:27

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 3 : la septième clef ---


Run se pencha vers Youri au dessus de la table, et tentant comme il pouvait de maîtriser sa voix, il gronda, le visage crispé :
« Attends… Tu te fous de moi ? Tu veux bien répéter ce que tu viens de dire ?
— Hé bien je… je lui ai donné la carotte, comme me l'avait indiqué le… le bonhomme de neige… répondit à mi-voix Youri, hésitant.
— Pour qu'elle "l'utilise" ! Ah ah ! Bien vu le bonhomme ! Non, mais tu te rends compte ?
— Euh… Non… Où est le problème, j'ai suivi les instruc…
— Soit tu es complètement idiot, ou totalement ignare, ou les deux, ou bien tu te fous de moi, et c'est une stratégie depuis le début pour arriver à tes fins avec elle !
— Hein ? Mais tu es fou ! Mais pourquoi ? Explique-moi, arrête de t'énerver, je pige pas. Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
— Totalement ignare, ça se confirme, c'est désespérant… », décréta Run, le regard menaçant, manifestement furieux sans que Youri comprenne quoique ce soit à la réaction de son ami.
Run regarda son assiette, s'obligea à découper sa tranche de rôti calmement, mangea en silence en tentant de se calmer.

« Reprenons, murmura t-il. Un bonhomme de neige te dit de donner une carotte à une fille pour qu'elle l'utilise, cette fille c'est Cordery, et toi tu lui offres. Allez hop, cadeau.
— Hé bien oui, puisque c'était les instruc…
— Laisse tomber. Tu crois qu'elle est censée en faire quoi ? La râper ? L'offrir à son tour à son cochon d'inde ou à sa tortue ? – Ah non, les tortues, ça mange de la salade –…
— Eeeeuh… Je ne sais pas, répondit Youri, de plus en plus perplexe. Le bonhomme n'a pas dit, justement, comment elle devait l'util…
— Non mais c'est pas vrai… Tu n'as plus cinq ans, Youri, tu es un grand garçon, et autour de toi, les filles ont passé l'âge de jouer à la poupée ou à la marelle ! Tu as entendu parler des sex-toys ?
— Hein ? Non, c'est quoi ? »
Run soupira longuement.
Puis il reprit d'une voix patiente, plus basse encore car ils étaient entourés d'étudiants en train de déjeuner : « Mes frères en vendent sous le manteau, avec des jolis noms : "La bougie dansante", "Le cigare trembleur", ce genre de choses… Bon, Youri, ajouta Run en voyant que son ami ne comprenait toujours pas, ce sont des… accessoires pour les filles, et même pour certains garçons, mais je ne vais pas compliquer les choses, disons que c'est pour les filles, pour prendre du plaisir mais sans sexe masculin. C'est… un substitut. Et cette carotte, c'est évident, est destinée à cela.
— Hein ?? s'exclama Youri en ouvrant des yeux ronds. Mais voyons, c'est impossible ! Jamais le bonho…
— Sors de ton monde de petit garçon, Youri, merde, tu as largement l'âge de te rendre compte… et d'offrir aux filles d'autres choses que des carottes… MAIS si tu pouvais à l'avenir éviter de fournir à Cordery de quoi s'amuser, ça m'arrangerait ! ajouta Run les yeux flamboyants de colère.
— Tu te trompes sûrement, Run, déclara Youri en se redressant, je suis persuadé que tu te trompes complètement ! En tout cas jamais je n'ai eu l'intention de… jamais je n'ai imaginé que… Enfin ce genre de choses !
— On dirait ma grand-mère, railla Run. Et encore, elle en connaissait très tôt beaucoup plus que toi, rayon choses de la vie !
— Tu te trompes, répéta Youri, offusqué.
— Je parie que non. Mais c'est trop tard… À moins que Cordery soit aussi gourde que toi, et qu'elle ait mangé la carotte avec de la vinaigrette, ce qui est toujours possible. »
Youri lança un regard incertain, perplexe, à son ami, et ils finirent leur repas silencieusement, les yeux baissés sur leur assiette.

L'après-midi, après les cours, ils revinrent à la salle commune, et aperçurent Cordery qui lisait un livre, assise dans un grand fauteuil. Celle-ci, en les voyant, se leva précipitamment et vint à leur rencontre, et ils sortirent de la salle pour aller dans un couloir tranquille.
« Il y a du nouveau ! s'exclama t-elle, toute excitée, avec un grand sourire. Une clef ! Comme l'avait prédit le bonho…
— Vous m'emmerdez avec votre bonhomme de neige, répliqua Run d'une voix sinistre. La carotte, ajouta t-il tout bas, je veux savoir.
— Oui, heeeu… quoi la carotte ?
— Tu l'as utilisée, donc, comme tu en avais l'instruction ?
— Hé bien… heeeu… commença t-elle en rougissant.
— Une bonne petite hésitation vaut mieux qu'un long discours, tu vois ? » déclara Run, la bouche pincée, en se tournant vers Youri. Celui-ci, stupéfait, regarda Cordery qui rougissait de plus belle : « Alors tu as… heu…
— J'ai utilisé la carotte… de façon… intime, on va dire…
— Ah super. Et c'était bon ? railla Run, d'un ton plein d'amertume.
— C'était absolument délicieux, réellement divin, répondit aussitôt la jeune fille d'un air de défi. Merci donc à toi, Youri, pour ton cadeau, et à toi, Run, pour tes précisions sur le plaisir de la masturbation. »
Désarçonné et brusquement troublé par la crudité du propos et des mots employés, Run ne sut que répondre, et Youri, ahuri, regardait ses amis l'un après l'autre : ça allait décidément trop vite pour lui !

« Et après avoir… joui, continua la jeune fille, j'ai voulu cacher la carotte dans ma table de nuit, et dans le tiroir, il y avait… cette clef ! »
Il sortit de sa poche une clef étrange, dorée, assez volumineuse, avec une partie sculptée compliquée, elle paraissait ancienne. Sur la partie plate était gravée un motif étrange, comme un blason, avec un triangle et trois griffes. Les garçons l'examinèrent, perplexes, et puis Youri balbutia : « Ce motif… Il me dit quelque chose… Je l'ai… déjà vu… quelque part. Mais où ?
— J'ai une bonne connaissance des ouvrages héraldiques, déclara Cordery avec une tranquille suffisance, mais ce blason, si c'en est un, ne me dit rien… »
Ils continuèrent à examiner la clef, et soudain Youri s'exclama : « Ça y est, je sais ! C'est sur un tableau, dans le couloir, près du bureau de Mc Gottadeal. Oui, un tableau représentant… Je ne sais plus, un roi français blessé… Dans un tournoi, je crois…
— Henri II ! s'écria Cordery. Oui, j'ai vu le tableau !
— Hé bien, reprit Youri en souriant, sur son bouclier, il y a ce blason, j'en suis presque certain !
— Calmez-vous, dit Run, l'air agacé. D'abord si c'est près du bureau de Mc Gottadeal, ça va être difficile de s'y rendre sans se faire remarquer, et puis ensuite… Ça ne nous donne pas la clef… de la clef !
— Mais il faut aller voir, s'exclama Cordery. Mc Gottadeal va être occupée avant le dîner, elle ne sera pas dans son bureau, c'est le bon moment. Et puis ce n'est pas une zone interdite !
— Bon, admit Run d'une grimace. Mais je ne trouve pas que ce soit…
— Oh, arrête de faire la tête ! » rigola Youri.

Les trois amis s'élancèrent dans les escaliers et les couloirs en tentant d'avoir l'air de rien, et surtout pas d'avoir l'air en mission pour découvrir un secret.
Ils ralentirent en s'engouffrant dans le fameux couloir, désert.
Le tableau était là, et dans le cadre doré, le malheureux roi s'agitait, un genou à terre, en armure, il tentait d'ôter son heaume malgré un éclat de lance qui était enfoncé dans la fente de son casque à l'emplacement de l'œil, du sang coulait, c'était impressionnant.
Le blason, sur le bouclier posé sur une palissade à droite de la scène, était identique dans son dessin au décor gravé de la clef.

Ils se plantèrent devant le tableau, jetèrent un coup d'œil sur le couloir, à droite et à gauche, et s'approchant, Cordery prit la parole d'une voix retenue : « Votre Majesté ? demanda t-elle en français.
— Qui parle ? s'écria le roi en cessant de se tortiller douloureusement.
— Moi, votre Majesté. Cordery Grenier, pour vous servir.
— Oooh. Mes hommages, Mademoiselle. Il y a fort longtemps ma foi que personne ne m'a adressé la parole, et je suis ravi de voir, même si ce n'est que d'un œil, que c'est une fort jolie jeune dame qui le fait…
— Qu'est-ce qu'il raconte ? C'est du français… murmura Run.
— Tais-toi, chuchota Youri.
— Votre majesté, j'aimerais si possible vous poser une question sur le motif de votre bouclier… Je sais que vous êtes en fort mauvaise posture, mais je ne peux hélas vous venir en aide.
— Non, c'est évident, admit le roi blessé, d'autant que je vais mourir de cette blessure malheureuse, malgré toutes les tentatives de mes médecins et chirurgiens, dont Ambroise Paré. Ce sera douloureux. Ça l'est déjà, remarquez, mais ça ne s'est pas encore infecté. Pouah, quelle miséricorde !
— Oui, vous me voyez toute retournée de votre vilain sort ! Mais à prop…
— Ce bouclier, oui. C'est celui de mon capitaine de la garde écossaise, Gabriel de Clift. Le malheureux est catastrophé d'avoir causé cette blessure mortelle lors de ce tournoi. Notre passion pour le combat, en prévision de ces noces, nous a…
— Pardonnez-moi… Mais y aurait-il… un portrait de ce gentilhomme quelque part ?
— Oui, déclara une voix derrière eux, la voix sévère et tranchante de Mc Gottadeal. Dans mon bureau. Pourquoi vous intéressez-vous à ce portrait ? »

Saisis par la frayeur, les trois amis sursautèrent et se retournèrent vers la directrice de leur maison.
« Hé bien je… Je… bafouilla Cordery, je voudrais en savoir plus… sur ce heeeu… blason qui… que je n'ai pas trouvé dans les ouvrages de… consacrés aux blasique, euh à l'héralson… sique, dique. Oui. Voilà.
— Et si vous me disiez la vérité, tout simplement, Miss Grenier ? Vous êtes pitoyables, tous les trois. » ajouta t-elle.

Les jeunes gens, mal à l'aise, rougissaient et palissaient, tandis que le roi essayait à nouveau d'ôter son heaume, et puis Youri osa lever les yeux : « C'est à cause d'une clef, Madame, une clef qu'a trouvé Cordery. Montre-lui… »
La jeune fille approuva, penaude, et tendit la clef dorée à Mc Gottadeal qui s'en saisit et l'examina avant de s'exclamer : « Seigneur ! Mais… Où… Où avez-vous trouvé cette clef ??
— Dans ma table de nuit, répondit Cordery, en espérant en même temps que ses amis que la directrice ne lui en demanderait pas plus. Dans le tiroir, en fin d'après-midi.
— Seigneur, soupira Mc Gottadeal, encore stupéfaite. Suivez-moi ! »
Faisant demi-tour, elle prit alors la direction du bureau du directeur de l'école, DoublePorte, suivie par les trois étudiants mortifiés, qui s'en voulaient de s'être ainsi précipités pour interroger le tableau, pour se retrouver finalement dans une telle situation.

Mc Gottadeal frappa à la haute porte du bureau du directeur, dont la voix vénérable et joyeuse s'éleva : « Entre, Athéna ! »
Ils entrèrent trois trois, et devant le regard étonné du directeur, ils n'en menaient pas large.
« Que se passe t-il, Athéna ?
— Figurez-vous que j'ai surpris à l'instant ces trois jeunes gens dans le couloir menant à mon bureau, en train d'interroger le roi de France Henri II dans son tableau…
— Ah ? Et que lui demandaient-ils ? questionna aimablement le directeur.
— Miss Cordery Grenier l'interrogeait sur les armoiries de Gabriel de Clift !
— Oooh ! Voilà qui est… troublant… Quelle idée !
— Ce qui est plus troublant encore, c'est que lorsque je leur ai posé la question, elle m'a dit qu'elle essayait d'en savoir plus sur une trouvaille qu'elle a faite… cette clef ! »
Elle donna la clef à Doubleporte, qui haussa les sourcils blancs au dessus de ses lunettes en demi-lunes, et regarda très soigneusement la clef tandis que le silence retombait sur la pièce. Youri, Run et surtout Cordery auraient rêvé d'être absolument n'importe où ailleurs.

« Voilà qui est bien plus que troublant : stupéfiant ! s'exclama le directeur d'un voix intriguée, et il tourna ses yeux clairs sur Cordery : Mademoiselle ? Approchez.
— Oui, Monsieur le directeur, murmura la jeune fille après avoir péniblement avalé sa salive. Elle s'approcha.
— Dîtes-moi je vous prie par quel biais extraordinaire vous êtes-vous procuré cette clef ?
— Je… Comme je l'ai dit à Mrs Mc Gottadeal… je ne me la suis pas… procurée, Monsieur, je l'ai trouvée cet après-midi dans le tiroir de ma table de chevet.
— Est-ce vrai, Mademoiselle ?
— Je vous le jure, Monsieur, je dis la vérité ! s'exclama Cordery. Cette clef n'y était pas, et comme je ne pense pas qu'après… les incidents des nuits dernières… quelqu'un soit entré la déposer dans le tiroir, je ne m'explique pas qu'elle y soit apparue, mais je ne… Je ne peux que le constater… elle y était ! »
Cordery reprit discrètement son souffle, tenta de calmer ses émotions, et espéra de tout cœur que tout le monde n'allait pas se transporter illico dans le dortoir pour aller regarder dans ce fameux tiroir où trônait sa carotte, aux parfums de son sexe.
— Je vous crois, Miss Grenier, déclara le directeur. Mais… dîtes-moi ?
— O… Oui ?
— Cette clef, voyez-vous, n'a strictement aucune raison de se retrouver en la possession d'une jeune fille sage et bien élevée telle que vous, Mademoiselle. Comment expliquez-vous cela ? Quel est votre point de vue sur cette question ?
— Oh, hé bien je… »
Le sous-entendu du directeur était clair, et elle fut saisie de honte : il se doutait de quelque chose !
Elle chercha désespérément ses mots, et trouva enfin une porte de sortie possible : « Je pense, Monsieur, que cette clef est apparue dans le dortoir même où ont eu lieu les événements des nuits dernières, et que ce doit être… un signe qui m'est adressé par je ne sais au juste quelle puissance magique pour trouver un indice qui me mènera… à l'individu qui a commis cela !
— Mmmh… Oui, c'est une éventualité, en effet, mais je m'étonne très sincèrement que vous puissiez être la personne désignée. Mais n'en parlons plus, Miss Grenier, cette clef vous est indéniablement destinée, pour incroyable que cela soit : je le sens aux ondes qu'elle dégage, elle ne veut qu'une chose, que je vous la rende ! »
Il tendit la clef à la jeune fille qui eut un pâle sourire, et qui sentit en effet que la clef était satisfaite de regagner sa main.

« Mais laissez-moi vous en dire plus sur cette clef, reprit le vieil homme, et surtout sur ce qu'elle ouvre… »
Il se leva et commença à raconter.
« Gabriel de Clift était un sorcier, d'origine écossaise, qui eut dans l'histoire des Mougles une certaine influence, et qui laissera parmi les sorciers le souvenir d'un joyeux coquin ! En effet, il utilisa sa magie pour des raisons bien précises : satisfaire son plaisir et ses obsessions. Mais à la différence de certains mages noirs qui ont inventé des odieux sorts de contrainte pour obtenir par la force magique l'assouvissement de leurs pulsions, lui le fit avec beaucoup d'esprit, par amour des femmes et de la jouissance, et pour obsédé qu'il fut, à ce que j'en sais et ce qu'en disent les biographes, il n'usa pas de son pouvoir dans des buts condamnables, si du moins on ne se situe pas dans le champ de la moralité conventionnelle, laquelle condamne immanquablement une vie dissolue accumulant les occasions et épisodes sexuels avec de nombreux partenaires différents dans la but assumé de vivre par plaisir dans le plaisir. »
DoublePorte eut un sourire moqueur tandis que Mc Gottadeal fronçait les sourcils : « Calculus, je ne suis pas sûre que ces considérations…
— Je sais, je sais, la coupa le directeur en levant la main. Je continue. Donc, un satané jouisseur, ce Comte de Clift, et il avait une passion bibliophilique : les ouvrages érotiques, qu'ils soient sorciers ou mougles, tout ce qui était et avait été publié de pire ou de meilleur était l'objet de son attention et de sa passion. Il se constitua donc une bibliothèque spécialisée de grande envergure, avec des raretés insignes et de véritables trésors. Bien… Pendant ce temps, ses enfants légitimes ou naturels furent tous élèves à Bootbakon, et c'est tout naturellement qu'à sa mort en 1574, il légua à l'établissement sa prestigieuse et diabolique bibliothèque. Certaines personnalités de la Magie de l'époque s'inquiétèrent que de tels ouvrages puissent trouver leur place dans un établissement scolaire, mais la bibliothèque, secrète, bien que continuant à être alimentée en ouvrages… pour adultes, fut protégée de la curiosité. Elle se tient dans un lieu inconnu de l'école, reliée uniquement aux bureaux des professeurs, et l'accès s'en faisait à l'aide de clefs magiques qui ne pouvaient être possédées que par un professeur en exercice l'ayant reçu du directeur. »

DoublePorte, continuant à marcher lentement de long en large dans son bureau face aux trois étudiants et à Mc Gottadeal immobiles, silencieux et attentifs, regarda le plafond en souriant un peu.

« Mais au début du XXe siècle, il y eut dans le monde de la Magie une sorte de… raidissement moral, prétendument vertueux, et cette vieille histoire de bibliothèque infernale ressortit pour être la cible des gens influents qui se prétendaient garants de la moralité. Ne pouvant détruire la bibliothèque secrète, qui échappa à toutes tentatives de recherches, de façon assez comique, ces pères et mères La Vertu décidèrent de détruire les sept clefs existantes. Ils en avaient le pouvoir, et le firent. Mais… »

Il s'empara de la clef dorée dans la main de Cordery et la scruta longuement avant de continuer : « Mais il y eu très vite une rumeur, on raconta qu'une des clefs avait échappé à cet autodafé indirect, et il y eut alors des recherches du ministère pour trouver cette hypothétique septième clef. Ne pouvant rien découvrir, il fut conclu que c'était une simple rumeur. Mais aujourd'hui… la voici, j'en suis persuadé : la septième clef ! »

Cordery ne put réprimer un frisson.
« Monsieur…
— Oui ?
— Si c'est moi qui… qui possède cette clef, que dois-je en faire, où se trouve cet endroit, cette bibliothèque ?
— Je n'en sais rien du tout. Mais oui, c'est toi qui la possède, et en fait c'est vrai que la clef a raison de s'être offerte à toi : tu es la spécialiste des bibliothèques et du savoir livresque ! Mais je suis surpris que ce soit une jeune fille telle que toi qui puisse accéder à cette bibliothèque si particulière et à ces savoirs si… sulfureux.
— Je saurais trouver ce qu'il y a à y trouver sans me détourner de ma mission, Monsieur, assura Cordery, l'air on ne peut plus grave et concerné.
— Oh, je n'en doute pas, répondit DoublePorte en riant, tu fais preuve d'une volonté tout à fait remarquable… Mais disons qu'au passage tu apprendras beaucoup… de choses que même des gens âgés ne soupçonnent pas !
— Vous ne savez pas ce que je pourrais tenter ? insista Cordery en examinant la clef.
— Nous pouvons demander au portrait de Clift, dans mon bureau, proposa Mc Gottadeal. Ce portrait a beaucoup d'humour, c'est… un sacré coquin, et il sera ravi de savoir la clef retrouvée et… entre de si jolies mains ! »

Le groupe sortit du bureau du directeur, passa devant le portrait du roi Henri II, et entra dans le bureau de la directrice de la Maison Morhonpionsse.
Sur une cloison de bois entre deux rayonnages, le portrait de Gabriel de Clift était de belle facture, de couleurs chatoyantes, et l'homme portait beau avec son pourpoint, son épée et sa fraise.
On remarqua que l'homme se tenait devant une porte à demi-couverte d'un épais rideau grenat.

« Tiens, bonsoir tout le monde, s'exclama le portrait avec un sourire gracieux. J'ai rarement de la visite ici et je m'en réjouis… Non que ta seule présence, Athéna, ne me suffise point, car c'est un bonheur que d'admirer une si jolie femme à toutes heures de la journée et de…
— Nous ne sommes pas là pour écouter tes fadaises, rétorqua abruptement Mc Gottadeal, ce qui fit rire le portrait. Tu connais le directeur actuel de l'école…
— Bonsoir Calculus, salua joyeusement le portrait.
— Bonsoir, Comte, répondit DoublePorte en souriant.
— … et je te présente Run Waslay, Youri Batar, et Miss Cordery Grenier, qui a quelque chose à te montrer… »
Le portrait, vivement intéressé, se pencha en avant.
« Vos petits seins, Miss ? Ou votre jolie petite chatte, que je devine parfumée du frais désir de la jeu…
— Ça suffit, espèce d'obsédé ! aboya Mc Gottadeal.
— Oh, dis donc, Madame la directrice, rétorqua le portrait, tu n'es pas la dernière à te promener en petite tenue, les soirs de sensualité, et me demander ce que je pense de tes jolis nichons, alors hein… »
Le directeur retint dans sa barbe son éclat de rire tandis que Mc Gottadeal, stupéfaite et statufiée, virait au cramoisi.

« Mais cessons là cet échange, reprit aussitôt le portrait, tout sourire. Je suis désolé, Mademoiselle, ajouta t-il en se tournant à nouveau vers Cordery, j'ai manqué de retenue, et manqué à mes plus élémentaires devoirs de gentilhomme… Mais l'abstinence prolongée dans ce cadre échauffe mes sens. Je vous présente et vous prie donc d'accepter mes excuses… Vous vouliez m'entretenir de quelque chose ?
— Oui… Je… Hem… J'ai… en ma possession, de façon inexplicable, une clef, que l'on prétend être… la septième clef de votre… de votre bibliothèque. »

Le portrait sursauta, se pencha vivement en avant tandis que Cordery sortait la clef et la présentait devant les yeux brillants du portrait du Comte. Il lui sembla qu'alors cette mystérieuse clef devenait chaude et plus rutilante.
« Seigneur… C'est elle. Enfin. Oh comme… Comme c'est étonnant, après tant et tant d'années, après la croisade scandaleuse de ces stupides gorets du ministère… Oui, c'est elle ! C'est proprement incroyable… Mais j'ai besoin de savoir quelque chose, Miss…
— Oui, frémit Cordery, prévoyant déjà que ça pouvait devenir gênant.
— D'où tenez-vous cette clef ?
— Elle s'est présentée d'elle-même dans le tiroir de ma table de chevet, déclara la jeune fille sans ciller, habituée maintenant à cette version a minima de l'histoire. Mais cela ne suffisait pas au gentilhomme.
— Il a dû être question de votre plaisir, Mademoiselle, la clef ne s'offre pas sans cela.
— Nooon je…
— Attention Mademoiselle si charmante, la clef ne suffit pas : vous avez besoin que je vous indique le chemin… Soyez donc franche et honnête, j'ai besoin de savoir…
— Hé bien… Oh, pas devant tout le monde…
— Si je puis me permettre… commença Youri.
— Oui, jeune homme ? »
Youri raconta alors la première nuit du dortoir, la boule de neige jetée par la fenêtre, le bonhomme de neige et ses mystérieux propos, la deuxième nuit du dortoir, et les secondes déclarations du bonhomme avant de disparaître.
« … Et j'ai donc pris cette carotte et l'ai confiée à Cordery, assez naïvement je dois l'avouer. Et… nous sommes tous capables de comprendre ici comment elle l'a "utilisée" avant de trouver la clef, et pourquoi elle ne tenait pas à insister sur ce qui a pu se passer, conclut-il en regardant le portrait dans les yeux.
— Merci, jeune homme, de votre intervention concise, sincère et élégante. Vous avez du panache. Cette jeune fille a de la chance de vous compter parmi ses amis. C'est très amusant, sourit-il, savez-vous que cette fameuse septième clef fut cachée dans la forêt interdite de Bootbakon dans… une congère de neige ? Par un professeur de l'école qui voulait à tout prix permettre aux libres penseurs des années à venir de s'instruire au feu des connaissances de cette bibliothèque maudite. Bien… Donnez-moi cette clef, Mademoiselle. J'avais je l'avoue l'intention d'abuser de la situation, de vous faire croire qu'il était nécessaire de vous dénuder ou même de glisser cette clef entre les lèvres de votre sexe pour que la bibliothèque s'offre à vos yeux, mais je vais être sérieux et respectable…
— … pour une fois », grommela Mc Gottadeal, ce qui fit bien rire le portrait.

Cordery tendit la clef, dont la main étrange, ensorcelée, de peinture et de volume, s'empara doucement, et le portrait tourna le dos, repoussa la tenture de la porte, y glissa la clef, et la porte s'ouvrit.
« Voilà, Mademoiselle, déclara le Comte en revenant au premier plan. Montez cet escalier dans le bureau de ma chère Athéna, et tout en haut de la bibliothèque, vous y trouverez une petite porte. Poussez-là…
— Deux choses, répondit Cordery en fronçant les sourcils. Puis-je emmener mes amis ? Et comment sortirons-nous ?
— Oui, vous pouvez accompagner Mademoiselle, mais je ne doute pas que ses lectures étonnantes puissent créer quelques désordres dans vos jeunes esprits, sachez les écouter, il y a dans ma bibliothèque de confortables sofas pour se laisser aller à des rêveries plus ou moins… appuyées. Et pour répondre à votre autre question, il y a sept portes, toutes ouvrables par cette clef, donnant toutes sur un bureau d'un des professeurs de l'école, il suffira de ressortir par celle que vous aurez emprunter. Nul piège, mes jeunes amis, je ne suis pas un être qui met la vie en péril, à part hélas celle de mon cher roi Henri, mais je me suis fait fort de profiter de cette vie qui galope dans nos veines, dans nos têtes enflammées, et de l'encourager des plus délicieuses façons possibles…
— Monsieur le Comte, intervint DoublePorte, vous êtes un merveilleux libertin !
— Ah, Calculus, mon Cher, si tu avais pu vivre à l'époque de mes frasques, nous aurions c'est certain partager de sacrés bons moments et quelques excès regrettables ! »

Cordery, l'air concentré, grimpait déjà les escaliers du bureau, suivie de Run et de Youri, impatients et inquiets de ce qu'ils allaient découvrir dans cette bibliothèque secrète.

À suivre…

Modifié par Riga, 14-05-2013 - 17:56.

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#4 fraise85

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Posté 14-05-2013 - 15:23

Les secrets ne sauraient tarder a être dévoilés...  Cordery risque d'en savoir beaucoup plus en ressortant de cette aventure !!!
Encore, encore !
Fraise85, visite notre galerie et notre blog !   http://communaute.vo...blog-de-fraise/

#5 Riga

Riga

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Posté 14-05-2013 - 17:20

Merci Fraise, et je crois qu'effectivement, Cordery (et ses amis) vont avoir une formation accélérée !
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#6 Riga

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Posté 14-05-2013 - 17:22

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 4 : la bibliothèque ---


Cordery, Run et Youri arrivèrent en haut des escaliers du bureau, très haut de plafond, de Mc Gottadeal, sur la coursive, et grimpèrent encore une sorte d'échelle, pour arriver dans des combles un peu poussiéreux, et finalement Cordery, regardant de tous côtés, poussa un cri : « Là ! » en désignant une petite porte carrée dans un recoin du plafond, comme une trappe, en bois foncé d'un aspect qui leur parut curieux quand, courbés en deux, ils furent arrivés devant.
La jeune fille, nerveuse, regarda ses amis et chuchota : « On y va ?
— On y va ! » répondirent les garçons d'une seule voix.
Elle prit sa respiration, s'empara de la poignée en métal noir, et l'ayant tournée, poussa la porte, qui s'ouvrit.
Derrière, c'était l'obscurité. Elle jeta un coup d'œil à l'intérieur, et sans consulter personne, Youri prit sur lui de s'engager le premier. Cordery suivit, et Run ferma la marche, et la porte derrière lui.

Leurs yeux s'habituèrent à l'obscurité, et puis la lumière sembla augmenter graduellement.
Ils étaient debout dans une pièce aussi haute de plafond, plus même, sans doute, que le bureau de la directrice, une pièce ample, haute et chaleureuse, couverte de rayonnages de bois sombre sur plusieurs niveaux, et le cuivre doré de rambardes, d'éléments d'escaliers, luisait à la lumière douce et rougeoyante de jolies lampes à huile réparties régulièrement dans cet espace confortable.
D'épais tapis couvraient le sol, et comme indiqué précédemment par le tableau du comte, des divans rouges qui semblaient très moelleux entouraient l'espace central occupé par une grande table avec des piles de livres posées dessus.
Ce lieu hors de l'espace intelligible était reposant, le silence y régnait et tout donnait envie de parler à voix basse.
Et quand ils s'approchèrent de cette longue table recouverte de cuir grenat qui trônait devant eux, c'est une voix comme transparente, immatérielle qui retentit dans une sorte de murmure chaleureux : « Bienvenue dans ma bibliothèque, mes jeunes amis ! »

Ils virent alors apparaître le fantôme du Comte Gabriel de Clift, élégant avec sa tenue carmin, son épée luisante aux décors dorés, et sa fraise de gentilhomme. Ses yeux brillaient et nuageux, il se déplaçait avec grâce, venant vers eux, en souriant.
« Bienvenue dans une bibliothèque qui réunit une collection tout à fait appréciable, et unique, d'ouvrages choisis de tous ordres consacrés à ce que d'aucuns appellent pudiquement "la Chose", c'est-à-dire le sexe, à travers différents genres, l'histoire, la sociologie, la médecine, le crime, et bien sûr les romans et les essais usant de l'érotisme, la pornographie. »
Le Comte fit une révérence à Cordery (il ne semblait regarder qu'elle), et poursuivit : « Vous trouverez ici ce que vous cherchez mais aussi, plus important, instructif et excitant, ce que vous ignorez et ne supposez même pas, ce que vous frémirez de découvrir avoir été publié, vous trouverez de l'amusant, du scandaleux, du troublant, du dégénéré, de quoi émoustiller, violemment exciter ou dégoûter aussi, bien que ces réactions soient fonction de votre état d'esprit du moment : il faut en venant ici être ouvert, curieux et gourmand… »

Les yeux ronds et visiblement charmée, Cordery observait le décor confortable et feutré, les rayonnages, tandis que Run et Youri regardaient plutôt le fantôme, et il y avait chez Run une indéniable méfiance, dont il ne cherchait pas à se cacher.
« Comment se présentent les collections, quel est votre système de classement ? demanda la jeune fille.
— Je vais vous expliquer, chère Mademoiselle, comment s'organisent les lieux, mais avant, permettez-moi de vous dire que jamais, à ma connaissance – et je fréquente les lieux depuis des siècles et préside à chaque visite – jamais n'est venue en ces lieux de si jolie et charmante jeune femme, ou même femme, tout simplement…
— Oh, je commence à vous connaître, sourit Cordery, même si j'ai rencontré vos représentations depuis seulement quelques minutes : je suis certaine que vous faites ce compliment à chaque visiteuse, pour la flatter… ou quand vous étiez vivant, pour arriver à vos fins, fameux séducteur que vous êtes… Rassurez-moi, ajouta t-elle en fronçant légèrement les sourcils, vous êtes actuellement inoffensif ? »
Le fantôme éclata d'un grand rire, il paraissait beaucoup s'amuser.
« Hélas, Mademoiselle, répondit-il quand son rire se fut calmé, trois fois hélas, vous pouvez être rassurée, je suis effectivement inoffensif depuis mon décès et mon statut de fantôme vous met à l'abri d'un hommage trop appuyé de ma part, et croyez bien que j'en suis désolé, pour ne pas dire mortifié, malgré la bonne humeur que vous suscitez : vous êtes charmante, Mademoiselle, en plus d'être jolie et comme disent les Modernes, vraiment sexy. Et je peux d'ailleurs vous certifier que mon compliment est absolument authentique. Il y a bien eu quelques étudiantes fort appétissantes qui ont fréquenté cette bibliothèque au fil des siècles, invitées par des professeurs dont la plupart avaient, comme l'on dit, des idées derrière la tête, idées bien présentes au creux du pantalon, mais aucune ne valaient je vous l'assure le charme dont vous faîtes preuve.
— Bon, ça va aller ? lâche Run, la mine sombre.
— Oh, je vois poindre de la jalousie, ne soyez pas possessif, mon jeune ami, surtout que je ne suis qu'un ectoplasme…
— Bavard, l'ectoplasme », répondit Run en ricanant, et le fantôme approuva en riant, avant de reprendre en s'adressant à Cordery :
« Dooonc, chère amie, la collection de la bibliothèque se présente sur trois niveaux : au rez-de-chaussée où nous sommes, les ouvrages légers, évocateurs, humoristiques, incitateurs, joliment grivois, et les recueils de poèmes qui ne sont pas assez explicites pour figurer au premier niveau, lequel regroupe les ouvrages traitant sur différents registres de la sexualité de façon claire et non-elliptique, et ce secteur peut aller jusqu'à la pornographie, mais les choses les plus crues, violentes, désespérées, perverses et franchement dérangeantes se trouvent au dernier niveau. À ce niveau, en haut de l'enfer, sont les ouvrages dont les auteurs, pour la plupart, ont payé de leur vie la publication, souvent clandestine, de leurs obsessions les plus marquées. La société, qu'elle soit mougle ou celle des sorciers, ne supporte pas ce genre de débordements, surtout lorsque l'on souhaite les partager… Les plus habiles ont su rester anonymes, mais souvent ils moururent de leurs passions malmenées, et objectivement insupportable par le système… Et… donc… Où en étais-je ? Ah oui : j'allais vous expliquer le classement, triple et multiplié par deux.
— Comment cela ? questionna Cordery, intriguée, d'autant qu'elle était très connaisseuse de l'univers des bibliothèques.
— Triple parce qu'à chaque niveau, trois parties et classements différents : par auteur, par titre et par spécialité sexuelle. Ainsi, un ouvrage traitant par exemple de liens, ou "bondage", comme on dit maintenant, et de sodomie, sera présent dans les deux sous-sections "Bondage-liens" et "Sodomie", et également dans la partie par auteur et dans celle par titre.
— Trois entrées, donc, comme on dit.
— Exactement, chère amie, s'exclama le comte, ou ce qu'il en restait de vivace. Et multiplié par deux, car le classement triple concerne d'un côté les ouvrages mougles d'auteur tels que le Marquis de Sade, bien entendu, mais également Henry Miller ou la Française Catherine Millet – amusant d'ailleurs comme leur nom de famille sont proches ! –, et de l'autre les ouvrages de sorciers, avec des ouvrages de Wallace Vertanus, Soucy Vitenbar ou Calmos Sementz. Mais la section de ces derniers est moins fournie, hélas. Un vieux fond de pudeur, sans doute, un puritanisme de la robe et du balai. Voilà, vous savez tout. Je vous laisse regarder, et si vous cherchez quelque chose…
— Merci de vos explications, salua Cordery d'un hochement de tête en souriant. Nous allons jeter un coup d'œil par nous-mêmes, et vous nous aiderez sans doute si nous ne trouvons pas ce que nous cherchons… »
Run, lui, aurait volontiers écourté la visite en demandant directement au fantôme les ouvrages traitant des créatures magiques, ce qu'avait vainement cherché Cordery dans la bibliothèque officielle de l'école, mais cette dernière c'est évident était folle d'impatience de découvrir l'endroit et tous ces livres, plus sans doute parce que c'était une bibliothèque inconnue que parce que cette collection sentait le soufre.

Les trois amis, donc, partirent à la découverte des rayonnages, et allèrent au hasard de leur curiosité de surprises en découvertes, poussant parfois des exclamations, le plus souvent muets de stupeur et de trouble devant ce qu'ils lisaient.
Au fur et à mesure qu'ils montaient dans les niveaux supérieurs, ils devenaient tout rouges, et au dernier niveau ils pâlirent parfois, en lisant des passages sadiens ultra-violents, des ouvrages de magie noire appliquées au plaisir extrême, ou les excentricités morbides de l'anglais dans son château fermé.

Ils redescendirent, très perturbés : ils avaient chaud, Cordery avait le regard vague et les garçons avaient une érection irrépressible.
L'état de trouble avancé des trois visiteurs sembla combler d'aise le gardien translucide de l'infernale bibliothèque, qui glissa à Run qui descendait l'escalier, à voix très basse : « Mon jeune ami, ce serait peut-être le moment de te détendre un peu en compagnie de cette délicieuse jeune fille, sur l'un de nos sofas… Elle semble toute chamboulée par ses lectures…
— Oui c'est vrai… je… » bafouilla Run tout rouge, mais un regard impérieux et mécontent de Cordery, qui de loin avait compris de quoi il était question, le dissuada de poursuivre.

« Monsieur le comte, lança t-elle, nous recherchons des ouvrages, ou au moins un ouvrage de référence, sur… la sexualité des créatures magiques.
— Oh, mais bien évidemment, j'ai cela, Miss. Très intéressant sujet. En préférez-vous une vision légendaire et ancienne, ou bien une approche moderne ? J'ai un très intéressant manuscrit, plein de visions poétiques débridées, datant de la Table Ronde, rien de moins, et un traité didactique récent, exhaustif et tout aussi passionnant.
— Le traité didactique, nous cherchons un renseignement précis sur… une éjaculation. »
Le fantôme lui jeta un regard surpris et intéressé, et fit un geste vers le premier niveau, sur la droite de la pièce. Un ouvrage de grande dimension quitta alors les rayonnages, flotta en travers de l'espace et vint doucement se poser sur la grande table de bois sombre, face à Cordery émerveillée.
« Les créatures magiques, plaisir, fantasmes et pulsions, lut-elle, par Banderillo Vulva, Docteur en Sexologie magique à l'Université Parallèle du Sussex.
— Une sommité ! » commenta, ravi, le Comte de Clift.

La jeune fille ouvrit l'ouvrage, consulta l'index, puis feuilleta les pages. Les illustrations magiques, photos ou gravures, étaient animées, et l'effet était plus que troublant.
« Oooh ! s'exclama soudain Run, vous avez vu ? »
Les trois amis, stupéfaits, parcoururent des yeux la double page traitant de la sexualité des sirènes.
« Écoutez cela, murmura Cordery, avant de lire un passage du texte d'une voix qu'elle s'évertua à rendre calme et posée malgré son trouble : "Les sirènes sont très douées pour l'amour et le plaisir, et présentent ce trait physique particulier qu'elles n'ont pas de vagin, mais une fente discrète sous leurs fesses qui sont, comme chacun le sait, d'aspect humain mais couvertes d'écailles, et sans pli fessier.
Elles se servent de cette fente quasiment indétectable pour pondre leurs œufs, sans avoir reçu au préalable de semence de leur équivalent masculin puisqu'il n'existe pas : c'est une société de femmes-poissons qui s'auto-reproduit à raison de dix petites sirènes par siècle.
Mais le plaisir, donc, les sirènes connaissent : sans sexe au sens humain ou animal du terme, elles sont en revanche très sensibles au niveau des seins, et sont capables d'orgasme par ce biais si on les caresse ou si elles-mêmes se caressent, ce qui est très fréquent car elle pratique beaucoup le plaisir solitaire. Avec les marins perdus qu'elles ont attirés par leurs chants et leurs appâts physiques irrésistibles, elles ont une habitude émouvante et hélas assez peu connue du grand public, y compris non-mougle : par leur pouvoir magique très rare, elles stoppent le temps avant que les malheureux ne se noient, et leur offrent une dernière jouissance entre deux eaux le plus souvent, mais aussi dans le chaos des épaves de navires fracassés sur les rochers, dans la tempête qu'elles suspendent. Avec la bouche, elles sucent ces hommes comme jamais aucun, c'est certain, ne le fut, ce sont des expertes de la fellation, et pour les plus inspirées d'entre elles, entre leurs seins, ce qui permet aux victimes condamnées des délices inouïes avant que le temps ne reprenne son cours et que la mort ne les emporte. Cette façon de faire, même si on n'en connaît que rarement ce détail, a beaucoup fait pour la réputation effrayante et éminemment sexuelle des sirènes.
Il est à noter que j'ai personnellement, au cours de mes recherches sur la question, eut de nombreux rapports sexuels de ce type avec des sirènes : n'étant ni marin, ni surtout mougle, j'ai pu survivre à ces ébats passionnés, car la sirène est une amoureuse hors-pair. Et j'ai même été jusqu'à tenter une pratique inédite : à l'aide de graisse de phoque, j'ai pu pénétrer avec d'infinies précautions la fente postérieure de plusieurs sirènes, qui est extensible et dont les sirènes elles-mêmes ignoraient jusque là le caractère érogène. Cette pratique inédite, dont le lecteur me permettra de me féliciter de la découverte, leur a tellement plue qu'elles l'ont adoptée avec les marins, car elle permet à ces malheureux de saisir la sirène aux hanches, par les cheveux, qu'elles ont très longs, ou pour les plus délicats, en leur caressant les seins, ce qu'elles adorent, je peux en témoigner." »

On voyait une gravure animée de l'auteur, sans doute, un bel homme musclé, en train de prendre par derrière, d'un mouvement lent mais ample, une somptueuse sirène blonde dont la chevelure flottait harmonieusement dans l'eau autour d'eux, il lui malaxait tendrement les seins, et elle était d'évidence au comble de l'extase.
Cordery avala sa salive, et les garçons, eux, n'avaient plus de salive.
Elle continua à lire pour elle, très concentrée sur les pages, et Run, sans bruit, vient derrière son amie, et se colla contre elle.
Youri s'attendait à ce qu'elle réagisse et l'envoie promener, mais non seulement elle n'eut pas de réaction hostile, mais encore tendit-elle imperceptiblement ses fesses. Rougissant, le souffle court, le jeune homme osa alors passer ses mains de chaque côté de son torse et toucher ses deux seins, un dans chaque main à travers le chemisier brodé.
Youri, éberlué, la vit fermer un instant les yeux, et Run commença à masser lentement sa poitrine.

Le fantôme n'en perdait pas une miette, et Cordery feuilletait lentement le grand livre, que Youri ne regardait plus, Run, lui, souriait et se frottait contre les fesses de la jeune fille en lui pelotant généreusement la poitrine, au point qu'elle perdit pied et cessa de lire, pour se pencher en avant.
Run comprit alors, voulut bien lâcher les seins, se recula un peu et troussa la sage jupe à carreaux.
Les fesses de Cordery étaient magnifiques ! Les mains un peu tremblantes, il s'empara de l'élastique de la culotte blanche et la fit rouler sous son cul tout rond. Il resta un instant en contemplation du spectacle, puis se reprit, et fébrilement il défit son pantalon, sortit un sexe tressautant d'impatience, et le dirigea entre les cuisses de la jeune fille offerte, qui poussa un gémissement quand la pointe arrondie et surexcitée toucha les plis de son sexe, tout mouillés.
Le gland en place, il prit les hanches de ses mains, eut une grimace concentrée, et poussa lentement. Youri vit disparaître peu à peu le phallus tout raide, et Cordery poussa un cri délicieux au début de cette pénétration, qui se transforma en plainte ravie.

Pour Youri, c'en était trop : la tête en feu, le cœur battant, il fit demi-tour, sous le regard narquois du fantôme qui eut cependant l'élégance de ne rien dire, tant le jeune homme était furieux, jalousie, frustration, inéluctable conscience que Cordery Grenier, si attirante, n'était pas pour lui.
Plein de rage et de dépit, il voulut sortir de la bibliothèque, et se trouva alors, surpris, devant une série de portes. Il découvrit qu'elles portaient chacune une petite plaque. Celle par laquelle ils étaient entrés indiquait d'un joli caractère : « Madame la Directrice de la Maison Morhonpionsse, Athéna GOTTADEAL ».

Il eut alors une idée, tandis que les gémissements de plaisir de Run et Cordery emplissaient l'espace, et son cœur, et il chercha et trouva une porte qui indiquait : « Monsieur le Directeur de la Maison Sorvenin, Synistrus MORG »
Sans hésiter ni penser au danger de son geste, et surtout pour échapper au bruit du plaisir que prenaient ses amis, il tira la porte et la franchit.

Une fois refermée, la porte ne laissait passer aucun son de la joyeuse partie de jambes en l'air qui se déroulait dans la bibliothèque du comte.
Dans son plan général le bureau de Morg, plongé dans la pénombre, ressemblait beaucoup à celui de Mc Gottadeal qu'ils venaient de quitter. Encore remué par la colère et la jalousie, Youri s'obligea à reprendre ses esprits. Alors seulement il se pencha pour regarder la pièce depuis les combles. Il y avait une haute fenêtre en ogive, et le bureau était éclairée par la lune et sa réverbération sur la neige, au dehors : la nuit était dégagée de nuages, d'un bleu profond.
Sans bruit, Youri descendit, espérant que le Professeur Morg n'ait pas mis en place de sort de détection des intrus… Il y en avait sûrement un, mais peut-être concernait-il uniquement la porte ?

Il se promena, fureta, et se décida à allumer sa baguette magique pour y voir plus clair, d'autant que le décor était sinistre : bocaux contenant des restes non-identifiés, crânes de toutes tailles, trophées étranges, animaux bizarres empaillés…
Il examina plus avant, n'osant pas malgré tout tenter d'ouvrir les tiroirs.

Des dossiers sur le bureau, sous un galet de marbre, attirèrent son attention. Avec une grande prudence, il déplaça la pierre très lourde et ouvrit un à un les dossiers. C'était des dossiers d'élèves pour la plupart, et aussi des notes pour des cours, également des feuilles couvertes d'inscription incompréhensibles, il y avait un carnet sans grand intérêt (Youri ne pouvait prendre le temps de l'examiner en détail), et le dernier dossier, rebondi, refusa de s'ouvrir.
Intrigué, Youri tendit sa baguette et tenta un sort d'ouverture, qui ne fonctionna pas. Il réfléchit rapidement, et eut soudain une idée : « AntiCanis Orci ! » murmura t-il, et le dossier eut un frémissement, et s'ouvrit !

Son contenu dérouta complètement Youri, qui n'en crut pas ses yeux. C'était des photos magiques, animées… du dortoir.
La première nuit ! Ainsi c'était le Professeur qui avait pris ces photos !
Sous ses yeux ahuris, il vit les trois filles.
Sur les premiers clichés, elles se déshabillaient, l'air absent, et puis d'autres photos, les filles nues se rejoignaient sur un des lits défait, et prenaient des poses… très troublantes. À quatre pattes, ou bien cuisses largement ouvertes face à l'objectif…
Fébrilement, le jeune homme étala sur le bureau les dernières photos, sur lesquelles les trois filles se caressaient mutuellement, et tête-bêche se léchaient.
Pris de vertiges, Youri ne pouvaient détacher les yeux de ses images, que le mouvement des personnages rendaient intensément excitantes.
Il défit sa braguette, sortit son sexe durci, et commença à se branler en regardant les photos.

Dans la bibliothèque, le fantôme se régalait : Cordery était prise contre la table par Run avec une force croissante, et ponctuait chacune de ses pénétrations rapides par un cri étranglé. Elle avait les yeux grand ouverts, écarquillés dans le vide, et fut saisie de surprise quand le grand livre qu'elle avait commencé à feuilleter tourna ses pages de lui-même jusqu'à une double page consacrée… aux demi-géants.
Elle tenta de retrouver un minimum de concentration tandis que Run s'excitait comme un diable en l'enfilant à qui mieux-mieux, et réussit à lire un extrait qui disait que le demi-géant avait des orgasmes de grande amplitude, et que ses litres de sperme avait une forte odeur de marécage particulièrement écœurante.
Une odeur de marécage ! Mais oui !
AREED !
Le jardinier de l'école, leur ami qui donnait des cours de soin vétérinaire aux créatures magiques !
Elle cria de surprise en comprenant que c'était lui qui les avait observé et s'était masturbé, la nuit, jusqu'à jouir partout dans le dortoir ! Seigneur… !

Son cri ne troubla nullement Run qui allait bientôt en finir et se répandre lui aussi. Il donna des coups plus fort, la lourde table trembla sur ses pieds, et une pile de livres en équilibre au coin de celle-ci s'écroula devant Cordery.
Celle-ci poussa un autre cri, effrayé celui-là : un des livres s'ouvrit devant ses yeux, et elle lut une phrase écrite en rouge sombre sur les deux pages :

« LA LIQUEUR DE Y. EST SACRÉE.
Toi la femme ouverte qui sait lire les livres, ne la laisse pas fuir et se perdre pour rien, vite !
Son plaisir doit combler, NON se gâcher, VITE !
LA LIQUEUR DE Y. EST SACRÉE. »


Stupéfaite, Cordery relut rapidement les phrases du livre qui venait de s'offrir à ses yeux, porteur d'un message impératif dont elle comprit aussitôt la portée.
Brusquement elle se dégagea de l'étreinte mouvementée de Run, qui hurla de surprise et resta figé, le sexe vibrant dans l'air, tandis que la jeune fille se précipitait vers l'entrée de la bibliothèque en tentant de remonter sa culotte. Elle stoppa alors, stupéfaite.
« IL EST PARTI PAR OÙ ?? » cria t-elle au fantôme en désignant, paniquée, les nombreuses portes contre le mur de l'entrée. Le Comte de Clift lança alors « Le bureau de Morg ! » et la jeune fille bondit, ouvrit la porte à la volée et y disparut.

Une fois passée la porte, elle se retrouva dans la pénombre et chercha fébrilement son chemin dans les combles, pour finalement déboucher à l'aplomb du bureau.
À six mètres sous elle, elle aperçut Youri debout face au bureau du Professeur Morg, en train de se masturber frénétiquement.
Stupéfaite, elle reconnut le sujet des nombreuses photos étalées devant lui… Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir, et dévala à toute allure les escaliers au risque de se rompre le cou.
Youri, brusquement alerté par le bruit au milieu du tourbillon de ses fantasmes masturbatoires, crut instinctivement que c'était le propriétaire de lieux, le Professeur Morg, qui le surprenait, et ne comprit pas pourquoi Cordery se précipitait ainsi sur lui !
Elle se jeta brusquement à ses pieds et il se figea de stupeur quand la jeune fille engloutit son sexe dressé dans sa bouche, et aspira fortement… Il eut alors un petit cri bref et soudain, se mit à jouir, submergé par le plaisir et la surprise, il ne sut que faire pour ne pas jouir dans la bouche de Cordery qui venait inexplicablement de surgir pour lui gober le sexe, et il ne fit rien d'ailleurs… sinon tenir la tête de son amie tandis qu'il se déversait furieusement entre ses lèvres.

Run, abandonné brutalement par sa maîtresse alors qu'il était tout prêt d'éjaculer, la vit foncer vers l'entrée de la bibliothèque sans pouvoir la retenir ni dire quelque chose tellement cette fuite était soudaine et totalement imprévue.
« IL EST PARTI PAR OÙ ??
— Le bureau de Morg ! »
Il regarda le fantôme qui venait de crier, et vit disparaître Cordery par une des portes.
Toujours ahuri et le sexe à l'air, Run vit alors le livre ouvert et lu ce qui y était écrit en rouge. Il comprit instantanément le départ plus que précipité de son amante et… ce qu'elle était partie faire, et criant de rage, il se précipita à son tour en essayant de ranger sa bite dressée dans son slip.
Il déboula dans les combles, courut et en arrivant face à la rambarde, il vit alors… Cordery à genoux face à Youri qui, grimaçant, était en train de jouir comme un fou dans la bouche de sa maîtresse à lui, Run.

Il se sentit aussitôt glacé de désespoir total, alors que quelques secondes auparavant il nageait dans le bonheur le plus fort tandis qu'il prenait Cordery en levrette : voilà que cette garce l'avait laissé tomber en un instant pour courir aller bouffer le sperme de ce connard, tout simplement parce qu'un putain de bouquin moisi le lui avait ordonné !
Il pâlit, crut qu'il allait s'évanouir, ou mourir, ou vomir.

Cordery aspira soigneusement la queue de Youri pour en avaler les dernières gouttes, cette liqueur sacrée, toute salée, qui avait jailli si fort dans sa bouche qu'elle avait failli s'étrangler, elle avait dû faire un effort pour continuer d'aspirer et d'avaler précipitamment les flots tout chauds qui lui fouettaient la gorge.
Elle était étourdie par cette conclusion inattendue et violente de cette première fois avec un garçon : elle avait était obligée de changer de garçon !
Elle se releva et regardant Youri qui très pâle, regardait en l'air, elle découvrit Run et son cœur se serra en découvrant son visage défait par la trahison et l'abandon.

« Run, descend, s'il te plaît… » dit-elle d'une voix douce, la bouche encore un peu engluée de sperme.

Run était un vrai zombie, mais il obéit.
« Je suis désolée, tu sais, ce livre m'est apparu et…
— Je sais, j'ai lu cela. Je suis… si triste. »
Les larmes coulaient sur ses joues pâles.
Alors la jeune fille s'accroupit, et prit en bouche son sexe à lui aussi. Il avait dégonflé, trahi qu'il était, mais elle le branla vivement en le tétant avec force, et il ne tarda pas à se durcir, et Run n'eut pas le temps de l'envoyer balader en la traitant de garce : il se contenta de gémir en cadence, et quand elle se releva, baissa sa culotte elle-même et se pencha au dessus du bureau de Morg, il n'hésita pas une seconde et l'enfila avec un grand sourire en la tenant bien fort par les hanches, qu'elle ne s'échappe pas une seconde fois !
Il éjacula assez rapidement, en criant un peu, et resta immobile en elle, tout au fond, tandis que Cordery, dans un vertige de plaisir, se disait que la même journée elle avait découvert la masturbation, la fellation et le coït, et elle adorait cela !

Le trio d'amis reprit un peu ses esprits, Cordery remonta sa culotte sur son sexe dégoulinant et rabattit sa jupe, les garçons remisèrent leur engin dans leur pantalon, et ils regardèrent attentivement les photos, avant que Youri ne les range avec soin, puis il remit en place les dossiers dans le bon ordre, le galet de marbre, et il remontèrent silencieusement après avoir vérifié qu'aucune tache de sperme de Run n'avait débordé sur le tapis ou le bureau.
Ils furent soulagés de retrouver la porte, et en entrant dans la bibliothèque, ils eurent un rire de relâchement après ces événements incroyables… Faire des cochonneries dans le bureau du Professeur Morg, si un jour on leur avait dit cela !

Les trois amis découvrirent un service à thé sur une table basse, la théière était fumante, et il y avait une assiette de biscuits. « Pour vous remettre de vos émotions, mes jeunes amis… annonça le fantôme du Comte de Clift, aux anges, avant d'ajouter, d'un ton espiègle : et faire passer à la demoiselle… le goût peut-être un peu écœurant de la découverte !
— Merci, cher Monsieur, salua Cordery en rougissant. Ces biscuits ont l'air délicieux… Et j'ai toujours aimé le sucré-salé… »

Ils burent leur thé, et puis la jeune fille se leva, alla chercher le livre et leur montra la page sur les demi-géants, ce qui déclencha la stupeur de ses deux amis.
« Résumons, dit-elle, face aux deux garçons plutôt perplexes, et qui pensaient à nouveau, enfin, à autre chose qu'au sexe. Apparemment, la première nuit, c'est Morg qui a pris les photos, et utilisé le sort qui nous a étourdies. Les éclairs, c'était le flash.
— … Ou bien il a eu ses photos après, les a achetées pour son plaisir personnel à quelqu'un qui les a prises ?
— Je ne sais pas, avoua Cordery, pensive et préoccupée. Mais en revanche, ce qui est clair, c'est qu'Areed est bien celui qui a éjaculé comme un porc dans notre dortoir… Berk ! Il me dégoûte, ce salaud !
— Donc, conclut Run, nous avons Areed présent au moins une des deux nuits, et le Professeur Morg au moins impliqué et complice de ce mystère.
— Oui, approuva Youri. Mais je n'imagine pas Areed monter un plan pareil et contourner aussi efficacement pour son propre usage les sortilèges sophistiqués qui devait protéger le dortoir.
— Tu as raison ! s'exclama Cordery, Areed n'est qu'un pion, un gros pion, on l'utilise, c'est toujours l'hypothèse d'un scandale, et pourquoi pas… pour le virer ?
— En même temps que Mc Gottadeal et DoublePorte, oui… murmura Run. Une machination pour pourrir l'école et en décapiter la tête d'un seul coup ! »

Cordery se leva : « Saluons notre ami le comte. Merci pour tout, Monsieur…
— Ce fut un enchantement, chère amie. Si seulement j'avais pu vous baiser moi aussi, vous enculer fortement avec mon vit dressé pour parfaire votre éducation, et vous remplir le cul de mon foutre qui vaut bien, à tout prendre, celui de ces garçons, soyez assurée que je serais actuellement le plus heureux des hommes.
— Je m'en doute, rigola Cordery en rougissant. Mais je reviendrai… vous montrer mon cul, ma chatte et mes nichons, dés que possible, et nous baiserons devant vous, c'est promis. »
Run ouvrit des yeux ronds, Youri resta figé, et le fantôme lui-même eut un… flottement, puis Cordery envoya un baiser dans le vide et tourna talon, en compagnie de ses hommes.

Arrivée devant la porte, elle leur dit : « Pas un mot à Mc Gottadeal et à DoublePorte de nos… activités ou de nos découvertes, laissez-moi parler. Et… il faut que nous rendions très vite une petit visite au jardinier, ce gros goret… Va falloir qu'il s'explique ! »

À suivre…

Modifié par Riga, 14-05-2013 - 17:28.

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#7 Riga

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Posté 15-05-2013 - 17:18

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 5 : la troisième nuit ---



Lorsque les trois amis, après avoir franchi la porte de la bibliothèque secrète, arrivèrent en haut du bureau de Mc Gottadeal, ils furent accueillis par cette dernière qui bondit de sa banquette où elle devait sans doute discuter avec DoublePorte.
Elle semblait à la fois angoissée par l'attente et soulagée de les retrouver.
Le directeur, lui, leva des yeux plein de curiosité et de sympathie vers les trois étudiants, ses yeux bleus perçants sous ses sourcils blancs levés.
« Que s'est-il passé, qu'avez-vous découvert ? demanda impatiemment Athéna Mc Gottadeal à Cordery qui descendait l'escalier étroit, suivie de Run et de Youri.
— Oh, plein de choses très intéressantes, Madame, mais…
— Mais ?
— Mais je ne peux les raconter, déclara la jeune fille en regardant calmement la directrice de sa Maison, devant laquelle elle était arrivée, les joues un peu rouges.
— Comment cela ? gronda Mc Gottadeal, qui fronça les sourcils, cherchant à impressionner Cordery qui tint bon.
— Madame, il y a un secret autour de tout cela dont je ne peux me défaire… pour l'instant du moins. Ne le prenez pas contre vous, ni contre vous, M. DoublePorte, ajouta t-elle en se tournant légèrement vers le vieil homme qui sourit, énigmatique et bienveillant. Je ne peux pas vous livrer de détails ni d'informations, mais cela viendra sans doute… je suis désolée. »

La directrice, le regard noir d'être ainsi contredite par une étudiante, dévisagea la jeune fille et décida de changer de stratégie.
Elle reprit donc, avec un sourire qu'elle voulait engageant, et une voix qu'elle s'efforça d'adoucir :
« Mais songez, mes amis, que nous pouvons vous aider, vous conseiller… et vous protéger. Nous pouvons cela, et c'est d'ailleurs bien simple : nous le devons. »
La directrice commença à marcher de long en large, lentement, l'air préoccupé.
« Cette affaire du dortoir, à laquelle est relié ce bonhomme de neige, et donc la clef, et donc la bibliothèque de Gabriel de Clift, et donc pour finir, votre visite, est très grave, et peut même être potentiellement… fatale pour… comment dire ?… un certain état d'esprit auquel je sais que vous trois êtes profondément attachés. »
Elle se fit solennelle et regarda l'un après l'autre les trois étudiants : « En vous ouvrant à nous, nous unissons nos forces pour éviter le pire, sans doute, et pouvoir continuer. Comprenez-vous ? »

Cordery sembla réfléchir, mais quand elle prit à nouveau la parole, ses deux amis, en silence, constatèrent à nouveau (ce n'était pas une surprise), combien elle était intelligente et habile, et savait s'exprimer, avec même quand il le fallait une pointe de lyrisme :
« Nous vous comprenons… Et nous vous parlerons le moment venu, c'est évident : nous sommes effectivement alliés contre des forces qui font tout pour en finir avec le Monde tel que nous le voulons, et l'aimons… Mais… pour l'instant, Madame, il faut absolument que je sache : quand doit avoir lieu la visite d'inspection du ministre ? »
Mc Gottadeal sursauta et se tourna vivement, stupéfaite, vers DoublePorte, lequel ouvrit de grands yeux et éclata de rire : « Ah, mes jeunes amis, vous êtes vraiment le fer de lance, et si d'évidence, de fait, vous manquez d'expérience, votre audace et votre ténacité sont incomparables, et sont une arme peut-être plus redoutable que notre savoir !… Et bien voyez-vous, le ministre doit venir dans quatre jours, mardi matin. Et nous craignons beaucoup cette visite, je l'avoue, car il se trame ici quelque chose dont cette visite semble devoir être le point d'orgue… et pour moi, pour nous, pour l'école peut-être, le coup de grâce. »
Il était redevenu sérieux, de la tristesse flottait même dans ses yeux.
« Soyez assurés, Monsieur le directeur, et vous, Madame, déclara soudain Youri, le teint pâle, que nous ferons notre possible pour déjouer ce qui nous apparaît maintenant comme une machination…
— Une machination, enchaîna Cordery, autour d'un possible scandale. C'est cela, n'est-ce pas ?
— Oui, répondit sobrement Mc Gottadeal.
— Pourrions-nous… s'il vous plaît… ajouta la jeune fille, hésitante, avoir les mains libres à l'intérieur et à l'extérieur de l'école, pour aller et venir ? Et même… la nuit, s'il le faut ? »
La directrice fit instantanément une drôle de tête sous son chapeau vert, elle resta interdite, et ce fut le directeur qui répondit :
« Accordé, jusqu'à mardi, et de façon bien entendu tout à fait exceptionnelle. Les circonstances le sont, et de bonnes volontés actives telles que les vôtres ne sont pas un luxe dans ce climat hostile ! Tâchez cependant de ne pas vous faire remarquer.
— Merci Monsieur ! s'exclamèrent les trois étudiants avec de grands sourires.
— Bien, il est largement l'heure pour vous de descendre dîner, en attendant, s'exclama Mc Gottadeal d'une voix sévère.
— Oui, Madame, bien Madame ! » rirent les jeunes amis en quittant le bureau, et le directeur suivit.
Mais dans le couloir, la directrice appela d'une voix forte : « Miss Grenier ! Je peux vous dire un mot en particulier dans mon bureau ? »
La jeune fille s'immobilisa, inquiète, et fit demi-tour tandis que ses deux compagnons, intrigués, reprenaient leur chemin.

« Asseyez-vous, ce sera bref, j'ai juste une chose à vous dire et à vous donner… » annonça la directrice quand Cordery fut entrée dans son bureau et qu'elle eut fermé la porte derrière elle. Elle ouvrit un tiroir d'une étrange commode et y prit une petite boîte carrée enveloppée de papier de soie beige. Cordery, prudente et étonnée, murmura :
« Quoi, Madame ?
— J'ai l'odorat très très fin, Miss, et à votre retour, j'ai senti, respiré, des traces d'effluves de… de sperme sur vous, et sans doute… en vous. Et j'y retrouve… les odeurs corporels de… ces deux charmants garçons. »
Cordery, très pâle, ne put rien répondre, tant son cœur battait fort.
« Mais rassurez-vous, Miss, je ne vous en tiens pas rigueur, même si notre mission, bien entendu, consiste à veiller farouchement aux bonnes mœurs et à la préservation de la vertu de nos élèves, et des filles en tout premier lieu. Mais nous sommes entre nous, et… cette aventure qu'à titre personnel j'espère vous avoir été profitable, s'est déroulée dans un lieu qui n'existe plus dans l'école, et donc… qui n'existe pas, et donc cela n'a pas existé.
— Oui… Je… comprends, bredouilla Cordery, stupéfaite, en se sentant rougir.
— Cependant, je ne voudrais pas que cette histoire, que je devine charmante et forte, se terminât… par… une grossesse non désirée. Et je dois tout prévoir, en tant que directrice depuis de longues années d'une école certes de bonne réputation, pour l'instant du moins, mais… mixte. Aussi, Miss, je vous offre ceci, dit-elle en tendant à Cordery la petite boîte carrée.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda la jeune fille en défaisant le joli papier de soie.
— Un savon, répondit la directrice, mais pas n'importe lequel : au lait de Garangra sulfuré, à l'huile de Natoina souterraine, et aux épices non germées de Bolotatus vulgae, ça sent très bon, et cela permet… de ne pas tomber enceinte si on n'a pas fait attention. Faîtes ce soir et demain votre toilette intime avec ce savon, et cela vous permettra de dormir tranquille. Et moi aussi, conclut-elle en souriant. »

Cordery, confuse, rangea la petite boîte dans la poche de sa jupe, sourit sans rien dire, salua sa directrice et rejoignit Run et Youri à la table commune où tous les étudiants de Morhonpionsse avaient commencé leur dîner, et elle ne dit rien du cadeau de Mc Gottadeal, elle expliqua simplement que cette dernière l'avait sermonnée une nouvelle fois, seule à seule.

Au moment du dessert, Mc Gottadeal fit son apparition et réclama le silence pour annoncer que le lendemain dimanche, avant la dernière semaine de cours avant les vacances de Noël, une sortie avait été décidée pour les élèves au village voisin de Courtyard-Bakon, ce qui déclencha des exclamations de surprise et de joie, et le dîner se termina dans les conversations excitées et les rires. Les trois amis avaient échangés un regard complice avec la directrice, et comprenaient la décision comme une façon habile de leur laisser le champ libre dans l'école !

Après le dîner, Cordery salua ses deux amis et elle rejoignit son dortoir déserté par ses compagnes de chambrée.
Elle n'était pas fâchée de dormir après cette longue journée complètement folle, et la nuit dernière avait été spéciale et éprouvante. Seigneur, ce n'était QUE la nuit dernière, il lui semblait qu'une semaine avait passé depuis la visite et la mystérieuse pollution nocturne de la deuxième nuit !
Elle repensa aux révélations du livre sur les créatures magiques, et se félicita de rendre visite dés le lendemain à Areed pour en savoir plus sur cette machination dont il était sans doute lui aussi la victime, mais une victime… coupable de choses dégueulasses !

Tout cela la fatiguait, elle se déshabilla en abandonnant ses vêtements sur son lit, et le savon à la main, elle se rendit dans la petite salle de bain du dortoir.
Elle régla l'eau dans la cabine de douche, et avec délice, rentra sous le jet chaud et ample, et commença à frissonner de bien-être tandis que l'eau dégringolait et coulait le long de son corps.
Elle mouilla le savon, qui exhala alors un délicieux parfum, et moussa doucement entre ses mains, elle s'en frotta le sexe, qu'elle massa consciencieusement.
La mousse glissante de ses caresses lui procura peu à peu un trouble très agréable, excitant sa peau sous l'eau chaude de la douche, et ses seins se durcirent un peu, elle retrouva très vite ce que la lecture des livres interdits de la bibliothèque lui avait appris être son clitoris.
Elle le frotta lentement, et s'appuya contre le mur, ouvrit mieux les cuisses, et courbée en avant, tout en continuant à se masturber – en pensant aux garçons qui avaient éjaculé en elle –, elle se caressa les tétons, qu'elle pinça un peu… et sous la douche, Cordery se fit jouir assez vite, et très fort : elle cria un peu, de bonheur, avant de reprendre son souffle, un sourire enivré sur son joli visage.
Que c'était bon !

Elle finit sa toilette, sortit de la douche, se sécha en chantonnant, pressée de retrouver la fraîcheur moelleuse de sa couette, et le sommeil réparateur, avant la suite des aventures, la plongée à nouveau dans le mystère, dès le lendemain…
Elle enfila son peignoir, se sécha les cheveux soigneusement, et sortit de la salle de bain… pour pousser un cri de surprise !
Athéna Mc Gottadeal, avec son éternelle robe verte et son chapeau pointu, lui souriait, assise dans le fauteuil du dortoir.

« Désolée, ma Chère, de vous faire peur : vous n'avez pas entendu frapper, je me suis permis d'entrer…
— Oh mais… heu… c'est normal… bafouilla Cordery, fort contrariée et le cœur encore battant de la surprise qu'elle avait eue en découvrant la directrice confortablement installée dans le dortoir.
— Je n'ai pu vous prévenir après le dîner, mais nous avons pris la décision, avec Calculus, que je dormirais dans ce dortoir cette nuit. Après les événements des deux nuits dernières, nous devons tout prévoir. Je m'installe donc ici, en vous priant sincèrement de m'excuser d'envahir ainsi votre espace privé.
— Hé bien… heu… Je comprends, et les… heu… circonstances… » Cordery souriait jaune, une sorte de grimace crispée, elle était loin, très loin, d'être ravie de cette compagnie encombrante, d'autant qu'elle se faisait une joie d'être seule et de prendre ses aises !
D'ailleurs ses vêtements jonchaient toujours son lit, elle se dirigea vers son coin, auprès duquel la directrice était assise, pour ranger un peu.
Mc Gottadeal, en souriant, la rejoignit, et à la grande stupéfaction affolée de Cordery, elle prit sur son lit sa culotte abandonnée, et la portant à son visage… elle la respira.
« Oui, murmura t-elle, le sperme de Run, de la semence acidulé et épaisse de roux, son odeur à lui, et… il a beaucoup joui. »
La jeune fille, toute rouge, resta silencieuse, et elle s'étrangla carrément de stupeur lorsqu'elle vit Mc Gottadeal sortir sa langue pour lécher lentement les traces de sperme sur le coton de la culotte !
Bouche bée, elle assista, statufiée, à la chose : la si respectable et crainte Athéna Mc Gottadeal en train de lécher sa petite culotte pour en savourer les souillures odorantes !

« Bien, dit la directrice en souriant et en reposant la petite culotte blanche sur le lit, je peux prendre la salle de bain ?
— Heu… hein ? Heu oui. Oui, si vous… si vous voulez j'ai… heu… j'ai fini. »
Très très perturbée, la jeune fille attendit que Mc Gottadeal, munie de ses affaires de toilette, ait quitté la chambre, et se mit à toute vitesse en chemise de nuit avant de se jeter sous sa couette.
Elle était encore sous le choc, stupéfaite par ce qu'avait fait cette femme si… intransigeante, rigoureuse, si sévère parfois, avec un naturel absolu, plus décontractée sans doute que si elle avait repris une cuillerée de marmelade au petit-déjeuner.
C'était d'une obscénité totale, définitive, une chose que Cordery, il y a encore quelques heures, n'auraient même pas pu imaginer !

Elle ferma les yeux, et voulut faire semblant de dormir quand elle entendit s'arrêter la douche.
Mais elle se dit que c'était ridicule, et regarda Athéna quand elle reparut dans le dortoir.
Elle ne put retenir un souffle de surprise : la directrice était vêtue d'un caraco de dentelle vert foncé, décolleté et fendue sur le côté, d'une grande élégance, et d'une petite culotte coordonnée, très transparente.
Elle avait maintenue ses longs cheveux gris en chignon, mais un chignon plus créatif, moins serré, que sa coiffure stricte de tous les jours, et elle marchait lentement, Cordery silencieuse admira ses longues jambes parfaites, soyeuses, en se demandant quel âge pouvait bien avoir cette femme si incroyablement belle, qu'elle n'aurait pu deviner être aussi sexy, féline et si bien conservée…
La magie, sans doute !
Ses seins étaient petits et ronds sous la dentelle, les aréoles assez larges, les tétons généreux, provocants, la jeune fille essaya de regarder autre chose, en vain, et bientôt la si belle femme aux cheveux gris et au corps souple, parfait, envoûtant, fut près d'elle, et s'assit sur le bord de son lit en souriant.
Elle sentait bon, elle sentait le savon.
Comme si elle devinait les pensées de Cordery, elle dit d'une voix suave que la jeune fille n'avait pas eu l'occasion de jamais entendre : « C'est un savon sensuel, le Bolotatus vulgae, je ne le t'ai pas dit, est une plante aphrodisiaque, la mousse est un délice et excite la peau, et chauffe les muqueuses… J'en fait une grande consommation, j'aime jouir ainsi, avant de dormir… »

Elle souriait, splendide, et Cordery, muette de ne toujours pas en revenir, reconnaissait bien la directrice, mais la femme en face d'elle était magnétique, tendre, sexuelle, toute chaude, et jamais, jamais, elle n'avait vu cela, ou fait la moindre hypothèse de quelque chose de ce genre à son propos !
« Tu me prêtes ta carotte ?
— Ah ? Euh… oui… » murmura Cordery qui avait failli demander instinctivement (et très bêtement !) pourquoi !
Mais Athéna répondit elle-même à cette question possible : « J'ai envie de m'en pénétrer. Fort… Il y a si longtemps que je n'ai pas fait l'amour. La dernière fois, c'était à Londres, dans les toilettes d'un salon de thé près du Chaudron Gicleur, avec deux dompteurs de dragon du Dusty Circus, des hommes… très virils, nous ne devions pas crier, et c'était brutal et profondément délicieux… je peux, alors ?
— Oh, hein… Oui, heu oui ! » répondit Cordery, perturbée, en se tournant vers le tiroir de sa table de nuit.
Elle y prit la carotte et la tendit à Mc Gottadeal, qui la prit avec délicatesse.
Et alors, sans bien réfléchir, Cordery posa une question étrange : « Avec… deux hommes… ? L'un après l'autre ?
— Nooon, sourit la si belle Athéna, en même temps. Par devant et par derrière, debout, ils me tenaient forts et me pénétraient en rythme… Une vraie folie !
— Ah oui… Je… J'ai vu cela dans les livres… de la bibliothèque… Par derrière… le… l'anus.
— Oui, j'avais un peu de vaseline, raconta Athéna à mi-voix, parce que nous avions rendez-vous, un rendez-vous secret, et grâce à cela il a pu me prendre sans me faire mal… j'étais empalée, complètement… Il avait pourtant un membre énorme… Deux fois large comme cette carotte, et plus long encore. »

Et en dévisageant Cordery, qui était frémissante, profondément troublée par cette histoire qu'elle venait gentiment de lui raconter, Mc Gottadeal entrouvrit la bouche et y fit pénétrer la carotte, l'enfonça lentement, et l'étudiante, bouleversée, pensa à sa fellation de Youri, in extremis…
À voix basse elle commença à raconter elle aussi, pendant que la jolie femme face à elle faisait doucement aller et venir dans sa bouche le gros légume maintenant luisant de salive : « Cet après-midi, un livre m'a appris que… la semence de Youri était sacrée, ne devait pas être perdue, gâchée… Et comme il se… branlait, je l'ai pris dans ma bouche. Je l'ai sucé, il a… Il a joui, très fort… C'était la première fois, c'était un peu salé, assez écœurant, mais j'ai obéi au livre, à la mise en garde, et j'ai tout avalé… jusqu'à… jusqu'à la… dernière goutte. Oh, Madame, gémit-elle soudain, vous m'excitez… Vous êtes terriblement séduisante, tellement sexuelle ! »
Elle avala sa salive et rejeta la couette.

Avec un sourire, Athéna cessa de sucer, posa la carotte, et l'aida à rabattre la couette.
Étourdie de désir tumultueux, Cordery enleva sa chemise de nuit et se retrouva nue sous le regard d'Athéna, qui fit elle glisser sa culotte de dentelle vert émeraude le long de ses longues jambes, puis grimpa sur le lit pour s'asseoir en face de la jeune fille.
Elle écarta les cuisses et avec curiosité, Cordery examina le sexe de la directrice, dont l'étroite touffe grise était étonnante, et très raffinée. Dessous, de longues lèvres que la femme écarta lentement, révélant des replis humides contre lesquels elle glissa lentement le bout orange du légume venu de nulle part. De haut en bas, de bas en haut…
Cordery n'en perdit pas une miette, et arrondissant le dos légèrement, pile en face d'elle, Athéna enfonça lentement mais sans s'arrêter toute la longueur épaisse de la diabolique et très pratique carotte, la jeune fille retint son souffle, et du bout des doigts, la jolie femme tira sur son extrémité et la fit ressortir, toute mouillée.
Violemment excitée, Cordery commença elle aussi à se branler, massa son clitoris, enfila maladroitement un peu de son index entre ses lèvres, ce qui fit sourire Athéna qui ne ralentissait pas ses allées et venues, sous le regard survolté de l'étudiante qui retenait son souffle.
Soudain, Athéna, sans cesser son branle, plongea en avant et avant que Cordery n'ait pu se rendre compte, elle posa sa bouche et enfonça sa langue longue et fine, très mobile, en elle.
L'étudiante cria sous la caresse imprévue, inédite, la belle chevelure grise roulait près de son ventre tandis que la langue indiscrète, précise et affolante, lui prodiguait un plaisir si intense qu'elle crut qu'elle allait mourir de jouissance…
Et puis Mc Gottadeal fit une chose étrange : elle se releva, la bouche et le menton luisant, se pencha dans l'autre sens, en arrière, et laissant la carotte à demi enfilée dans sa vulve trempée, elle s'appuya sur ses bras, se tortilla et se rapprocha du sexe de Cordery, qui comprit alors ce qu'Athéna voulait faire.
Creusant les reins, elle approcha plus timidement son bassin, tandis que sa maîtresse reprenait entre ses doigts le légume pour le positionner…
Un glissement des fesses, et l'autre bout de la carotte s'enfonça en elle, elle poussa un cri, Athéna roula des hanches et elles furent alors pénétrées toutes les deux par cette grosse raideur souple et dressée qui bientôt fut invisible : un autre mouvement du bassin, et leurs lèvres se rejoignirent, ce qui provoqua un long gémissement de Cordery.
C'était divin, terriblement vicieux, elles se branlaient mutuellement en ondulant des hanches, frottant leur clitoris entre elles, tandis que la grosse tige de la carotte les emplissaient en même temps, glissant de l'une à l'autre au rythme des contractions imprévisibles de leur vagin.
Le plaisir…
À l'initiative d'Athéna, elles refermèrent leurs jambes l'une sur l'autre sur ce trésor en elle, appuyant fortement et frottant sans relâche le renflement tendu de leur clitoris l'un contre l'autre, jusqu'à ce que Cordery pousse un cri aigu qui devint étranglé, et ne s'immobilise, terrassée par l'orgasme.
Elle s'effondra peu après sur son lit, tandis que Mc Gottadeal, le visage illuminée d'un magnifique sourire, s'éloignait, reprenant la carotte trempée, encore enfoncée en elle, en main, pour finir de se branler, très fort, à toute vitesse en se malaxant les seins à travers la dentelle.
Fascinée et hagarde, Cordery la contempla se donner un plaisir intense qui la fit se cabrer à la fin de cette course folle, la jeune fille vit palpiter les lèvres, le sexe tout entier de la directrice autour du gros diamètre de la carotte.

En souriant, Athéna s'approcha, et embrassa la jeune fille avec une infinie douceur, mais aussi une force bouleversante.
Puis elle se leva, ramassa sa culotte, et rabattit la couette sur le corps épuisé de sa jeune et très jolie maîtresse qui venait de remettre sa chemise de nuit blanche très sage.
« Dormez bien, Miss, chuchota t-elle à son oreille, vous ne craignez rien, je veille sur vous mon Trésor… »

Cordery, en souriant béatement, ferma les yeux et s'endormit aussitôt, emportée par un sommeil ample, tiède et absolument rassurant.

À suivre…

Modifié par Riga, 15-05-2013 - 17:19.

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#8 Riga

Riga

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Posté 16-05-2013 - 17:26

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 6 : vengeance de femme ---



Cordery sentit qu'on lui caressait doucement la joue, elle ouvrit un œil et découvrit Athéna Mc Gottadeal, tout habillée et maquillée discrètement, avec son large chapeau pointu de sorcière, la directrice élégante et sérieuse qu'elle connaissait, à laquelle elle avait toujours été habituée, qui, assise sur le bord du lit, lui souriait d'un air maternel qui la troubla :
« Bonjour ma Chérie, murmura t-elle, il est l'heure de se lever et de te préparer, j'espère que tu as bien dormi… Je descends pour m'occuper de la sortie d'aujourd'hui… »
Mc Gottadeal se leva, lissa sa robe, elle se tenait bien droit, impeccable image de l'autorité qu'elle incarnait dans l'école, et ajouta d'une voix claire :
« Je vous annonce, Miss Grenier, qu'il n'y a eu aucune visite indésirable cette nuit dans le dortoir. Ma présence peut-être, je ne sais pas. En tout état de cause, et nous pouvons nous en féliciter, il ne s'est rien passé cette nuit. »
Cordery comprit immédiatement le sous-entendu de la si belle femme qui avait partagé son lit et ses jouissances, et répondit de la même voix claire :
« Oui, Madame, je peux d'ailleurs en attester : il ne s'est rien, absolument rien passé cette nuit, et j'en suis… la première soulagée ! Sans doute l'effet de votre présence à mes côtés, moi j'en suis persuadée, et je vous en remercie. »
La directrice retint son rire, elle lui rendit un regard chaleureux, et conclut avant de sortir de la chambre : « À tout à l'heure Miss… »

La jeune fille retomba sur ses oreillers, un sourire sur sa jolie bouche, heureuse et étourdie par tout ce qui lui était arrivée et tout ce qu'elle avait découvert en seulement quelques heures.
À dix-huit ans, il était temps, elle avait du retard dans ce genre de chose, mais là… elle en savait sans doute plus, et avait sans doute été bien plus loin que les jeunes de son âge, et même la plupart des femmes tout au long de leur vie… en seulement quelques heures.
Puis elle prit son courage à deux mains, rabattit sa couette et se leva, elle sentit qu'elle avait des petites courbatures dans les cuisses, dans les hanches, en bas du dos, elle découvrait aussi que faire l'amour était une activité physique à part entière, et songea, émue, que la directrice, qui devait bien avoir une cinquantaine d'années, avait sans doute ressenti en se levant ces courbatures amoureuses dans ses longues jambes, son corps souple et magnifique.
Bon ! Il fallait arrêter de rêvasser et se préparer : elle avait une enquête à poursuivre avec ses amis !

Pendant ce temps justement, dans le dortoir de Youri, les garçons se levaient plus ou moins facilement et se préparaient eux aussi, Run avait un sourire immense aux souvenirs des ébats de la veille avec Cordery, mais à cause de Melville dans les parages, il se retenait sans arrêt, ça se voyait, d'en parler à Youri.
Celui-ci au contraire, se réveillait soucieux, troublé, inquiet, et ne partageait pas l'enthousiasme béat et simpliste de son ami. Il s'enferma dans la salle de bains et prit sa douche.
Les événements de la veille, lui, le préoccupaient.
Cette annonce, ce sort, qui le concernait, à propos de sa semence soi-disant sacrée, était inquiétant, et c'était d'ailleurs plutôt une malédiction ! Il se demandait ce que cela pouvait bien signifier et impliquer, mis à part que cela lui interdisait de se masturber tranquillement, comme devait sans doute le faire, il en était maintenant persuadé, Run et la plupart des étudiants de l'école, garçons et filles, mais plutôt surtout les garçons, enfin j'en sais rien… Il n'aurait pas toujours sous la main une Cordery accueillante et prévenante qui se précipitait pour avaler ses éjaculations…
Cette évocation commença à le faire bander tandis qu'il s'essuyait, il chercha à penser à autre chose, à se reprendre la tête, à redevenir au plus vite soucieux et pessimiste, ce qu'il réussit plutôt bien en s'habillant. Sa bite dégonfla.

Les garçons descendirent les escaliers pivotants pour gagner la salle à manger, toute l'école résonnait du bruissement de l'excitation des élèves, qui se faisaient tous une joie de faire cette sortie annoncée au village de Courtyard-Bakon, et d'y dépenser leur argent juste avant Noël, car les vacances approchaient à grands pas.
Tout le monde semblait avoir oublié l'étrange épisode des visites nocturnes de ce dortoir des filles, et mises à part les intéressées, nul ne repensait à ce fait divers angoissant.
Mc Gottadeal et DoublePorte pouvaient d'en féliciter, et la simple annonce de cette sortie avait rempli son objectif : l'attention était détournée et l'événement n'occupait plus le devant de la scène…

Le cœur battant, Run retrouva Cordery qui arrivait dans la salle à manger où les tables s'étaient dressées toutes seules, le chocolat chaud attendait dans les grands pichets d'argent, au milieu des fruits et de la brioche, c'était un petit déjeuner de fête qu'avait prévu l'école.
La jeune fille sourit à ses deux amis, et vit immédiatement que si Run semblait flotter sur un petit nuage, Youri en revanche avait l'air sombre et torturé, et elle lui demanda gentiment si ça allait. « Non, avoua le jeune homme, ce texte que tu as découvert me concernant… c'est… une malédiction, et je ne sais pas au juste ce qui se cache derrière… »
Youri avait retourné cela dans sa tête et sans l'avouer à ses amis, il craignait plus tard de ne jamais pouvoir avoir d'enfant, ou d'engendrer peut-être… des monstres.
L'idée pouvait paraître ridicule mais personne n'en savait rien, qui était capable de le dire ? Sa semence était-elle enchantée ou ensorcelée, était-elle un miracle ou un poison ?
Ces questions le taraudaient et le touchaient au cœur : à peine découvrait-il les plaisirs possibles de la sexualité qu'une terrible éventualité se faisait jour, qu'une prédiction mystérieuse en forme d'avertissement pesait sur lui.

Cordery lui sourit gentiment tandis que Run commençait à faire la tête, mais les trois amis se changèrent les idées en se mettant à table devant le généreux petit-déjeuner gourmand, pour parler d'autre chose. Cordery dévorait sa brioche, affamée, et se garda bien d'avouer aux garçons les raisons de ce féroce appétit : la nuit avait été sensuelle et mouvementée !

À la fin du repas, la directrice des Morhonpionsse, justement, arriva dans la salle, tout sourire… Son regard glissa sur Cordery sans s'y arrêter ni rien laisser paraître, et la jeune fille se demanda soudain combien d'élèves, filles ou garçons, avaient déjà partagé son lit et ses plaisirs, et la question la troubla.
Mc Gottadeal réclama le silence et expliqua à tous les modalités de la sortie au village, avant de leur donner rendez-vous dans la hall d'entrée. Les élèves s'éparpillèrent alors en riant et discutant, et les trois amis restèrent ensemble, Mc Gottadeal vint vers eux.
« Bonjour à tous, dit-elle à voix basse. Je vous donne cette clef, elle vous ouvrira les portes de l'école, toute l'école, comme promis. Mais je vous recommande d'éviter au maximum de vous rendre dans les bureaux des enseignants, cela nous mettrait, vous le comprenez bien, dans une situation délicate, et je vous prie également, surtout, même, de ne pas vous faire remarquer par Méfior, le concierge, ni par sa sale bête de chat. Vu le caractère du personnage, nous n'en finirions pas d'entendre parler de cette autorisation secrète et exceptionnelle que le directeur vous accorde. C'est totalement inédit et très risqué, comme vous le devinez…
— Mais, Madame… bredouilla Cordery, intriguée.
— Qu'y a t-il ?
— Vous ne nous donnez aucune clef ? s'étonnèrent ensemble Run et Youri.
— Je viens d'ensorceler vos baguettes et d'en faire des passe-partouts, sourit la directrice devant la stupéfaction de ses élèves.
— Oh ! »
Ils rirent et saluèrent la directrice qui leur répondit d'un joyeux « Bonne journée ! » avant de tourner les talons dans une envolée de robe verte qui fit brièvement rêver Cordery de ce qu'elle cachait.

Les trois amis attendirent le rassemblement des élèves, avec l'appel qui dura longtemps, tant il y avait de monde.
Seuls une poignée d'élèves ne participaient pas à la sortie, en général parce qu'ils ne le pouvaient pas pour des questions d'autorisation parentale, comme Youri, même d'ailleurs s'ils étaient majeurs : le règlement de l'école était inflexible, clair et net.
Ils notèrent au cours de l'appel, étonnés et inquiets, que leur ennemi de toujours à Bootbakon, Vlado Loris, et ses deux compères Krott et Grav ne participaient pas à la sortie du jour, c'était d'ailleurs les seuls de la Maison des Sorvenin à ne pas y aller.
Au milieu de la foule des étudiants, ils avaient l'air, comme d'habitude, méprisants et triomphants, et les trois amis échangèrent un coup d'œil préoccupé. Pourquoi restaient-ils ?
Youri découvrit également que Choho Qu, qui lui faisait les yeux doux depuis des mois, ne partait pas non plus avec les autres, et il croisa son regard, et son sourire lumineux, qui emballèrent son cœur.
Mais la priorité n'était pas là, il le savait. Il fallait résoudre le mystère qui menaçait l'école !

Lentement, les élèves, chaudement vêtus, rejoignirent et s'installèrent dans les diligences sans chevaux qui les attendaient sur l'esplanade de la grande cour de Bootbakon.
Le temps était magnifique malgré le froid mordant, le ciel, d'un bleu éclatant, paraissait immense, et le soleil faisait resplendir les paysages enneigés autour de l'école.
Le directeur leur adressa de loin un sourire et un signe de tête et reprit le chemin de son bureau, tandis que les rares élèves à être restés rejoignaient leur salle commune, ou la bibliothèque.

Run, Youri et Cordery remontèrent à l'étage dans la salle des Morhonpionsse déserte et chaleureuse – un bon feu crépitait dans l'immense cheminée – pour élaborer un plan de bataille : il fallait rendre visite à Areed dans sa cabane.
« Je vais aller prendre ma cape, déclara Youri, nous pouvons avoir besoin de nous rendre invisibles.
— Bonne idée ! s'exclama Cordery. Et il nous faut réfléchir à ce que nous allons dire à Areed…
— Oui, dit Run en fronçant les sourcils, nous ne pouvons pas débarquer en l'accusant d'être le gros dégueulasse du dortoir. Il risque de ne pas apprécier !
— Effectivement. Et mine de rien, ajouta Youri en riant, il a beau être très sympa, c'est un peu pénible quand il s'énerve ! On devrait peut-être lui dire qu'on enquête sur cette histoire et lui demander tout simplement ce qu'il en pense ?
— Pas mal, Youri, approuva Run. S'il a quelque chose à se reprocher, comme on le pense, il ne fera pas illusion très longtemps, c'est sans doute le pire menteur que je connaisse !
— Il sera sans doute très gêné, ajouta Cordery d'une voix triste. Il faut garder à l'esprit qu'il est sans doute manipulé, dans cette histoire. Même si… il a fait des choses… dégradantes. »

Le silence s'installa. Chacun, au fond de lui-même, n'avait pas envie que cette histoire porte préjudice à Areed : le demi-géant était leur ami depuis si longtemps, et Youri gardait la souvenir de la première fois qu'il l'avait vu, avec son énorme moto. Jamais jusqu'alors il n'avait entendu parlé de ce monde de la magie dans lequel sa vie avait depuis basculée !
Ils regardaient le feu dans le foyer, et chacun des trois avaient une pensée secrète qu'ils n'osaient exprimer, une prière : que tout cela soit un malentendu, que leur gigantesque ami ne soit pas le visiteur clandestin, le jouisseur du dortoir ! Peut-être y avait-il une autre possibilité, une explication qui puisse l'épargner ?
« Bon, décréta soudain Youri en se secouant, il n'est que 8 h 30, la journée est encore longue, mais il faut y aller, préparons-nous, et allons voir Areed ! »

Tandis que les deux autres allaient mettre des vêtements chauds, il se rendit dans son dortoir, y prit sa cape qu'il avait caché dans ses affaires (elle s'y cachait d'ailleurs toute seule !), enfila un gros pull et retrouva ses amis dans le vaste hall, désert.
Ils étaient tous préoccupés de ce qu'ils allaient peut-être apprendre. Ils s'emmitouflèrent et sortirent dans le froid aveuglé de soleil, le temps était vraiment splendide, et l'expédition aurait être une belle promenade s'il ne s'était agi d'un inquiétant mystère.

Ils prirent la route, et ils étaient en train de longer une haute galerie extérieure qui faisait le tour de la cour, où s'engouffrait le vent glacé, quand ils tombèrent sur un autre trio, sinistre et ricanant, constitué par Vlado Loris et ses deux acolytes.
Ils semblaient attendre, adossés à des colonnes de la galerie, et leur chef, Vlado, se mit à rire ouvertement, avant d'interpeller à distance Youri, Run et Cordery qui venaient vers eux, d'une voix forte et provocante :
« Ah tiens ? Youri Batar et ses petits camarades ! Vous n'êtes pas partis en promenade comme tout le monde, avec tous les demeurés de l'école ? »
Les trois amis se renfrognèrent, approchèrent en silence et surtout sans se presser, sous le regard narquois du petit groupe de Sorvenin, et ce fut Youri qui lança finalement : « Non, ce ne sont pas les demeurés de l'école qui sont en sortie, impossible, puisque tes copains sont là devant moi ! »
Après un bref instant de silence, Vlado éclata de rire : « Bonne répartie Batar, tu commences à être drôle et à savoir t'exprimer, dis-moi ! C'est bien mon garçon… »
Ses copains en question, grimaçants de colère soudaine, ne trouvaient eux pas du tout drôle la réflexion de Youri, et ils s'avancèrent, menaçants. Mais c'était leur chef, Vlado, qui menait la conversation : tels des chiens d'attaque à peu près bien dressés, ils obéissaient, se retenaient et attendaient le bon moment en grondant.
Le visage très pâle sous ses cheveux raides, presque blancs, Vlado tourna son regard méchant et incisif sur Cordery, dont il détailla la silhouette :
« Je ne sais pas ce que tu fabriques avec ces sous-hommes constamment dans ton sillage, Grenier. Quand te décideras-tu à savoir ce que c'est vraiment qu'un mâle digne de ce nom ? »

La jeune fille fit un pas en arrière, effarée, tandis que Krott et Grav ricanaient grassement en dévisageant Cordery. Run et Youri, sans voix, étaient eux aussi sidérés par la violence de l'attaque verbale sans équivoque que venait de porter Vlado.
« Ah bon, tu t'intéresses aux filles Sang-de-Vase, maintenant ? rétorqua Cordery d'une voix blanche et tranchante. Les femelles au sang pur sont dégénérées à ce point-là que même toi, ça te fait honte ? »
Le visage de Vlado se crispa, ses yeux flamboyaient, et il lança : « Ma pauvre chérie, tu ne m'intéresses pas, rassure-toi, parce que oui, effectivement : tu manques de race. Mais comme tu commences à ressembler à autre chose qu'à une petite fille, je m'inquiétais simplement que tu connaisses un jour autre chose que ces deux gamins débiles qui te suivent partout. Ils risquent pas de te faire du mal, c'est sûr, mais pas du bien non plus. Alors si ça te dit… » ajouta t-il en ricanant de façon éloquente.
Le silence qui suivit était plein de tensions électriques et lourd de menaces soudaines.

Run, Cordery et Youri étaient sous le choc, et les deux garçons n'avaient qu'une envie : sauter à la gorge de Vlado. Cordery avala difficilement sa salive, c'était à elle de répondre à l'affront détestable qu'elle venait d'essuyer. Elle planta donc son regard dans celui du jeune homme pâle, rassembla son courage et déclara d'une voix lente :
« Je préfère me branler jusqu'à la fin de mes jours avec ma baguette magique que de simplement supposer que tu puisses poser tes sales pattes de porc sur moi, espèce de psychopathe puant ! »
Vlado blêmit encore plus, si c'était possible, et la bouche tordue par la haine il murmura distinctement, l'index pointé sur elle :
« Salope ! Un jour tu me demanderas pardon à genoux pour ce que tu viens de dire ! »
C'en était trop : Run bondit mais Cordery le retint à deux mains par le bras tandis que Krott et Grav, un sourire mauvais aux lèvres, s'apprêtaient à passer à l'attaque.
« Dans tes rêves ! s'exclama t-elle. Continuez tous les trois à vous toucher en pensant à moi dans vos petits lits cradingues, ça vous calmera avant de dormir. Bon, allez, on se casse, on n'a pas de temps à perdre avec ces tarés ! »

Furieuse et déterminée, elle reprit son chemin sous le regard implacable de Vlado, et sous celui agressif de ses deux copains, qui espéraient que leur chef allait les laisser passer à l'attaque et se défouler enfin.
Run et Youri, qui voulaient eux aussi en découdre, hésitèrent un très bref instant avant de suivre la jeune fille, à contre-cœur et sans lâcher les trois Sorvenin des yeux. Mais à leur grande surprise, ils restèrent immobiles et ils purent s'éloigner sans subir autre chose que des ricanements méprisants. Sans doute pour garder une contenance après la joute verbale que grâce à la répartie de Cordery, Vlado avait perdue.
« Je ne sais pas pourquoi vous êtes restés à l'école aujourd'hui, lança t-il brusquement alors que Youri, Cordery et Run était à une vingtaine de mètres. Vous devez préparer un mauvais coup. Mais nous allons vous surveiller, vous empêcher de nuire, on va vous coller au train toute la journée, promis ! » Il éclata de rire et les trois amis se jetèrent un regard stupéfait.

« Quoi ? Ils vont nous suivre ? » s'exclama à mi-voix Run en regardant le groupe de Vlado et ses lieutenants. Effectivement ceux-ci se mettaient paresseusement en route dans leur sillage.
« Impossible d'aller voir Areed pour l'instant ! Quelle merde, soupira Cordery à la grande surprise de ses deux amis (mais ils allaient de surprise en surprise la concernant). Ils sont complètement tarés, des vrais malades !
— Tu as sacrément bien répondu, en tout cas, tout à l'heure… Bon. Il faut les semer, décida Youri en souriant. On se sépare, vous restez ensemble, je bifurque. Je vais sans doute récupérer Vlado à ma suite, mais j'ai ma cape, on va rigoler… vous allez hériter des deux abrutis, à vous de vous en défaire…
— Je les assassinerais volontiers, grogna Run, mais le règlement de l'école ne permet pas le meurtre violent d'autres élèves, même s'ils le méritent. Je l'ai lu quelque part.
— On se retrouve dans notre salle commune, reprit Youri en riant, et on reprendra l'expédition prévue, d'accord ?
— Ok, Youri, sourit Cordery, bon courage !
— Bon courage à vous, et à tout à l'heure… » répondit Youri.

Il prit alors la direction de l'aile Ouest de l'école, marchant vivement dans l'air froid, tandis que ses amis obliquaient de l'autre côté pour faire demi-tour en faisant le tour de l'esplanade sous la galerie.
Observant le groupe de Sorvenin du coin de l'œil, Run et Cordery virent qu'ils hésitaient, il y eut un flottement dans le groupe, puis Vlado glissa un mot à voix basse à ses acolytes d'un air menaçant, il fut approuvé immédiatement, et partit à la poursuite de Youri, suivi des yeux par ses copains, sans doute pas rassurés d'être lâchés par leur chef de bande.

Run et Cordery accélérèrent le pas, la jeune fille se blottit contre son ami qui entoura ses épaules de son bras protecteur, et elle lui murmura : « Je vais me venger d'eux…
— C'est-à-dire ?
— J'ai appris un sort, hier dans la bibliothèque au cours de nos recherches, quelque chose de simple et d'efficace qui serait parfait pour leur donner une bonne leçon… Tu verras. »

Ils rentrèrent dans le bâtiment principal, et prirent le grand escalier, sans accorder d'attention aux deux suiveurs qui, ils le savaient, étaient à leurs basques.
C'était Cordery qui ouvrait la route, avec une idée derrière la tête, et Run se demandait où elle voulait aller et ce qu'elle prévoyait de faire, mais il gardait le silence, en attendant de comprendre. Ils prirent le couloir haut de plafond qui menait à la salle commune des Morhonpionsse, et dépassèrent la grande porte, continuèrent le corridor jusqu'à une haute fenêtre en ogive aux carreaux de vitrail colorés.
Il y avait là un petit salon de lecture, peu fréquenté d'ordinaire, dans un recoin sur la gauche, à l'abri des regards de ceux qui sortaient de la salle commune, et qui de toutes façons prenaient la direction inverse dès qu'ils passaient la porte.
L'endroit était confortable, avec une banquette de velours rouge foncé, deux larges fauteuils, une table basse et des tapis épais.

Cordery expliqua précipitamment à Run, à voix basse :
« Ça va être un peu difficile : pour que le sort fonctionne, il faut que ces deux connards veuillent s'en prendre à moi physiquement, c'est un sort de défense contre les agressions sexuelles. Mais il ne faut pas que je les ai attirés volontairement, que je les provoque, tu comprends ?
— Euh… oui, bredouilla Run, pas si sûr que cela d'avoir effectivement compris les intentions de son amie. Tu attends quoi de moi ?
— Que tu me baises, jusqu'à ce qu'ils veuillent en profiter. C'est dangereux, mais on n'a pas le choix !
— Oh Seigneur, si tu rates ton coup… C'est terriblement risqué !
— Tais-toi et embrasse-moi ! »

Grav et Krott ralentirent quand ils virent disparaître le rouquin et la gonzesse au bout du couloir.
Ils étaient à la hauteur à la porte de la salle commune des Morhonpionsse, et en fait ils n'avaient rien à faire là : l'école avait beau être à peu près déserte, leur présence ici était difficile à justifier.
Ils hésitèrent, mal à l'aise. Si Vlado avait été là, il aurait su quoi faire, quoi dire, et surtout quoi penser, ce qui n'était pas vraiment leur fort.
Ils hésitèrent encore un peu, mais il fallait agir, et vite : ils devaient ne PAS perdre le couple de vue, c'était l'instruction principale de Vlado !

Alors en jetant des regards inquiets autour d'eux, ils avancèrent dans le couloir jusqu'à approcher la fenêtre, et ce qu'ils découvrirent les stupéfièrent en même temps que cela les emplit aussitôt d'une joie mauvaise : le rouquin et la fille s'embrassaient à pleine bouche, en se caressant, comme s'ils étaient seuls au monde !
Bêtement, parce qu'ils ne craignaient pas grand monde sur ce terrain, ils imaginèrent que les deux amoureux ne les avaient pas vus, et se tinrent instinctivement en retrait, en se rinçant l'œil.
Et quand Run commença à remonter la jupe plissée de Cordery, leur respiration s'accéléra… Morceau de choix, la jeune fille avait de jolies jambes, et le baiser passionné qu'ils échangeaient comme des affamés était carrément torride, le cœur battant, ils scrutaient les replis de la jupe, aperçurent enfin le cul de la fille que le mec prit à pleines mains.
Ils bandaient tous les deux, et quand Run ouvrit le chemisier de Cordery et dévoila sa poitrine, qu'il massa doucement à travers la dentelle du soutien-gorge, Krott et Grav, sans se concerter ni même se regarder, descendirent leur braguettes et exhibèrent leur sexe dressé.
Cordery, sans prêter la moindre attention aux deux mateurs, se tourna pour s'appuyer sur le dossier du fauteuil où elle venait de s'agenouiller, et son amant troussa sa jupe au dessus de ses fesses, et descendit sa petite culotte, il sortit lui aussi sa queue bien raide et la glissa dans la fente, tandis qu'elle étouffait un cri.

Les deux Sorvenin, rendus comme fous, échangèrent alors à peine un regard, et la bite au vent, bondirent sur le couple en train de faire l'amour.
Grav s'empara du bras de Run et le rejeta violemment en arrière, et son copain plaqua sa main avide sur les fesses de Cordery et…

… Et elle se retourna aussitôt face aux deux agresseurs, sa baguette à la main et la poitrine offerte, elle hurla, pleine de rage : « PUNIS PENIS PRIAPIS INFERNO ! » en abattant vers eux sa baguette d'où fusa une lumière aveuglante qui s'enroula en un éclair autour des phallus érigés de Krott et Grav.
Ils se mirent à hurler en reculant précipitamment, la lumière s'évanouit en une sorte de fumée et Run et Cordery, ébahis, virent grandir un peu les verges des deux Sorvenin, au maximum, et elles devinrent cramoisies au milieu des cris d'effroi et de douleur.
De panique, Grav et Krott tombèrent à la renverse, et se tortillèrent par terre, et quand ils tentaient de toucher leur membre congestionné, la souffrance semblait intolérable !

Pour le cas où de rares élèves débarquent, alertés par les cris, Cordery se rhabilla quelque peu, referma son chemisier et s'approcha en souriant de Krott et de Grav qui se trémoussaient au sol en grimaçant, râlant leur douleur : « Alors mes petits porcs, on pense avec sa bite ? Hé bien là, vous ne penserez plus à autre chose ! »
Elle décocha un coup de pied aux deux garçons, dans les flancs.
« Je vous souhaite bon courage, surtout pour aller expliquer cela à Mlle Sorbett Poar, à l'infirmerie. Le sort est connu, il est réservé aux violeurs malchanceux. Et à mon avis, à l'infirmerie, elle va vous laisser souffrir dans cet état au moins jusqu'après Noël. Vous allez passer – c'est sûr – de TRÈS bonnes vacances… Et de très longs réveillons. Aussi longs que vos misérables bites de porcs ! Cassez-vous, s'exclama t-elle d'un ton cassant, je veux plus voir vos sales gueules, ou bien je vous change en gorets !! »
Elle brandit sa baguette et aussitôt, pris de panique, d'une apothéose de panique plutôt, les deux garçons cramoisis et en larmes se relevèrent tant bien que mal en titubant, et le sexe rouge vif toujours dressés ils prirent la fuite comme s'ils couraient sur la coursive d'un bateau en train de sombrer.

Cordery, très pâle, soupira longuement, le silence retomba tandis que les cris s'éloignaient enfin, elle ferma les yeux avant d'oser sourire enfin, quand elle put dépasser la peur et la colère mêlées qui avaient envahi son corps et son esprit.
Run la prit dans ses bras, et lui murmura qu'il était fier d'elle, de son cran, du courage qu'elle avait eu. Elle se blottit, soulagée, à l'abri, et ils s'embrassèrent longuement, encore sous le choc mais débarrassés enfin de l'angoisse qui les tenait depuis qu'ils avaient croisés le chemin de Vlado et de ses chiens de garde ou d'attaque.
Cordery se détendit, et eut un petit rire avant de murmurer à Run : « Toi aussi tu as été courageux, de bander aussi fort devant un tel public !
— Bander pour toi, ça ne me posera jamais aucun problème, répondit le jeune homme avant de doucement plonger sa langue entre les lèvres entrouvertes de Cordery, qui interrompit peu après leur baiser pour chuchoter :
— On continue ce qu'on avait commencé ? J'ai envie de toi, envie de jouir. »

Elle reprit leur baiser en déboutonnant fébrilement son chemisier, tandis que Run, fourrageant sous sa jupe, faisait rouler sa culotte sur le haut de ses cuisses avant qu'elle ne tombe d'elle-même et que Cordery ne l'enjambe, et tout alla très vite : elle posa ses fesses sur l'accoudoir du canapé, tendit instinctivement le bassin en avant et, soulevant ses cuisses ouvertes, le jeune homme s'approcha.
Impatiente, Cordery chercha alors à l'aveuglette à se saisir de sa queue bien raide, et l'ayant attrapée, elle la positionna à l'entrée mouillée de sa vulve, il poussa en creusant les reins, et elle gémit en sentant à nouveau son gland se frayer un chemin en elle.
Elle adorait cela, cette sensation profonde de la pénétration, qui bouleversait son corps, comme la jouissance un peu plus tard bouleverserait sa tête.
« C'est délicieux… » grogna Run en achevant sa course au fond de son sexe. Le souffle désordonné, Cordery eut un petit rire extasié et répondit : « Oui, c'est… délicieux. Vas-y fort… J'ai besoin que… tu me prennes bien comme il faut ! »
Affermissant sa prise, il releva les cuisses de la jeune fille, les posant sur ses avant-bras, et se retirant à demi, replongea sans hésiter en elle. Elle salua cette rudesse avec un petit cri ravi qui l'excita, et à la suite, il balança plus fort des hanches, faisant vibrer le vénérable canapé rouge qui supportait leurs ébats.
Elle était accrochée à son cou et accompagnait le rythme de son bassin, retenant comme elle pouvait ses cris de joie, car si l'école était à peu près déserte, elle gardait tout de même à l'esprit (un peu plus que son amant, qui s'en moquait complètement en cet instant) qu'elle était en train de faire l'amour dans un couloir de l'école, à quelques mètres de la porte de la salle commune d'une des quatre Maisons de Bootbakon !

Elle sentit bientôt une hésitation chez son amant, qui devait être en train de perdre les pédales, et qui sans doute n'allait pas tarder à jouir. Elle libéra alors son esprit, se laissa envahir complètement par le désir de jouir avec lui, et ressentit la chaleur qui s'infiltrait dans son esprit, comme une vague lente et inexorable… Quand Run balbutia : « Je vais… Cordery, je vais… » elle donna elle-même le coup de reins qui unit leur sexe avec force, et poussa une sorte de sanglot en sentant le sexe de son amant gonfler, s'arquer en elle, tout son corps se crispa brusquement, Run eut un sursaut et éjacula longuement tandis qu'elle-même jouissait avec une sorte de férocité lumineuse.

Terrassés et immobiles, les deux amants restèrent ainsi de longues minutes, puis revinrent un peu sur terre, ils se rendirent pleinement compte du risque insensé qu'il avait pris à baiser ainsi à cet endroit.
Maladroitement, le corps encore tétanisé par le plaisir, ils se lâchèrent l'un l'autre, la jeune fille reposa les pieds par terre et Run retira lentement son sexe encore gros, tous deux regardèrent passionnément son gland luisant sortir des plis gluants du sexe de Cordery, elle vit une grosse larme de sperme translucide, blanchâtre, couler de ses lèvres encore épanouies, et tomber lourdement sur le tapis au pied du canapé.
Elle aurait pu trouver cela affreusement sale, vulgaire, d'une crudité organique intolérable, elle aurait pu être submergée par le dégoût, la honte… mais non, elle trouva cela magnifique : son sexe de femme inondé de plaisir, comme une fleur saturée de pluie, de parfums.
« Je suis faite pour aimer, se dit-elle tendrement, pour jouir, pour être aimée et jouir, et faire jouir. J'adore ça ! »

Son amant remit tant bien que mal son sexe dans son slip avant de refermer son pantalon sur une bosse sans équivoque, et elle remonta sa culotte contre son sexe trempé.
« Bien : il ne reste plus qu'à attendre Youri, dit Run en souriant, en espérant qu'il aura su se débarrasser de son psychopathe aussi efficacement que nous de nos deux gorets ! »

À suivre…

Modifié par Riga, 16-05-2013 - 17:27.

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#9 Riga

Riga

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Posté 17-05-2013 - 11:31

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 7 : Le placard à balais ---


Pendant ce temps…
Youri traversa l'esplanade et aperçut Vlado qui, comme prévu, se détachait du groupe, après quelque hésitations, pour se lancer à sa poursuite.
Il accéléra le pas pour garder de l'avance sur son suiveur. Vlado était bien plus dangereux bien entendu que ses deux comparses, des brutes stupides, et Youri essayait d'élaborer un plan efficace pour le contrer : le simple fait d'avoir sa cape était un atout majeur, mais cela ne suffisait pas.

Il prit sur la gauche face à l'aile Ouest, et remonta rapidement le long de la façade. Il ne sentait pas le froid glacial, il voulait surtout en finir avec ce malade de Vlado Loris, retrouver ses amis et aller enfin chez Areed pour continuer l'enquête.
D'ailleurs il se demandait pour quelle raison Vlado avait choisi le moment précis où ils se rendaient tous trois chez Areed pour annoncer ouvertement qu'il allait les suivre, les empêchant ainsi de bouger : juste une coïncidence ?
Il jeta un regard sur l'immense cour déserte et repéra soudain quelque chose au loin, au-delà de la haute galerie qui élevait son élégante structure gothique sur l'arrière-plan enneigé, quelque chose qui éveilla brusquement son intérêt et le fit quelque peu oublier Vlado et les mystères de l'école : une silhouette noire, qu'il voyait de trois-quart arrière, qui marchait lentement le long du jardin à la française tout blanc, dans la direction des bassins et du terrain d'entraînement de Swipich.
Une silhouette emmitouflée dans un manteau noir court, avec des bottes noires, et de longs cheveux aussi noirs que les plumes d'un corbeau.
Choho Qu.
Elle se promenait dans le jardin de neige, et le cœur de Youri se mit à battre plus fort.
Aussitôt, sa détermination à se débarrasser de son poursuivant devint féroce, ardente : il fallait qu'il puisse rejoindre Choho, c'était le moment idéal pour lui parler en étant tranquille, sans témoins !

Il s'engouffra presque en courant dans la bâtiment principal, par l'escalier Ouest, et entendit Vlado qui accélérait pour ne pas le perdre.
Vite, bon sang, une idée !
Tout entier dans l'urgence, Youri réfléchissait à toute vitesse, et en grimpant les escaliers du petit hall, il eut enfin un commencement de plan : les serres du premier étage !
Donnant sur toute la longueur de la coursive ouest, ses serres accueillaient et voyaient croître toutes les plantes servant aux différents cours de l'école, à l'élaboration des potions, et à l'infirmerie. L'entrée en était formellement interdite aux étudiants, sauf pendant certains cours de botanique magique, de potions ou d'herboristerie de défense ou de traitement curatif.
Mais Youri était supposé avoir un passe-partout exceptionnel, il allait s'en servir !
Certes, il ne savait pas encore au juste comment, à vrai dire… il n'avait pas demandé quoi faire exactement face à une porte fermée, mais il allait expérimenter la chose sur le terrain !

La haute porte de la serre, vitrée et dont l'intérieur était recouvert de buée, se dressa devant lui, et il avait déjà sa baguette en main.
Il pensa tout simplement : « Ouvre-toi… » faillit même ajouter « s'il te plaît », et quand il abaissa la poignée, la porte pivota tout naturellement sur ses gonds. Surpris et ravi, Youri entra, referma rapidement la fameuse porte, et eut le temps d'apercevoir Vlado qui ne cacha pas sa stupéfaction de voir Youri entrait ainsi dans un espace interdit, sans aucune difficulté.
Youri se lança dans les allées encadrées d'une végétation luxuriante, il régnait ici une douce chaleur très humide, et une odeur lourde et entêtante. Il tourna un angle et à l'abri de la vue de Vlado qui essayait vainement d'entrer en secouant la poignée, il prit sa cape dans la poche intérieure de sa pèlerine.
Il s'en recouvrit, et regardant le fond de la serre sous la haute structure en fer forgé, il eut alors l'idée suivante et se mit à sourire, il avait la solution, la conclusion possible de son plan : les Narcœ Parfunis Tenebrosa.
Invisible sous sa cape, il pointa sa baguette sur la porte d'entrée : « Ouvre-toi… » et reprit sa route à pas de loup, en direction du fond de la serre.

La porte s'ouvrit soudain sous la pression de Vlado, qui faillit basculer et se casser la figure à l'intérieur de la serre. Il poussa un juron, se redressa et refermant la porte, cria : « Batar, espèce d'enculé, tu ne m'échapperas pas ! »
Tout en continuant sa progression silencieuse, Youri eut une petite moue sous sa cape : Vlado se lâchait vraiment, il ne l'avait jamais entendu aussi grossier, agressif et explicite qu'aujourd'hui !

Il surveillait du coin de l'œil l'avancée de son poursuivant qui regardait en tous sens, croyant qu'il se cachait parmi les plantes.
Veillant à ne faire aucun bruit, à ne faire bouger aucun feuillage qui débordait généreusement dans les allées, Youri vit les vitres des petites serres individuelles, hermétiques, des Narcœ Parfumis Tenebrosa.
Ces plantes vénéneuses aux larges feuilles d'un magnifique noir velouté dégageaient naturellement un parfum enivrant qui constituait un puissant soporifique : elles avaient été enfermées à l'abri de l'air de la serre. Youri prit sa respiration, la bloqua et prenant son élan et sa baguette en main, regarda les fermoirs des couvercles des élégantes petites serres qui contenaient les redoutables plantes : « Ouvre-toi… ouvre-toi… ouvre-toi… »
L'ouverture se fit, à peine perceptible, mais suffisante, et Youri courut en silence mais comme un fou le long de l'allée, quand il eut ouvert la dernière serre il se trouvait devant la porte du fond de la serre, ouvre-toi, et il se glissa à l'extérieur, et la referma rapidement, et reprit sa respiration.
Alerté par le bruit de la porte, Vlado apparut au fond de l'allée, et se mit à courir. Il chancela soudain, et jeta un regard perplexe autour de lui, aperçut les petites serres, le couvercle entrouvert, il poussa un gémissement de rage et tituba avant de s'écrouler, il s'agita, tenta de lutter, de ramper, mais tomba bientôt inanimé.

Youri poussa un cri de joie : invisible de l'extérieur, Vlado dormirait aussi longtemps que personne ne le trouverait, et le parfum ferait tomber quiconque entrerait dans les serres !
Il ne perdit pas de temps à triompher : maintenant qu'il était libre, il fonça vers la sortie, sa cape le protégeant toujours du regard.

Il dévala les escaliers et sortit en trombe, se dirigeant vers la partie des jardins où il avait aperçu Choho. Il chercha des yeux sa jolie silhouette mais il n'y avait que le jardin, les bâtiments majestueux, la neige, le soleil et le froid, nulle trace de celle qu'il espérait rejoindre, à qui il désirait parler. Il courait maintenant dans les allées du jardin, scrutant partout alentour, désespéré de la retrouver. Puis il songea au terrain d'entraînement de Swipich !
Choho faisait partie de l'équipe de Patdoye de Swipich, où elle était une très habile chopeuse. Elle était peut-être allée s'entraîner, en profitant de la désertion de l'école par la plupart des élèves !

Il courut plus vite encore, et au loin, il vit de la lumière par une des hautes fenêtres dans la salle d'équipement. Oui, elle était là !
Youri cessa de courir pour retrouver son souffle, sans quoi être invisible sous sa cape ne servait à rien !
Car il voulait l'approcher sans qu'elle le sache, l'idée était peut-être idiote mais excitante.
Ayant retrouvé sa respiration, il arriva à la porte du bâtiment, et poussa doucement la porte.

Il régnait dans la salle une douce chaleur, la jeune fille avait posé son manteau noir et examinait les balais d'entraînement accrochés au mur du fond, Youri la vit de dos, elle avait une silhouette magnifique, de longues jambes avec des bottes élégantes, en cuir fin, une jupe assez courte sur des fesses très très jolies de rondeur, une taille cambrée et cascadant dans son dos, une superbe chevelure noire et brillante.
Concentrée sur la lecture d'une fiche technique, une petite plaque de cuivre vissée sur la paroi à côté de chaque balai, elle ne se rendit pas compte de l'ouverture de la porte, que Youri, retenant son souffle, referma en silence.
Il s'approcha, le cœur battant si fort qu'il craignit qu'elle ne l'entende.

Elle était superbe. S'approchant pour l'observer légèrement de côté, il vit son profil, ses yeux bridés joliment maquillés, sa bouche sensuelle, entrouverte.
Mais soudain, elle se retourna, observant la salle, en alerte, elle fronçait les sourcils et s'exclama : « Il y a quelqu'un ?? »
Elle ne regardait pas dans la direction de Youri, mais celui-ci se crispa : il n'avait pas fait de bruit, il en était sûr, c'était peut-être le déplacement de l'air, ou son 6e sens à elle…

Youri décida alors d'arrêter de jouer tout de suite. D'abord parce que la belle avait les sens aiguisés et qu'il s'avérerait vite difficile de donner longtemps le change, et surtout parce que ce n'était pas très malin de jouer les espions d'une fille qui semblait vouloir entrer en contact avec vous… Il redoutait qu'elle ne prenne très mal d'être ainsi observée à la sauvette : ce n'était pas très honnête ni très intelligent comme stratégie d'approche !
« C'est moi, Youri. » dit-il à voix basse.
Choho se figea, stupéfaite, regardant attentivement du côté de la voix qui venait de prononcer cette courte phrase… les yeux dans le vide, elle bredouilla : « Mais… tu… es… Tu es invisible ? »
Et puis soudain elle éclata de rire : « Tu es un coquin, Youri, un petit salaud en fait, mais… prends-le affectueusement ! Ça fait longtemps que tu m'observes ?
— Non, concéda Youri en se déplaçant silencieusement autour d'elle pour qu'elle ne repère pas trop vite sa position dans la vaste salle, je viens de rentrer ici. À peine quelques minutes…
— Ah, tant mieux, répondit-elle en souriant, espiègle. Je me demandais… si tu avais assisté à ma douche ce matin !
— Oh non ! » s'exclama aussitôt Youri en rougissant brusquement… sous cape, effrayé qu'elle put imaginer cela de sa part.
Mais face au rire attendri qu'elle eut, il comprit qu'il avait réagi avec naïveté : elle venait en fait d'évoquer une idée… qui lui plaisait d'évoquer.

Perplexe, le jeune homme ne se sentait pas à le hauteur de cette si jolie fille qui riait avec une ironie gentille, mais… un peu à ses dépens tout de même. Il retira donc sa cape et lui apparut, et cessant de rire, Choho Qu le dévisagea avec intensité, et un léger sourire étrange.
Et elle lui fit à voix basse une demande plus étrange encore :
« Remets ce… cette chose ensorcelée sur toi, Youri, un petit peu, j'aime bien quand tu m'observes et que je dois… deviner ton regard. »

Le cœur battant fort mais ne sachant au juste ce qui l'affolait dans ce qu'elle venait de dire, il s'exécuta, et disparut à nouveau.
Choho alors se rendit à la porte, il ne comprit pas pourquoi et craignit qu'elle ne veuille partir, mais au contraire : elle fit jouer le gros verrou, les enfermant dans la salle. Et elle éteignit la lumière en tendant sa baguette magique vers le gigantesque lustre baroque qui empesait une grande poutre coupant la salle en deux à une hauteur formidable.
La pénombre douce envahit les lieux, seules les étroites fenêtres, elles aussi très hautes, diffusaient la lumière généreuse du soleil d'hiver. Il faisait chaud.
Youri contempla à loisir son visage si féminin, au dessin volontaire mais empreint de délicatesse, sa bouche qui était une promesse de sensualité, ses yeux vifs qui fouillaient la pièce à la recherche d'indices pour le localiser. « Tu me regardes ?
— Je ne fais que cela. Que faire d'autre quand tu es là ? murmura Youri en souriant.
— C'est gentil… Tu regardes… quoi de moi ? »
Youri garda le silence quelques secondes, envahi de trac et de frissons, saisissant immédiatement cette fois-ci ce que sous-entendait cette question toute simple, il devait prendre l'initiative verbale et ne pas se tromper, ne pas aller trop vite trop loin, laisser l'échange dirigeait l'imprévisible vers… ce qu'il y avait de meilleur !

« Je regarde tes yeux… Ils sont beaux, plein d'ironie et de gentillesse…
— L'ironie… est un style que je me donne… tu sais ? répliqua t-elle avec une curieuse petite voix.
— Je regarde tes cheveux, continua Youri qui avait glissé sans bruit de l'autre côté, et elle jeta un œil amusé vers lui. Ils sont merveilleux d'éclat, de reflets, on dirait… une étoffe irréelle.
— Ils sont doux, j'en prends grand soin… Veux-tu… les… les toucher, les caresser ? »
Elle resta immobile, rougissante, et Youri s'approcha derrière elle, sortit sa main de sous la cape et très ému, il risqua une caresse toute retenue : sa chevelure noire était soyeuse, d'une infinie douceur, et en appuyant ses caresses lentes, bouleversé d'émotion érotique, il fut troublé par le fait qu'en caressant ses cheveux, il caressait le dos derrière l'impeccable rideau de cheveux de jais.
Choho ne bougeait pas, bouleversée elle aussi.
Il cessa sa caresse et choisit de se rendre à nouveau invisible, de se mettre à nouveau à distance, devant elle, et d'une voix mal assurée qui trahissait son trouble, il reprit :
« Je regarde… ta bouche. Elle me fait rêver.
— Elle rêve de toi, déclara doucement la jeune fille. Et que regardes… que regardes-tu d'autre ?
— Ton cou adorable. Et je regarde tes seins. »

Choho semblait retenir son souffle, ses mains tremblèrent un peu quand au bout de quelques secondes elle les ramena à hauteur de sa poitrine, et entreprit de déboutonner lentement son chemisier.
Youri, le souffle court, et des picotements sous la peau, ne bougeait pas, dévorant des yeux le spectacle intime, trésor qui lui était réservé, à lui seul, à jamais inoubliable, de la fille de son cœur qui se déshabillait pour lui.
Il vit apparaître le renflement tendre de ses seins au-dessus de la dentelle noire de son soutien-gorge. Sa peau était délicatement hâlée d'une teinte subtile, ses origines chinoises lui avaient apportées une peau ravissante, et au-delà, une beauté renversante.
Elle continua d'égrainer les boutons de son chemisier blanc si sage, puis le fit glisser le long de ses bras, de son dos, et il tomba au sol.
« Je regarde toujours tes seins à travers la dentelle, ils sont ravissants, somptueux, je voudrais… »
Il se tut.
« Tu voudrais… ? quoi ?
— … les caresser, je voudrais les prendre dans mes mains, les soupeser, oui : les caresser… les… »
Tandis qu'il parlait, la jeune fille, les joues roses, faisait cela à la place de son homme invisible : ses belles et longues mains s'étaient refermées sur l'arrondi de sa poitrine, elles le caressèrent, soupesèrent, malaxèrent doucement… Youri avait un mal fou à continuer !
Mais le jeu l'exigeait, le jeu, source de plaisir imprévu, un plaisir qui s'épanouissait en liberté dans les mots murmurés, dans les tensions subtiles et fortes qui se créaient dans l'air vibrant de la salle où ils s'offraient l'un à l'autre à distance, visible et invisible, masqué et exhibée…

« Je voudrais les prendre entre mes lèvres, promener ma bouche dessus… les sucer, en sucer le bout, les mordiller…
— Tu m'affoles, Youri, chuchota la jeune fille en se massant doucement les seins.
— J'ai envie de te regarder encore… admirer ton ventre… Nerveux, et tendre, magnifique… et regarder ta taille… rêver d'y poser mes mains… et te tourner autour… et regarder ton dos cambré derrière ta chevelure si belle, et tomber sous le charme de tes fesses… »
Clairement hésitante tant elle était troublée, Choho descendit ses mains le long de son ventre, s'arrêta, frémissante, et remonta finalement avec une lenteur infinie sa jupe noire plissée.
C'était une torture pour Youri, une folie des yeux, des nerfs, une enfer de se retenir immobile, silencieux… mais un délice étourdissant qui faisait brûler son désir.

Ses fesses apparurent finalement, joliment moulées dans le coton fin d'une petite culotte noire au-dessus de laquelle, au creux de ses reins, la jeune fille retint sa jupe troussée.
Le pli… Mon dieu… Le pli sous ses fesses ! Il n'y avait rien de plus totalement délicieux que ce pli délicat et affolant sous chacune de ses fesses rondes !
Il s'approcha, tendit un main invisible sous sa cape, et plaça tout légèrement, timidement, une main fiévreuse contre ce creux, le creux, le pli au bout de ses doigts, à l'amorce de la fente verticale de ses fesses, à quelques millimètres de l'entrée du trésor, petite grotte intime, l'arrondi qui plonge vers son sexe, le sexe de Choho à l'abri fragile, comme déjà offert, entre ses cuisses.
Quand elle sentit le toucher très délicat de cette main invisible (pouvait-on imaginer plus respectueuse main au cul ?), la jeune fille gémit en sourdine.
Youri retira sa main doucement, le cœur battant la chamade, il avait un coup de chaleur sous sa cape, avec son gros pull et sa pèlerine !

Elle laissa retomber sa jupe, fit glisser la fermeture éclair, et la jupe tomba par terre. Youri se recula lentement et l'admira.
« Tu es sublime, et totalement désirable, j'en ai le vertige…
— Ça rend fou, ce qu'on fait, murmura Choho, les yeux rêveurs et fiévreux. Mais c'est un délice… incroyable… Et c'est tellement beau, Youri, de… de s'aimer ainsi avant… de s'aimer. je suis folle de désir…
— Je regarde… ton sexe. »
Choho posa ses doigts, juste le bout de ses doigts, contre son pubis, contre sa culotte. « Il brûle, il est… Il est mouillé, tu sais ? Oh mon dieu, jamais… je n'aurais pensé parler ainsi de moi… devant… quiconque, amant ou pas… C'est dingue, Youri, le… le plaisir que je prends à te dire ces mots : mon sexe est tout mouillé.
— J'ai trop chaud, ferme les yeux, je vais enlever ce pull et ma pèlerine, sinon je vais mourir !
— Oh non, pitié Youri, ne meure pas, implora Choho en éclatant de rire, et fermant les yeux, heureuse qu'il ait changé un peu de sujet, juste un moment, car elle ne savait plus quoi penser de sa pudeur malmenée par le désir éclatant né de leur jeu des mots et des images mentales.

Youri enleva pèlerine, pull et cravate, déboutonna le haut de sa chemise, il se sentit mieux… Puis il reposa sur lui la cape : « Voilà, Choho… »
Elle ouvrit les yeux, vit les vêtements par terre, mais aucune trace de Youri.
Elle eut alors un petit rire : « J'adore cette partie de cache-cache amoureux… Parle-moi de toi… »
Il tourna autour d'elle qui s'offrait à son regard, admirant ses courbes, ses jambes longues dans ses bottes, l'arrondi de sa poitrine, et ces plis diaboliques, le lissé noir de ses cheveux longs qui semblaient une sculpture.
« Moi ? Je continue à ne faire que cela : te regarder, comme jamais je n'ai regardé une femme ni même regarder quelqu'un. Je te regarde, magnifique, sous mes yeux, et je bande, je bande terriblement, sans que tu puisses le voir…
— Oui, parle-moi… encore… de ça, murmura t-elle tout bas.
— Mon sexe, je le libère… Il est raide, dressé, entre mes doigts… Mais il est trop impatient, je veux attendre…
— Attendre ? s'étonna Choho en souriant. Oooh… attendre, oui, c'est terrible… mais je veux bien attendre… encore. »

Youri avait eu une idée qui l'excitait, il tendit la main vers le mur du fond, et se concentra.
Son balai d'exercice, un Woodystorm RX-S, se détacha lentement de son râtelier, et traversa doucement la pièce, perpendiculairement, la jeune fille se mit à rire en découvrant le balai qui flottait vers elle…
« Que me proposes-tu, Youri ?
— Un petit vol d'exercice en salle, répondit le jeune homme. J'ai envie de te voir chevaucher mon balai, ma belle… »
Il maîtrisait parfaitement le balai à distance : sa concentration était parfaite, parce que ses nerfs étaient totalement sous tension. Le désir sexuel intense lui permettait d'avoir un contrôle total, presque inédit, sur son balai.

Choho, toujours souriante, attendit que le balai soit à portée de main, et empoigna doucement le manche. Elle l'enjamba, et pour Youri, ce fut une vision intensément désirable que de contempler Choho en sous-vêtements noirs, avec ses longs cheveux noirs, ses bottes noires, et sa peau tendrement veloutée, à cheval sur son balai.
Légèrement derrière elle, il voyait ses fesses qu'elle bombait un peu, et le manche entre ses jambes serrées, c'était affolant !
Elle ne tenta pas de prendre le contrôle du Woodystorm, Youri le sentit, et il la fit s'élever lentement, elle quitta le sol, ses jambes se replièrent un peu, elle avait un grand sourire, cherchant des yeux alentour où pouvait bien se trouver le jeune homme qui lui offrait cette ascension très particulière.
Alors Youri se concentra un peu plus, et tenta quelque chose qu'il savait possible, mais qu'il n'avait jamais essayé : les nerfs vrillés, il crispa les muscles de son bras pointé en direction du balai, et fit trembler sa main, juste par tension musculaire et nerveuse.
Choho poussa un cri.
À cinq mètres du sol, entre ses cuisses serrées, le balai venait de vibrer sur toute sa longueur !
Affolée, elle crut qu'il allait tomber et elle avec, elle pensa que le Woodystorm avait des ratés.
Mais elle jeta un coup d'œil inquiet vers le sol et découvrit Youri : il avait enlevé sa cape, il était beau avec sa chemise blanche ouverte et son pantalon noir, et il la regardait en l'air avec un sourire éclatant, elle aperçut sa main tendue vers elle, et il y eut encore une longue vibration qui la fit crier à nouveau.
Elle comprit alors son petit jeu, et en fut très troublée : « Youri ! cria t-elle en riant. Tu es complètement fou ! »

Il eut lui aussi un rire joyeux, et envoya dans le balai une autre vibration, plus sourde, qui dura quelques secondes, et qui procura à Choho une onde de plaisir qui n'était pas vraiment inédite, car depuis qu'elle pratiquait le Swipich, comme toutes les filles, elle avait déjà ressenti une délicieuse excitation à se frotter contre le manche de son balai, surtout lors des descentes en piqué, ou sur un virage serré, quand toutes les sensations extrêmes se réunissaient dans une vertigineuse accélération. Elle avait même souvent recherché cela… Toutes les pratiquantes du Swipich connaissaient cette excitation, personne n'en parlait ça ne se faisait pas, sujet intime et tabou, mais elle avait connu la jouissance en l'air, et même des jouissances répétées, par frottement de son clitoris sur le manche.
Il y avait d'ailleurs une expression très équivoque parmi les filles, c'était après un match particulièrement intense, de dire que son balai était « brillant ». Oui : brillant de mouille !

Mais là, c'était nouveau, inattendu, et terriblement troublant : le mec qu'elle désirait faisait vibrer le balai qu'elle chevauchait !
Et encore mieux : le Woodystorm se mit à voler doucement en avant dans les hauteurs de la grande salle, c'était merveilleux… Elle se laissa aller, détendit ses cuisses, et ferma les yeux, étourdie de sensations étranges, un autre frisson traversa le manche, il dura longtemps, et elle le sentit s'infiltrer en elle, collé à son clitoris qui se raidissait à travers sa culotte, ça la fit gémir, et grimacer un sourire : quel diabolique et délicieux manège !

Au sol, suivant des yeux l'attelage provocant et excitant de Choho sur son balai, Youri maîtrisait de mieux en mieux l'envoi des vibrations : il ne crispait plus son bras tout entier dans une tétanie épuisante, mais agitait simplement la main en un petit tremblement souple, qui devint continu car la jeune fille, c'était évident, semblait apprécier de plus en plus l'utilisation détournée qu'il orchestrait de son balai d'exercice !
Choho, à six ou sept mètres du sol, perdait pied, la tête envahie de plaisir : bouche ouverte en un cri silencieux terriblement suggestif, elle se laissait pénétrer par les vibrations du manche… mais cependant… mais cependant… ce qu'elle voulait, c'était la queue de Youri, pas un manche en bois, même magique, même de compétition !
« Youri ! s'exclama t-elle. Je t'en prie, fais-moi descendre, fais-moi l'amour, j'ai envie de toi, affreusement envie de toi ! »

Le jeune homme fut moins concentré, d'un coup, cessa ses vibrations mais parvint à maîtriser la descente du Woodystorm et de son excitante passagère au bord de la jouissance.
Celle-ci lâcha son balai coquin et roula sur le dos au milieu de la salle, et sans aucune retenue, elle descendit sa culotte imbibée de désir et tendit son sexe, cuisses largement ouvertes, vers Youri, lequel fut très très perturbé par cette pose terriblement excitante.
Offerte comme jamais elle ne l'avait été pour les deux garçons qui avaient eu la chance de coucher avec elle, elle le regarda les yeux mi-clos, et le supplia de la prendre.
Le jeune homme fondit sur elle, le sexe à la main, se mit à genoux et posa son gland entre les lèvres luisantes de la chatte de celle dont il n'avait rêvé jusqu'à présent… que d'échanger un baiser avec elle !
Elle cria, il poussa, elle cria encore, s'empara soudain de ses hanches et le bascula sur elle avec force, cria encore quand il l'enfila d'un coup !
Les bras de Youri en appui au sol de chaque côté de ses épaules maintenaient relevées ses cuisses, de son bassin elle accompagna le rythme des coups de queue, ponctués de geignements de plaisir : enfin ils faisaient l'amour, comme des fous, après leur si long, patient et inventif préliminaire !
Place aux muscles, aux sexes affamés, à la sueur du désir, à la peau des amants qui frotte et se brûle, elle sentait l'irritation de son clitoris à chaque assaut qui claquait sa vulve écartée contre son pubis à lui, et sans prévenir à cause de cela elle se mit à jouir, poussa un cri étranglé et dans son délire elle profita des coups de pilon de son amant pour aller le plus loin possible dans la jouissance, son amant qui accélérait de plus en plus, elle serra les dents, suffoquée.
Les vagues traversaient sa tête, et elle partit si bien qu'elle se rendit compte avec un peu de retard que Youri allait exploser, elle lui agrippa alors le dos à pleines mains pour précipiter ses dernières allées et venues, et dans un cri d'abandon, il s'immobilisa, glissa fort une dernière fois jusqu'au fond de son ventre et se mit à éjaculer.
Ce fut si fort que Choho en resta bouche bée, terrassée par l'explosion jouissive de son amant ! Rien à voir avec les petites giclées satisfaites de ses deux ex, l'an dernier et il y avait quelques mois : la puissance de son orgasme la combla, dans un volcan intérieur qui se déversa avec rage, elle sentait sa queue se gonfler, se raidir, et la chaleur brûlante du sperme qui jaillissait, c'était stupéfiant, une expérience unique qui la fit jouir à nouveau par surprise, elle ferma les yeux de toutes ses forces et secoua la tête en tout sens.


Quand elle ressortit avec lui de la salle d'entraînement, dans la lumière aveuglante de la neige, elle était à bout de forces, il la soutenait amoureusement mais ne valait guère mieux qu'elle : une démarche prudente de petits vieux, ils avaient les jambes en chiffon, tenaient à peine debout…
Il n'avait aucune envie de rejoindre ses deux amis Run et Cordery et de mener une quelconque enquête, il voulait juste quelques trucs super-simples : dormir avec Choho, puis quitter l'école avec elle en fin de journée, l'épouser, avoir dix enfants, et puis mourir très vieux.
C'était le seul programme intéressant pour lui.

Un quart d'heure plus tard, il pénétrait dans la salle commune des Morhonpionsse, un pâle sourire sur son visage exténué, et Cordery se mit à rigoler en le voyant et s'exclama joyeusement : « Hé ben alors ? Ça fait une heure qu'on t'attendait ! Qu'est-c' tu foutais ?! »

À suivre…

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#10 grenouillebrune

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Posté 19-05-2013 - 12:36

Je ne passerai plus jamais le balais sans y penser

#11 Riga

Riga

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Posté 20-05-2013 - 07:51

Voir le messagegrenouillebrune, le 19-05-2013 - 12:36, dit :

Je ne passerai plus jamais le balais sans y penser
:D
Il faut dépoussiérer cet instrument, c'est sûr, et réactiver la notion de plaisir dans le ménage !
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#12 Riga

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Posté 20-05-2013 - 08:06

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 8 : Areed s'explique… ---


Les trois amis avançaient lentement dans la neige, emmitouflés dans leurs manteaux. Ils virent apparaître le toit couvert d'un épais matelas de neige de la petite maison où vivait Areed, leur ami demi-géant. De la fumée blanche montait paresseusement de la petite cheminée dans le ciel pur et glacé : cela signifiait qu'il était certainement là.

« Bon, rappela Cordery, on est bien d'accord ? On ne l'attaque pas de front, on lui demande son avis, éventuellement on lui dit qu'on enquête là-dessus.
— Ok, approuva Youri. De toutes façons, il est sans doute en cause, mais ce n'est pas lui qui a monté tout cela. Reste à trouver qui…
— Comment ça : "qui" ? Mais on le sait, qui : c'est le professeur Morg ! s'exclama Run, sûr de son fait.
— Oui, c'est sûr qu'il joue un rôle là-dedans, admit Youri. Mais cette histoire a l'air compliqué, il faut aller jusqu'au bout, tout comprendre si possible…
— Si possible… répéta Cordery, soucieuse. Bon, on y va. Je vous avoue que je n'aime pas trop ce que nous allons faire, et je n'aime pas qu'Areed soit mêlé à tout ça. Quelqu'un, c'est évident, veut lui porter préjudice, on l'utilise, et je ne voudrais pas que nous allions nous aussi dans ce sens, du coup. »

Ils approchèrent lentement de la maison, soucieux, les chaussures pleine de neige, et Youri conclut leur conversation : « Ce qu'il faut se dire, c'est que comprendre son rôle va dans le bon sens, y compris et surtout pour l'épargner, lui éviter la catastrophe, éventuellement. On sait que ses ennemis sont nombreux. Et ce n'est pas notre cas : nous sommes ses amis, peut-être même ses seuls amis. »
Ses deux compagnons approuvèrent et sourirent, puis Youri frappa à la porte.

« C'EST QUI ?! cria une grosse voix qui fit trembler la porte, la voix d'Areed.
— C'est nous, Areed ! répondit Youri. Nous : Cordery, Run et moi, Youri !
— Ah ? »
Il y eut une hésitation, puis ils entendirent le pas lourd de leur ami venir derrière la porte et murmurer de sa voix de baryton : « Vous êtes seuls ? Vous z'avez pas été suivis ?
— Non, non, répondit Cordery.
— Bon. »
La porte s'ouvrit et ils virent le demi-géant jeter un regard inquiet sur le paysage enneigé alentour, avant de leur adresser finalement un sourire derrière sa barbe broussailleuse et de leur laisser le passage.
Ils entrèrent… et faillirent faire demi-tour !
Un dragon couvert d'écailles luisantes, vert acide, avec une crête mauve, à peu près gros comme un labrador obèse, trônait sur la table rustique au milieu de la pièce. L'animal les regarda de ses yeux luisants, ils virent ses pupilles verticales se dilater et la bête ouvrit une gueule effrayante sur une double rangée de dents fines et longues, ils aperçurent une langue comme une lanière écarlate, et l'animal battit de sa longue queue de lézard.
« Tout doux Casimiroff ! s'exclama Areed d'un ton inquiet. Ce sont des amis, ajouta t-il avec douceur, mais il fronçait les sourcils.
— C'est quoi ce… ce mons… cet animal ?? demanda Run dune voix blanche.
— C'est Casimiroff, un Démon vert de Béring. C'est sans doute l'un des derniers représentants de cette famille qui fut immense, et particulièrement dangereuse. D'ailleurs, poursuivit le demi-géant en s'approchant prudemment de l'animal, ils sont en voie d'extinction parce qu'ils sont trop agressifs entre eux, ils se tuent les uns les autres.
— … m'étonne pas trop », marmonna Run tandis qu'Areed, qui apparemment n'avait pas peur, prenait dans ses bras le dragon pour le déposer dans un vaste panier en osier près de la porte d'entrée.
« Je n'ai pas le droit de le garder, il faut que je soies prudent.
— Mais… que fait-il ici, alors ? demanda Cordery.
— Je l'ai recueilli, avoua Areed d'un air triste. C'est un bébé, et je le nourris avec de la bouillie…
— QUOI ? Ça, un bébé ? s'exclama Run, stupéfait, et le dragon se mit aussitôt à gronder en ouvrant une gueule menaçante, qui fit blêmir et reculer les trois jeunes amis.
— Lui parle pas mal, prévint doucement le demi-géant. Il est dangereux, même si c'est un bébé, il est très susceptible, aussi. Les Démons verts de Béring crachent un puissant venin qui pénètrent la peau, et qui paralyse, et c'est un venin inflammable : il l'enflamme juste après, ce qui fait que leur proie meurt empoisonnée et brûlée… Il paraît que c'est désagréable.
— Ça, je… heu… commença Youri en dévisageant la bête vert acide.
— Je veux bien le… croire », termina Run en avalant sa salive.

« Mais installez-vous, reprit Areed avec un grand sourire en rangeant le bol de bouillie de l'animal qui traînait sur la table, et z'avez pas à avoir peur de Casi : les Démons verts sont fidèles en amitié, du moins je me plais à le croire. Alors si vous êtes mes amis, vous craignez rien ! »
Youri, aussi peu rassuré que les autres, pensa : « J'espère bien, surtout qu'avec cette putain de bestiole tueuse près de la porte, 'faut même pas imaginer sortir de la maison à l'anglaise ou sans autorisation ! Si ça tourne mal avec Areed, on est coincés ! »
Il s'évertua au calme et tous trois acceptèrent la proposition de leur hôte de prendre un thé. Ils jetèrent cependant de fréquents regards inquiets sur le dragon, qui sembla lui ne plus leur prêter attention et se roula finalement en boule pour dormir.

Run, Cordery et Youri se détendirent un peu, et purent apprécier l'ambiance de cette cabane chaleureuse qu'ils adoraient, remplie d'objets divers, de marmites de toutes tailles, de peaux et de crâne de bêtes incroyables, de flacons et de tapis. Ils s'étaient toujours senti bien ici… Un grand feu brûlait joyeusement dans la vieille cheminée, et quand il se retrouvèrent autour du thé et d'une curieuse tarte indéfinissable, large comme une roue de camion, les trois amis savaient malgré tout qu'hélas, il fallait aborder le sujet difficile qui avait motivé leur venue…
« Alors, qu'est-ce que vous racontez de beau, depuis le temps ? attaqua Areed, l'air jovial. Vous n'êtes pas avec les autres, en sortie au village ? »
Ce fut Cordery qui se lança : « Non, en fait, nous menons une enquête.
— Ah ? Une… enquête ? répéta le demi-géant, visiblement troublé.
— Oui, et vous pouvez peut-être nous aider, continua la jeune fille d'un air décontracté, léger. Il s'agit de ces histoires de dortoir, vous avez dû en entendre parl…
— Non ! coupa leur hôte avec brusquerie en reposant sa part de tarte immense. Je ne sais rien ! Je ne suis au courant de rien !
— Allons, intervint Youri avec douceur, nous cherchons simplement à en savoir plus… »
Le demi-géant, le regard flamboyant mais fuyant, se mura dans le silence, mais Cordery ne voulut pas laisser tomber : « Areed, tu es notre ami, nous avons besoin de comprendre, tu sais ?
— Mais je ne sais RIEN ! Vous entendez ça ? RIEN ! »
Il y eut un grondement énorme, et le dragon se dressa dans son panier, le regard et la gueule braqués vers la table, sa crête mauve se déploya, ses ailes se déplièrent lentement, c'était terrifiant.
« Écoute, Areed, s'exclama Cordery d'une voix contenue, mais ferme, tu vas calmer ta bestiole et on va parler franchement, d'accord ? Je suis très étonnée de ta réaction, mentit-elle avec aplomb, l'air perplexe. Tu as l'air de savoir quelque chose…
— N… non, bredouilla le demi-géant, l'air soudain triste et abattu.
— Tu dois nous le dire, poursuivit-elle de la même voix douce et déterminée. Que se passe t-il ? Tu sais quelque chose, j'en suis surprise mais je dois comprendre. Tu dois savoir que… le dortoir en question, c'était le mien. Cette visite étrange, c'est à moi et mes amies qu'on l'a rendue, et je ne me souviens de rien, à part les éclairs…
— Les photos c'est pas moi ! » s'écria le demi-géant avant de se figer, l'air hagard.
Immobile, effaré, il rougit brusquement, se rendant compte trop tard qu'il venait de se trahir.

Il s'effondra alors entre ses bras énormes croisés sur la table, au milieu de son assiette et de sa tarte, renversant sa tasse de thé, et éclata en sanglots bruyants qui secouèrent toute la table.
Le dragon fit entendre un gémissement, et Youri, jetant un œil sur le tueur vert, le vit l'air très malheureux devant les larmes d'Areed.
Mais d'ici à ce qu'il veuille s'en prendre à ceux qui venaient faire pleurer son maître nourricier, il n'y avait qu'un pas : une attaque mortelle de cette affreuse chose verte était toujours possible !

« Areed… Nous devons en parler, tu ne crois pas ? » demanda Cordery d'une voix apaisante.
Il y eut quelques sanglots et le demi-géant redressa sa tête pleine de cheveux et de barbe. Ses yeux rouges étaient humides, sa bouche tremblaient, de grosses larmes s'accrochaient à son abondante pilosité, de même que… un truc vert fluo comme le dragon, qui coulait de sa narine gauche : une abominable morve.
il sortit un mouchoir grand comme une nappe et se moucha très fort, ça fit une déflagration grasse, écœurante.
« Ce type me dégoûte ! » se dit Run, qui attendit patiemment que le demi-géant soit en état de parler. Ce fut alors un murmure balbutiant : « Je suis désolé…
— Bon, on parle de tout ça ? insista Cordery.
— Heu… Oui. Mais j'ai promis le secret… C'est horrible ce que j'ai fait mais… Oh ! Personne ne comprend…
— À qui as-tu promis le secret ? demanda Youri. Areed, raconte-nous tout depuis le début. Ça te fera du bien, et on est là pour t'aider… même si tu es impliqué. Je ne pense pas que ce soit de ta faute, tout ça.
— Dis-nous, enchaîna Cordery.
— Hé bien… Après… la première nuit… Ça, je le jure, je n'y suis pour rien ! Je ne savais pas du tout ce qui s'était passé !
— On te croit, rétorqua doucement Run. Continue. »

La bouche crispée par l'angoisse, le demi-géant en pleine crise de culpabilité se tordait ses énormes mains, et finalement il poursuivit : « Après la première… nuit, cette première intrusion dont je ne sais rien du tout… on a glissé sous ma porte une grosse enveloppe. Il y avait… des… des…
— … Des photos ? Celles dont tu nous as parlées ? demanda Cordery, sûre que c'était de cela dont il s'agissait.
— Oui ! Des photos… Des photos du dortoir et… heu… des photos de toi… entre autres… des photos… très… heu… excitantes… Oh ! Ne m'en voulez pas ! gémit Areed en se remettant à pleurer.
— Areed ? Tu veux bien arrêter de chialer, s't'plaît ? Ça rend le dragon tout triste et j'aime pas ça ! glissa Run avec un sourire crispé en regardant par dessus son épaule.
— Bon, continue, encouragea Youri. Des photos prises la première nuit, donc, avec un mot, quelque chose d'autre, dans l'enveloppe ?
— Oui, répondit Areed après s'être mouché une seconde fois. Un mot. Je vous montre. »

Il se leva pesamment, et sortit de sous son lit énorme une grosse enveloppe. « Heu… je vous montre pas… les photos… ça me gêne », précisa t-il, mais tous virent qu'elles étaient chiffonnées quand il les tira de l'enveloppe, et nul besoin de trop d'imagination pour comprendre qu'il avait dû en faire un usage… intense.
Il prit un lettre pliée en deux, qu'il leur tendit. Ils se penchèrent pour la lire :

« Voilà qui t'intéressera sans doute et te rappellera
à coup sûr des bons souvenirs !
Si tu veux en profiter en vrai la nuit prochaine,
ne dis pas un mot, à personne,
et je viendrai te chercher pour une séance
qui te fera très, mais alors TRÈS plaisir !
À plus tard. Profite déjà
de ces quelques images… émouvantes,
mon gros porc : elles sont à toi. »


La lettre n'était pas signée, et l'écriture calligraphique à la plume et à l'encre d'un violet rougeâtre était trop soignée pour renseigner sur son auteur.
Si ce n'est que… ce n'était pas Areed !

« Que signifie cette allusion à des bons souvenirs ? voulut savoir Youri.
— Hé bien… commença le demi-géant, l'air gêné. C'est un peu… délicat à raconter… » Il rougit et regarda ailleurs, cherchant ses mots.
« Ça m'étonnerait que ce soit délicat à ce point-là, venant de toi ! » ne put s'empêcher de penser Run, qui faillit éclater de rire.
« Alors ? murmura Cordery.
— Hé bien… au début, quand je suis arrivé ici, j'étais un peu… affolée par les filles, les étudiantes. Faut dire que… heu… sexuellement, je… j'ai pas connu… enfin personne avant, j'étais très… heu… perturbé, voyez ? Je matais en douce et j'avais… du mal à rester calme… et… hum. J'ai eu une histoire avec… une fille.
— Ah ? glissa Run, perplexe.
— Oui… Une… allumeuse. Cornélita, elle s'appelait, elle venait du nord de l'Italie. Elle était… magnifique… Brune, avec des gros nénés. Tout à fait mon genre.
— Ouais, glissa Run.
— Elle avait… parié avec ses copines qu'elle… verrait ma biroute et… me ferait… heu… enfin… jouir. Mais j'ai eu… hum. Comment dire ? J'ai eu du mal à en rester là. Alors après, elle a dû subir un sort d'amnésie… très très fort, DoublePorte m'a couvert… pour cette histoire. Et la fille en question… Il paraît qu'elle boîte encore, c'est au niveau du bassin que c'est difficile à remettre. Mais… heu… elle a eu l'air d'aimer ça, sur le moment, au début vous voyez, après elle est tombée un peu dans les pommes… Moi j'ai bien aimé, en tout cas. »
Le regard d'effroi que lui lança Cordery était à peu près comparable à l'ahurissement hébété de Run, et à la panique silencieuse de Youri à l'évocation de cette « aventure » désastreuse.

« Heu… reprit courageusement Cordery, tu nous racontes la-la s… la suite, maintenant qu'on connaît tes antécéd… tes bons souvenirs ?
— Oh non, rectifia Areed, morose, c'était pas des bons souvenirs. DoublePorte et Mc Gottadeal étaient furieux contre moi, ils ont failli me… dénoncer et me faire virer… Mais quand on l'a emmené à l'infirmerie pour la retaper et lui faire son sort d'amnésie, la fille avait un tel sourire, on pouvait pas lui enlever, elle répétait « Oh bordel, c'était trop, oooh bordel, c'était trooop, oh booordel, c'était trop… », alors… bon… J'ai tué personne, hein ? J'étais simplement… heu… pas aux bonnes dimensions, quoi. Par rapport à elle. Mais ma punition, c'était que tout le monde a eu peur de moi après, je foutais la trouille aux filles.
— Ah… Je vois, murmura Youri, écœuré.
— Bon, je reprends. Heu… J'étais très… heu… tenté, quoi, tenté par cette proposition anonyme. Même si je me doutais de toutes les emmerdes que ça signifiait. Chuis pas un malin, faut dire ce qui est, mais je flairais le truc pas clair qui allait me retomber sur la gueule : pourquoi on me proposait un truc pareil ? En faisant en plus allusion à cette vieille histoire qu'était pas censé êt' connue, voyez ? Mais…
— Oui ?
— Hé bien… heu… les photos étaient… incroyables, je pouvais pas faire autrement que… heu… voyez ?
— Oui, répondit Cordery. Et ?
— Et c'est vrai que… tu y étais, toi, sur ces putains de photos sorties de nulle part, et on voyait tout de… de toi, pire que ça… et que j'ai toujours… heu… hé ben… tu m'as toujours plu, quoi ! »

Cordery, toute blême d'un coup, grimaça une sorte de sourire, crispée sur sa chaise, et commença à avoir une trouille de tous les diables, tandis que ses compagnons réfléchissaient déjà à comment neutraliser l'ignoble dragon qui dormait près de la porte d'entrée pour fuir au plus vite cette baraque et ce mastodonte libidineux d'Areed avant qu'il ne se jette sur la pauvre Cordery pour lui élargir le bassin à coup de bite.

« Oh… mais ne crains rien, ne craignez rien ! » s'exclama le demi-géant avec un sourire bienveillant plein de tristesse en considérant soudain l'angoisse qu'avait suscitée sa déclaration.
« À la suite de cet incident, Mc Gottadeal m'a fait boire une décoction de Limitas pulsam, avec un sort permanent qui m'empêchera toute ma vie d'avoir une relation sexuelle… une pénétration… avec une femme humaine, sorcière ou mougle. Je ne peux pas. Sauf si Mc Gottadeal elle-même lève le sort.
— Je confirme ! » s'exclama une voix connue à l'entrée de la maison.
Tous sursautèrent et braquèrent leur regard sur la porte d'entrée, que Athéna Mc Gottadeal venait de franchir.

Le dragon se réveilla brutalement et se dressa d'un coup, prêt à attaquer, mais la directrice leva la main et s'exclama : « Areed, si tu as une quelconque influence sur cette sale bête, empêche-là tout de suite de faire quoique ce soit contre moi, sinon je la bute et je récupère la peau pour me faire un sac à main. Ce sera chic. »
Terrifié par cette éventualité, le demi-géant s'écria : « Calme, calme Casimiroff, c'est une amie à papa, une gentille dame, tout doux mon bébé ! »
Interloqué, le dragon sembla hésiter, puis sa crête retomba et jetant un coup d'œil par en-dessous à la directrice, il se rétracta légèrement pour finir par se recoucher dans son panier, sans doute un peu déçu de n'avoir pas occis l'intruse.
Mais bon, puisque c'était une copine à papa…

« Bonjour à tous, s'exclama Mc Gottadeal avec un sourire. Je suppose que c'est votre enquête qui vous mène ici, mes jeunes amis…
— Vous avez entendu notre conversation ? demanda Run.
— Non, vous allez me raconter cela. Areed, tu me sers un peu de thé ?
— Oui oui, Athéna, répondit le demi-géant, l'air ennuyé, un peu pâle, sans doute pas excessivement ravi d'avoir à avouer tout ce qu'il avait sur la conscience devant la directrice, adjointe du directeur de l'école.

Ce fut donc Cordery qui fit un compte-rendu de ce qu'ils avaient appris jusqu'à présent. Mc Gottadeal écouta attentivement, l'air grave, examina soigneusement la lettre anonyme, en silence, but un peu de thé et proposa à Areed de poursuivre.
« Et donc… je… J'ai décidé de… tenter le coup. J'aurais pas dû, je sais, mais…
— Mais tu es ce que dit la lettre, sourit-elle, glaciale et ironique.
— Hein ? Heeeu… Oui. 'Fectivement : chuis un gros porc. Ouais, je reconnais que… oui. Mais je suis seul, je suis un peu con, personne m'aime et veut de moi… et personne me ressemble, ajouta t-il, la voix tremblante, le regard baissé.
— Bon, passons, rétorqua Mc Gottadeal avec plus de douceur. Continue.
— Le soir venu, il y a eu soudain une sorte d'orage dans cette pièce, et la cheminée s'est mise à flamber bizarrement, comme pour un Passage trans-lieu, voyez ? Je m'attendais à voir apparaître quelqu'un, mais il y eu une voix qui a retentit, étrange, grave, comme un frottement… comme si elle tournait pas à la bonne vitesse, voyez ? »
Youri poussa un cri étranglé. Areed venait de décrire la voix du Maître Noir, Lord Tombfroide, celui-dont-on-évite-le-nom !
Il garda cela pour lui, mais vit dans le regard aiguisé de Mc Gottadeal qu'elle avait compris. Elle avait pâli.

« Et la voix m'a dit… de rentrer dans la cheminée. C'était bien un passage.
— Mais les Passages trans-lieux sont interdits dans l'enceinte de l'école ! s'écria Cordery, interdite.
— Oui, confirma la directrice, pensive. Et je pense que seul un très grand maître de la magie noire, si ce n'est… le plus grand… a le pouvoir de contrer cette interdiction ancestrale. C'est extrêmement grave. »

Tous gardèrent le silence, un silence effrayé, et Cordery et Run comprirent pourquoi Youri avait crié.
« Oh mon Dieu… gémit Areed d'une voix blanche. Je n'aurais pas deviné… si… Oh là là… Si ce que vous dîtes… est vrai, je… je me suis fait… j'ai été le jouet, le complice… de… de Lui. C'est abominable !
— Tu as été utilisé, c'est de toutes façons une réalité, décréta la directrice, par lui ou par un autre, c'est malheureusement évident. Il faut maintenant tout nous dire, ajouta t-elle, nous devons apprendre tous les détails pour mieux comprendre… le péril qui nous guette.
— Oui… Je… »
Le demi-géant ouvrit une bouche immense et engloutit en une bouchée une portion énorme de sa part de tarte gigantesque. Il mâcha lentement, la mine triste, les yeux plein de regrets, essuya des miettes sur sa barbe, but du thé et continua :
« Je suis arrivé dans le dortoir. Il régnait une… ambiance étrange, comme une brume… J'ai eu la tête qui tourne, il y avait comme… de la vapeur mauve. Je me sentais bizarre. Et puis… enfin… Je suis très gêné pour raconter la suite, rougit-il.
— Raconte tout de même, répliqua Mc Gottadeal. Il le faut.
— Il y avait… les trois filles, poursuivit Areed en évitant de regarder dans la direction de Cordery, l'une des trois. Elles dormaient, en fait, il y avait une drôle de vibration dans l'air, il faisait chaud, et puis il y a eu… des phrases étranges, vraiment bizarres, dans l'atmosphère.
— Du Reptilangæ ! s'exclama brusquement Youri, assailli par l'évidence. Tous sursautèrent en frissonnant.
— Oui, sans doute » approuva Mc Gottadeal à voix basse.
Tous savaient ce que cela signifiait : seuls Youri et Lord Tombfroide partageaient cette capacité de parler le langage des reptiles !
Cela confirmait que le Seigneur Noir était dans le dortoir ce soir-là : c'était donc Lui, en personne, qui était derrière tout cela… Mais cela pouvait également permettre à quelqu'un de malintentionné d'impliquer, d'incriminer Youri, pourquoi pas de l'accuser !

« Continue ! intima Mc Gottadeal en dévisageant Areed.
— Hé bien… Le… les phrases étaient sans doute des… des ordres, des incitations, quoi : les trois filles, sans se réveiller, ont commencé à… bouger… à… s'étirer, repousser les… les draps et… et puis elles… elles ont enlevé leur chemise de nuit. Les phrases continuaient, ça rentrait dans la tête, je me sentais flotter… et… Heeeu…
— Oui ?
— Je ne peux pas ! s'exclama le demi-géant en grimaçant de honte.
— Areed, intervint Cordery d'une voix douce mais ferme. Vas-y. C'est fait, on n'y changera rien, c'est trop tard. C'est moche mais c'est du passé. Seul l'avenir compte, ajouta la jeune fille, et ce qui nous intéresse maintenant par-dessus tout, c'est le piège qui se prépare, pas ce que tu as fait !
— Oui… je comprends… mais c'est… j'ai honte. »
Il but du thé, et reprit finalement d'une voix faible : « Les filles ont commencé à … à se caresser toutes seules, à se… masturber, puis une des filles s'est levée et a rejoint… toi, Cordery. Elle s'est… penchée pour… pour te lécher. Et moi… j'étais très… très excité, comme un fou. Je… J'ai sorti mon engin et j'ai… je me suis branlé en vous regardant. Vous étiez… heu… très belles et très… bandantes.
— Et la voix ? demanda Youri, blême.
— Elle continuait à raconter des trucs, il faisait de plus en plus chaud. Et puis il y eu des éclairs. Blancs.
— Les photos, commenta Run. Les flashs.
— Oui. Mais il n'y avait personne dans la pièce, personne d'autre, sauf que je…
— Oui ?
— Je ne pouvais pas regarder dans un coin de la pièce. Impossible, quelque chose m'en empêchait. Et puis bon. Ce qui… m'intéressait et que je regardais attentivement, c'était… vous, les filles. La troisième est venue sur ton lit et s'est… heu… assise sur ton visage. Vous respiriez fort. Et moi… je me branlais. Jusqu'à ce que… Jusqu'au bout. J'ai joui très fort, pas loin de vous, je ne pouvais pas… heu… j'aurai voulu… vous… enfin, vous jouir dessus, mais une force m'en a… comment dire ? empêché. Et puis… il y eut des éclairs quand je jouissais, et quand ça a été fini, après, il y eu… un grand rire affreux, un truc qui fout les jetons, et moi, ben je venais de me soulager, j'étais déjà… pas fier, voyez, je savais que j'avais fait une énorme connerie, mais en entendant ce rire, je me suis dit que j'étais… condamné. Un rire tout bas mais ignoble, j'en frissonne encore !
— Et après ?
— La voix m'a dit un truc, attendez… oui : « C'était bon, hein, mon gros porc ? Tu peux rentrer chez toi, fais-toi discret, ne raconte rien à personne, bien entendu, et il y aura peut-être une autre séance de ce genre, ou même mieux… »
— Mieux ? demanda Run, sourcils froncés.
— Oui, il a ajouté… « Tu pourras peut-être t'en farcir une », il a dit, et… il a terminé en riant en disant : « On la choisira bien large ! » Il rigolait, il se foutait de moi, j'étais… vraiment mal, plus honteux et plus coupable, c'était… pas possible, faut me croire !
— Ouais, on te croit, lâcha Youri écœuré. Et après ?
— Je suis repassé par la cheminée, j'ai atterri ici. Et j'ai pensé… mettre fin à… tout, en finir, cette nuit-là. C'était affreux.
— Excuse-moi, mais j'ai du mal à te prendre en pitié, s'exclama Youri, la bouche crispée et les yeux flamboyants. Tu as été manipulé, mais sans réfléchir plus que ça : tu penses avec ta bite, tu as été minable ! »
Le dragon grogna, et Youri tourna la tête, le regarda droit dans les yeux et menaça d'un ton sans appel : « Toi, le monstre, je te zigouille si tu m'emmerdes. Ton maître est un minable et un abruti, un pervers con comme un manche ! »
Le silence, lourd, retomba sur la pièce, et soudain Areed éclata en sanglot.
« C'est un peu facile de chialer ! s'écria Youri, au comble de l'agacement et du mépris. Facile de chercher à nous émouvoir. Tu vas nous fendre le cœur… Mais si tu avais pu, c'est autre chose que tu aurais fendu, comme avec cette étudiante soi-disant allumeuse. Tu es un dangereux, un maniaque, tu me dégoûtes, et c'est tout ! »

Le jeune homme se leva brusquement et se dirigea vers la porte, le dragon hésita visiblement, et regarda finalement ailleurs tandis que Youri ouvrait la porte à la volée avant de la claquer avec force.
Le demi-géant redoubla de larmes, ses épaules titanesques secouées de sanglots.

À suivre…

Modifié par Riga, 20-05-2013 - 08:15.

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#13 Riga

Riga

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Posté 21-05-2013 - 17:51

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 9 : la Prophétie ---


En colère, Youri se retrouva dehors, dans le froid, face aux sapins surchargés de neige scintillants sous le soleil : le paysage était aussi beau, grandiose et pure qu'était pitoyable et sale ce qu'il venait d'apprendre dans la cabane d'Areed.
Il grimaça de dégoût en repensant à tout cela. C'était tout simplement dément !
Ah, c'est certain, en faisant du demi-géant l'instrument de son piège, Lord Tombfroide n'avait pas dû avoir à convoquer des trésors de ruse et de machiavélisme : l'encombrant jardinier avait foncé, tête baissée et bite au vent, dans le traquenard !
Dieu que ces pleurs tardifs avaient agacé prodigieusement le jeune homme… Il gronda de colère, songea à rentrer à l'école au plus vite pour retrouver Choho, qu'il n'aurait jamais dû laisser.
Oui, il aurait été mieux inspiré de rester avec elle pour faire l'amour, se caresser, discuter, dormir ensemble, faire des projets d'avenir, plutôt que d'écouter les dégueulasses confidences de ce gros obsédé d'Areed !
Il reprit le chemin de l'école le cœur encore plein de colère. Leurs traces de pas laissées à l'aller formaient un serpentin entre les reliefs du terrain, parmi les arbres.

Soudain Youri sursauta : il venait d'apercevoir le bonhomme de neige, au pied d'un rocher. Ce même sourire, tourné vers lui, et… une nouvelle carotte pour faire le nez !

Il hésita, car le tas de neige anthropomorphe, qu'il savait doué de vie et parlant par énigmes, lui était en cet instant insupportable : il ne manquait plus que cela.
Mais il savait bien que sans lui, il n'aurait jamais rien compris à cette énigme. De toutes façons, si on y réfléchissait, le bonhomme ne lui avait pas laissé le choix, en fait : il s'imposait, point, et délivrait ses informations, disait ce qu'il avait à dire.
Résigné, il continua vers lui, les mains dans les poches et faisant la gueule.

« Oh oh, fit le bonhomme souriant, vous voilà bien contrarié, Monsieur Batar !
— Si tu pouvais m'épargner tes sarcasmes, ça m'arrangerait vachement, répondit Youri d'une voix sourde. Je rentre à l'école. Qu'as-tu à me dire ? Grouille.
— Oh, quel ton abrupt, s'exclama le bonhomme en cessant de sourire, ça me chagrine, tu sais. J'ai toujours été de ton cô…
— Bon, OK, désolé. Les journées sont… intenses en ce moment, depuis le début de ce bordel. Désolé », répéta t-il.
Le sourire revint sur la face blanche et éblouissante du bonhomme de neige.
« Tu ne vas pas dans la bonne direction, reprit-il.
— Comment cela ? questionna Youri. Tu veux que je retourne… ?
— Je ne sais pas. Tous les loups ne sont pas dangereux, tu sais ? Surtout si ce ne sont pas des loups. Surtout avec l'éclair.
— Quoi ? s'exclama le jeune homme, perplexe. Les loups ? L'éclair ? Je viens de voir un dragon, mais pas de loup !
— Quel dommage… Tu vas trop vite, soupira le bonhomme, navré. Et tu ne sais pas écouter, ni regarder. »
Youri soupira lui aussi, agacé à nouveau, au dernier degré, par les énigmes du tas de neige.
Il garda le silence un instant, et lutta contre son envie d'envoyer paître, ou même chier, ce truc magique et de passer son chemin pour rentrer à l'école pour faire des choses claires et nettes, comme transpirer dans le lit de Choho en lui mordant les épaules.

« Tu sembles oublier qui je suis, nota le bonhomme avec tristesse.
— Non, rétorqua youri en ayant réfléchi très vite à la question : tu es un guide. Et… Je t'en remercie, se força t-il à sourire. Heureusement que tu as été là… Et que tu es là aujourd'hui. Simplement, ajouta le jeune homme, penaud, je ne comprends rien.
— Je t'ai tout dit, en fait, annonça son étrange interlocuteur : la prophétie des Centaures et des Minotaures peut maintenant s'accomplir.
— La quoi ? Hein… ? Prophétie de quoi ? bredouilla Youri en ouvrant des yeux ronds. Hé ! Attends !! » s'écria t-il alors que le bonhomme, à nouveau, s'écroulait pour disparaître.

Trop tard.

Youri resta immobile, planté là, sans que nulle trace ne subsiste de l'extraordinaire mais si brève rencontre.
Puis il se mit à crier dans l'air glacé : « J'EN AI MARRE DE CES CONNERIES ! »
Il poussa un cri de rage et d'impuissance, et de fatigue aussi, avant de se laisser tomber assis sur le rocher tout proche, dépassé et en colère.

Il se calma, et dut bien admettre qu'il devait réfléchir à la nouvelle énigme de ces paroles à double ou triple-fond.

Bon, respira t-il, qu'est-ce qu'il m'a raconté de beau, le guide congelé ?
Je dois faire demi-tour, et puis… les loups ne sont pas dangereux. Pas tous dangereux, plutôt.
Il fronça les sourcils en se souvenant de la remarque supplémentaire qui venait tout compliquer : « … surtout si ce ne sont pas des loups » !
Allons bon, soupira t-il. Des loups qui ne sont pas des loups. Des loup-garous, alors ?
Et l'éclair ? Il regarda le ciel si bleu, limpide, on ne risquait pas d'avoir de l'orage aujourd'hui !

Il se releva, très las, épuisé, même, par ces mystères et par l'amour, et traînant les pieds sur le chemin enneigé baigné de soleil, il rebroussa chemin. Puis il retrouva de l'énergie et de l'attention, car le bonhomme lui avait dit (et sans doute, du coup, recommandé) de regarder et d'écouter.
Il se demanda ce que pouvait être la « prophétie des Centaures et des Minotaures », mais ça, il le découvrirait probablement si il trouvait à quoi correspondaient les phrases obscures du bonhomme de neige.

Il se retrouva en vue de la cabane d'Areed. Devait-il y rentrer ? Il préférait faire autrement que de frapper à la porte après sa sortie spectaculaire… Le bonhomme lui avait dit, d'après ce dont il se souvenait, qu'il ne savait pas.
Bon.
Ceci dit, s'il s'agissait des Centaures, cela voulait peut-être dire que la forêt interdite de Bootbakon, qui s'étendait par-delà la cabane, était concernée.
Il fronça les sourcils, hésitant. Il aurait vraiment aimé être en compagnie de ses amis pour affronter cette situation, démêler cette énigme et élaborer un plan. Mais il était seul.

Il se résolut à prendre sur la droite de la petite maison, le long d'une vieille barrière ceinturant le potager d'Areed, recouverte d'un ruban de neige.

Perplexe, il regarda le rideau d'arbre silencieux devant lui, l'endroit était menaçant malgré la neige et le soleil : sous les lourdes branches des épineux, recouvertes de neige, l'ombre froide ne l'inspirait nullement, et les arbres nus, eux, étaient douloureusement tendus vers le ciel, leur houppier décharné s'ouvrait comme des griffes…
Il frissonna et aperçut soudain une ombre mouvante dans le sous-bois, à peine un éclat discret, sur la gauche.
Il avala sa salive et poursuivit sa route, si peu rassuré qu'il dut se faire violence pour ne pas tourner talon et rejoindre en courant ses amis chez le demi-géant !
Quelque chose l'observait, il en était sûr, dans le paysage boisé, tapi, attentif. Pour se calmer, Youri pensa à la phrase du bonhomme : « Tous les loups ne sont pas dangereux, tu sais ? »
Alors… Est-ce un loup ? Il stoppa, tenta de réguler sa respiration, et attendit, immobile, frémissant, prêt à crier si nécessaire. Il avait sa baguette en main et sa main tremblait un peu.

Un mouvement, oui… un pelage.
Gris et brun, et blanc peut-être, il distinguait difficilement sous le couvert des arbres, et s'attendait à être assailli par une bête, un loup, un loup-garou, un monstre quelconque !

L'animal sortit lentement d'entre les troncs, la truffe en alerte, les oreilles dressées, le regard intense et furtif, à pas prudents, à pas… de loup.
C'était un loup, que Youri, le cœur battant la chamade, espéra aussi peu dangereux que promis. Surtout que ce n'était pas… pas un loup. Oui !
Une louve !
Il faillit sourire en regardant le ventre rond du bel animal : elle était grosse, elle attendait des petits.
Youri alors s'efforça à l'immobilité totale, et dompta sa respiration qui faisait un nuage de buée trop fréquent devant son visage. La louve l'observa attentivement, humant l'air autour d'elle, hésitante. Elle resta là, semblant attendre elle aussi quelque chose.

Brusquement, Youri se souvint des paroles du bonhomme : l'éclair.
Sa cicatrice !
Il leva très lentement le bras gauche, et sentit la louve se raidir, craintive, prête à fuir, mais il continua tout doucement, et écarta lentement ses cheveux sur son front, dévoilant la marque qu'avait laissé son ennemi de toujours en cherchant à le tuer quand il était bébé.
La louve leva la tête, scrutant la cicatrice, et sembla se détendre, retroussant les babines dans une sorte d'étrange sourire.
Elle frémit, se redressa et fit demi-tour pour s'engouffrer doucement dans les sous-bois. Elle se retourna pour jeter un regard explicite au jeune homme encore immobile : suis-moi.

Avalant sa salive, Youri se mit en route à sa suite, s'exhortant à ne pas trop réfléchir à ses peurs de la forêt interdite, dans laquelle il n'avait strictement aucune envie de se perdre à la suite d'un quelconque animal.
Il progressa, les chaussures pleines de neige, attentif à ne pas perdre de vue la louve, qui vérifiait régulièrement qu'il était sur ses talons.
Elle avait l'air douce et gentille, et Youri espéra qu'elle n'était pas du genre à amener les humains dans des pièges horribles où ils se faisaient dévorer par sa meute ou bien… Non, arrête, gémit-il, pense à autre chose. Elle est très gentille. Elle est enceinte, elle va avoir des louveteaux tous mignons.

Après un périple que Youri estima à une petite demi-heure, la louve argentée aborda une clairière recouverte d'un tapis intact de neige éblouissante, et s'arrêta au milieu. Elle se tourna vers un côté de la clairière et s'assit, avant de jeter un coup d'œil à Youri, qui fit quelques pas à découvert vers elle et fit comme la louve apparemment : il attendit sagement.
Une ombre bleutée apparut entre les troncs et cette fois il reconnut sans peine de quoi il s'agissait : un centaure qui marchait parmi les arbres.
Il reconnut même de qui il s'agissait avant que la créature ne l'aperçut : Milano.
Le centaure se cabra à demi de surprise en découvrant la louve assise et Youri, et ce dernier vit la stupeur intense de Milano.
« Toi ! s'écria t-il.
— Oui, heu… Bonjour Milano, et ne t'en fais pas, elle a l'air gen… commença t-il en désignant la louve, car il craignait qu'elle n'ait fait peur au Centaure.
— C'est toi ? répéta Milano, hébété. Toi, la Prophétie… !
— Heeeu, j'en sais rien, peut-être, répondit Youri, l'air embêté.
— Je ne connais pas la fin de la prophétie, s'exclama le centaure.
— Ben… Ça tombe bien, moi je ne connais même pas le début ! » avoua Youri en ricanant.
Ces histoires commençaient vraiment à le fatiguer.

« "Un jour blanc, déclama Milano, l'homme à la Liqueur Sacrée viendra dans la clairière, amené par une louve pleine. Il ne connaîtra l'accomplissement de la Prophétie qu'en la découvrant lui-même, par la parole de ceux qui le guideront." »
Sourcils froncés, Youri écouta, immobile et silencieux, puis éclata de rire.
« Et heeeu… j'espère que tu fais partie de ceux-là et que tu connais un peu de la suite du truc : je sais pas ce que je fous là ! »
Milano lui jeta un regard scandalisé : comment l'Élu de la Prophétie pouvait être aussi désinvolte et moqueur alors qu'avait commencée l'accomplissement de celle-ci ?
« Tu vas le savoir, lâcha t-il avec un soupçon de mépris. Je connais la parole suivante, inscrite dans la persistance des siècles, la parole vers laquelle je dois te guider.
— Je te suis, alors…
— Non, reste-là, on revient ! » décréta le centaure d'une voix forte avant de faire demi-tour.

Youri resta planté là, partagé entre la fatigue, le détachement, et l'aiguillon de la curiosité, il s'interrogea à nouveau sur son destin : pourquoi les règles du jeu lui échappaient-elles tant et si régulièrement ? Il se sentait sans cesse embarqué dans un mouvement qui le dépassait et qui l'entraînait invariablement vers des épisodes étranges et dangereux face auxquels il n'avait d'autre choix que d'improviser.

La louve, comme si elle écoutait ses doutes, le regardait avec une sorte de tendresse.
Il s'approcha doucement, se pencha et après une très brève hésitation plongea prudemment ses doigts dans l'épaisse fourrure qui couvrait l'échine de l'animal, rêche et chaude. Elle ferma les yeux.
Il caressa les flancs gonflés de son ventre, sentit, ému, la vie que cette rondeur promettait. Il se releva, souriant, et la louve lui jeta un regard appuyé avant de se mettre debout et de marcher vers le bord de la clairière pour, il le pressentait, disparaître.
« Je te souhaite une bonne vie, murmura Youri, à toi et tes petits. »
La louve grise jappa doucement, et s'éclipsa.

Au bout d'un quart d'heure à piétiner dans le froid, il aperçut une forme entre les troncs, et se demanda quelle suite Milano lui réservait.
Mais ce n'était pas Milano.
C'était une femme centaure, magnifique.
Elle était aussi superbe par son corps de cheval que par son corps de femme.
Ses jambes fines et légères avançaient avec grâce dans le sous-bois, sa queue soyeuse battait lentement au rythme de son pas, Youri voyait les muscles rouler sous sa robe d'un brun profond, une chaude couleur de cendre qui parfois s'irisait de bleu.
Et en tant que femme… elle avait un charme immense, la beauté de son buste dénudé, libre, attira le regard ébahi du jeune homme, une poitrine ronde et pleine, triomphante, aux aréoles gonflés, mais il regarda ensuite son visage souriant, et son cœur fit un bond devant ses beaux yeux noirs qui le dévisageaient avec une sorte de timidité, son menton volontaire mais délicat, sa chevelure majestueuse, ses bras d'une élégante puissance, ses mains aériennes, en suspension au bout de ses poignets délicats…
Il retint sa respiration, ne sachant quoi dire.

« Bonjour, je suis Ilinilia, se présenta finalement la femme centaure d'une voix grave.
— Ili… ? répondit instinctivement Youri en se maudissant de n'avoir pas compris, et en plus, quel idiot, de demander.
— Ilinilia, répliqua t-elle en souriant avec indulgence et amusement. ILI-NI-LIA.
— Oh, bonjour Ilinilia, je m'appelle Youri, je suis…
— L'homme de la Prophétie. Et je suis… celle que semble désigner la Parole. Je suis née une nuit d'orage.
— Ah ? répondit stupidement Youri.
"Un jour blanc, récita t-elle, l'homme à la Liqueur Sacrée viendra dans la clairière, amené par une louve pleine. Il ne connaîtra l'accomplissement de la Prophétie qu'en la découvrant lui-même, par la parole de ceux qui le guideront. Devra venir à lui celle du Peuple des hommes-chevaux et qui n'est pas que jument et qui naquit dans les éclairs." »

Youri, à nouveau dépassé par le sens caché de textes mystérieux que tout le monde semblait s'obstiner à lui délivrer en le regardant comme le Messie, resta silencieux, puis se mit à rougir légèrement en commençant à comprendre. Il regarda la toison pubienne d'Ilinia… non, Ilinilia, au bas de son ventre de femme, là où il se fondait avec le poitrail de la jument.
« Je suis née une nuit d'orage, et je suis pourvue d'un sexe de femme, contrairement à celles de mon peuple. »

Elle s'approcha lentement, et Youri fut impressionné à mesure qu'elle s'avançait : elle était belle, elle était haute, elle était calme, et surtout, elle était belle.
Elle reprit, de la tristesse dans la voix : « Depuis que je suis petite, j'ai compris qu'il y a un secret dans ma vie. Je suis différente, les… les miens sont fascinés mais me rejettent, j'ai fini par comprendre pourquoi : je suis désignée par la Prophétie, par ce double signe de ma naissance et de mon corps. Tout le monde le sait. C'est moi. Je suis à l'abri de tout et à l'écart des autres en attendant ce jour. Le jour est arrivé.
— Et… Que va t-il se passer ? demanda Youri, troublé et désarmé face à la stature impressionnante de la femme centaure qui la dominait.
— "… Devra venir à lui celle du Peuple des hommes-chevaux et qui n'est pas que jument et qui naquit dans les éclairs, reprit-elle. Ensemble ils chevaucheront et connaîtront le volcan sans que la femelle de double-appartenance qu'il rendra femme ne perde la lave sacrée…" »

Youri, étourdi et stupéfait, soupira en contemplant le délicieux visage de la femme.
Waow. Le programme prophétique lui plaisait bien, mais… il ne voyait pas trop comment faire.

À suivre…

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#14 grenouillebrune

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Posté 21-05-2013 - 22:00

Quel voyage...

#15 Riga

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Posté 22-05-2013 - 23:57

Voir le messagegrenouillebrune, le 21-05-2013 - 22:00, dit :

Quel voyage...

... Il n'est pas terminé.
;)

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#16 fraise85

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Posté 23-05-2013 - 10:58

Tout un programme ...
Encore, merci !
Fraise85, visite notre galerie et notre blog !   http://communaute.vo...blog-de-fraise/

#17 Riga

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Posté 25-05-2013 - 09:37

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 10 : devenue femme ---


Ilinilia s'approcha lentement, vers le milieu de la clairière où se tenait Youri, indécis. Et le jeune homme se sentit incapable, brusquement, de faire face à cette situation totalement incroyable, ça le dépassa, il ne put rien faire ni dire d'autre que : « Je suis désolé, mais c'est pas possible. Je veux sortir de cette forêt, et arrêter cette folie, c'est n'importe quoi. »
La centaure blêmit et le regarda d'un air inquiet : « … mais, Youri, tu dois accomplir la pr…
— La prophétie ? questionna le jeune homme, soudain contrarié, d'une voix acide. Quelle prophétie ? J'ai des bonhommes de neige à la con qui me parlent et me racontent des trucs incompréhensibles, des louves qui me conduisent dans les bois, des centaures à poil qui me récitent des textes appris par cœur comme quoi… Comme quoi il faudrait absolument, pas le choix, que je fasse l'amour en plein hiver, au milieu de rien, dans la neige, avec une femme-jument qui n'attend que cela ! Et on m'a demandé mon avis, à moi ?? Tu m'as posé la question, Ilana ? Tu as déjà entendu parler du LIBRE ARBITRE ?
— Ilinilia, rectifia t-elle tristement. Ne t'emporte pas, je t'en prie. Écoute… Ce n'est pas de ma faute. »
Le jeune homme vit sa colère retomber devant les grands yeux tourmentés de la centaure, qui se massait les bras comme une adolescente angoissée. Elle était touchante, et sans doute aussi perdue que lui.

« Désolé, s'excusa Youri, je suis un peu fatigué. Mais il faut comprendre… me comprendre. On ne fait pas… pas l'amour comme ça, parce qu'on le décide, ou parce qu'un texte ancien tombé du ciel contient des instructions à ce propos. Surtout au milieu de la forêt enneigée, en plein hiver. On serait dans un chalet avec un bon feu et une peau d'ours, tu vois… ?
— Je comprends, répliqua la centaure. C'est une situation… inattendue pour toi, et pour moi c'est le contraire.
— Oui, je m'en rends compte. Désolé.
— Et moi, tu me trouves… assez jolie ? »
Youri garda le silence, troublé, avant de finalement répondre d'une voix mal assurée : « Oh oui, oui, pas de problème : je n'y connais rien en chevaux, mais ce que je vois de toi qui est heu… une femme est… magnifique, tu es… très attirante.
— Toi aussi, Youri, s'exclama t-elle : j'ai beaucoup de chance ! L'homme à la Liqueur Sacrée est un sacré beau gosse ! J'ai beaucoup rêvé de toi, tu sais ? Je ne savais pas ce qui m'attendait, et tu es très très mignon, je suis ravie !
— Euh… Merci, bredouilla le jeune homme. Bon, on… On fait quoi ?
— On s'aime, répondit-elle tout simplement, avec un grand sourire.
— Mais… Mais toi, tu… peux faire l'amour si… tu le décides ? Juste pour coller au texte ?
— Oui, j'en ai très envie. Et ce n'est pas pour coller au texte, comme tu dis, ni même parce que c'est mon destin qui prend corps en toi. C'est parce que j'ai envie. Très envie. J'ai déjà été montée par des étalons, j'ai aimé cela, mais là, j'ai envie de jouir avec mon sexe de femme, qui est pour toi.
— Euh, c'est… chouette, murmura Youri, un peu gêné à cette évocation des amours des centaures, légèrement contre-nature dans son système de valeur, avant de poursuivre d'une voix hésitante : Chuis pas un étalon, justement, et nous les hommes, pour bander, tu sais, il faut que… qu'on soit… en condition. Il fait froid, ici, je suis au milieu d'une forêt hostile, j'ai peur de ne pas pouvoir retrouver mon chemin après, et tu es… une centaure, t'as beau être super jolie, on fait pas la même taille… Enfin bon tu vois : c'est compliqué. »

Silencieuse, Ilinilia s'approcha encore en souriant, puis soudain fit un bond vers lui et il se sentit s'élever du sol, cria de surprise tandis qu'elle riait, elle le tenait de ses mains puissantes à la taille, et elle se lança dans un galop impulsif vers les bords de la clairière, stoppa soudain et le déposa debout sur un tronc abattu, couvert de neige.
« Voilà mon Chéri, décréta t-elle, amusée. Un problème de réglé : on fait la même taille ! »
Interdit, encore sous le coup de la surprise, Youri la regarda en silence, elle était tout près de lui, le tenait encore par la taille, il baissa les yeux sur sa poitrine plutôt généreuse, puis à nouveau la dévisagea, très troublé : elle lui souriait avec tendresse.
« Maintenant, j'ai besoin de chaleur, murmura t-il en prenant son visage entre ses mains, délicatement, le cœur battant. Elle avait des proportions légèrement supérieure à une femme normale, mais c'était un charme supplémentaire qui l'émouvait beaucoup.
— Moi aussi. » répondit-elle en approchant sa bouche, qu'il embrassa doucement.

Ce n'était sans doute pas la première fois qu'elle embrassait : elle pointa sa langue, cherchant la sienne, et bientôt ils s'embrassèrent à pleine bouche, le souffle court, et leur besoin de chaleur… était comblé !
Les doigts dans ses cheveux, autour de sa nuque, il sentit le désir l'envahir, se mit à bander, et ses mains descendirent le long du cou sur ses seins ronds et tendus vers lui, et tout en continuant à l'embrasser comme un affamé, de ses paumes ouvertes il caressa ses tétons larges et durcis, elle eut un gémissement délicieusement excitant et s'avança un peu pour appuyer plus sa poitrine dans ses mains, il replia fébrilement ses doigts et massa doucement la rondeur élastique qui s'offrait.
Il sentit soudain qu'Ilinilia essayait de défaire son pantalon.
Mais la belle centaure n'avait jamais connu de vêtement, et elle avait du mal avec les boutons de la braguette, sur lesquels elle tirait maladroitement, alors à regret, ses mains quittèrent sa poitrine pour l'aider : il libéra son sexe dressé, excité, et sa jolie partenaire cessa alors de l'embrasser, baissa les yeux et regarda avec curiosité ce phallus pointé vers elle, et qui vibrait d'impatience.

« Oh, je ne suis pas forcément… ce n'est pas le heeeu… format auquel tu dois être habituée, s'excusa Youri, c'est un sexe de garçon humain, et je ne sais même pas vraiment si par rapport à une autre heeeu…
— Chuuuut… Ne dis rien, sourit Ilinilia, c'est très joli, et tu me l'offres, ton désir d'homme, c'est un cadeau précieux, inoubliable. »

Avançant une main prudente, elle s'empara doucement du sexe dressé de Youri, qui frissonna, elle serra un peu et caressa du bout des doigts de l'autre main l'arrondi du gland tendu, elle se pencha pour observer ce sexe inédit de plus près.
« Tu veux bien… l'embrasser ? » demanda timidement le jeune homme en caressant la belle chevelure d'Ilinilia, elle se pencha encore et il sentit sa bouche se poser sur le bout de son sexe, et recommencer, et y demeurer, des lèvres chaudes et tendres.
« C'est délicieux ! » lança Youri à mi-voix, pour l'encourager, et parce que c'était cela : délicieux !

Elle trouva toute seule comment poursuivre la caresse buccale que n'osait demander : il sentit ses lèvres s'entrouvrir et descendre lentement, il se retrouva dans la chaleur humide de sa bouche, et elle remonta, et imagina peu après que sa langue pouvait donner du plaisir, et effectivement, son amant se mit à gémir sourdement quand elle lui lécha le gland doucement.
« Continue, s'il te plaît… »
Cela dura de longues minutes, divines, et puis avant d'être tenté de jouir, il releva doucement son visage, l'embrassa c'était un peu salé, elle avait un air de fierté et de bien-être qui la faisait rayonner, et Youri se sentit soudain débordant d'amour, profondément ému par cette femme, dont il ne savait pas l'âge, mais qui était si belle et délicate, et qui depuis sa naissance, l'attendait pour l'aimer, dans cette forêt, n'attendait que lui !
Il voulut que ces instants si importants pour sa vie qui avait été dirigée vers cette clairière, vers lui, soient les plus beaux possibles, les meilleurs, les plus touchants.
« Caresse encore mes seins, tu veux bien ? demanda t-elle justement. J'aime cela. »

Il reprit son massage tendre, excita à nouveau les tétons dressés, les pinça un peu, elle sembla apprécier beaucoup, et puis, la tête pleine de désir et de vertige, à la grande surprise de la centaure, il se laissa brusquement glisser du tronc de son arbre, atterrit les pieds dans la neige, devant elle, et lui embrassa aussitôt le ventre sous le nombril, doucement, en caressant ses hanches.
Interdite, ne sachant que faire, Ilinilia piétina un peu le sol de ses longues jambes de cheval, elle attendit, désormais immobile, et puis, sous la chaleur des caresses de son amant si entreprenant, elle avança des mains timides vers ses cheveux.
Youri promenait sa langue sur le bas de son ventre, respirait sa toison pubienne, la caressait là où la peau humaine allait se fondre dans la robe de la jument. La tête en feu, totalement perturbée, elle plongea ses doigts dans sa chevelure, appuya un peu son large poitrail de cheval vers lui, il sentit la poussée formidable de son corps campé sur ses sabots, il embrassa légèrement les lèvres de son sexe, un baiser tout doux, planté là, dans ses parfums retenus, elle frissonna toute entière, de ses seins de femme jusqu'à sa croupe, et il recommença, il prenait son temps, ne voulait pas la brusquer, surtout pas.
Mais, c'est évident, elle était plus que réceptive à son approche et à ses caresses !
Il laissa donc sa bouche amollie contre les lèvres de sa vulve, la promena un peu, sortit alors sa langue mouillée et amorça une lente exploration des replis odorants du sexe offert de cette créature si belle, tellement extraordinaire, il sentit ses doigts se crisper dans ses cheveux, il remonta, descendit, creusa de la pointe de sa langue dans le sillon qui devenait mouillé, qui s'ouvrait de désir.

Youri sentit brusquement que sa maîtresse s'affolait quand il lécha de petits coups de langue les replis en haut de sa fente, il insista donc, elle cria dans le silence de la forêt, lui tira un peu les cheveux, il continua, sentit gonfler un petit picot de chair qu'il prit entre ses lèvres pour le sucer, ce qui acheva d'électriser Ilinilia, qui poussa un cri étranglé avant de piétiner la neige comme un cheval saisi de peur panique, de ses pouces il écartait les grandes lèvres trempées, et remontant un doigt, il toucha, frotta, le petit bouton dressé qu'il continuait de lécher.
Ilinilia devint dingue, hurla sauvagement, et se mit à jouir, cela Youri le devina sans peine, et brusquement elle l'attrapa et l'arracha de terre à nouveau, le reposa sans ménagement sur le tronc abattu de son arbre, et s'empara avidement de son sexe libéré qui n'avait rien perdu de sa raideur, et qui, c'est sûr, n'avait pas souffert du froid !
Elle le branla fébrilement, et attira le jeune homme contre elle : « Je te veux dans mon ventre, je te veux en moi, tout de suite ! » gronda t-elle.
Elle guida d'instinct son gland entre ses lèvres mouillés, Youri prit ses seins dans ses mains caressantes et l'embrassa, elle était plus belle que jamais, il poussa un peu, rencontra une résistance, Ilinilia enroula alors ses bras autour de lui et saisissant ses fesses à pleines mains, le tira violemment en elle, cria dans sa bouche à lui, il l'avait pénétré, ou plutôt elle s'était fermement empalée sur lui, il sentit les parois étroites de son sexe palpiter autour de sa hampe tendue.

Elle le tenait contre elle, et il se cambrait, ondulant du bassin, tout en pelotant sa poitrine, ravi, et de sa langue il caressait la sienne qui dansait de désir. Il interrompit le baiser profond, pencha la tête et attira sa poitrine contre ses lèvres, il lécha ses tétons.
Soudain, il comprit que la centaure reculait, en le plaquant contre elle, il sentit ses jambes dans le vide : elle le tenait dans l'étau tendre mais solide de ses bras.
Il ne risquait rien, mais c'était une étrange sensation, agrippé aux fesses il flottait loin du sol, le sexe plongé en elle, elle bondit de ses quatre sabots et entama une course à travers les arbres, il ne voyait rien du chemin qu'elle prit dans la forêt en regardant par dessus son épaule, il attrapa sa taille pour raffermir sa position, les mouvements de pénétration furent alors ceux du galop, il cria de plaisir, submergé par les sensations et la frayeur de cette cavalcade extraordinaire !
Puis, rejetant son visage en arrière il la dévisagea, fasciné, observa son regard flou, sa bouche magnifique, entrouverte, sa chevelure-crinière flottant au vent froid derrière elle, il plaqua son torse contre sa poitrine moelleuse, et se laissa envahir par le rythme de la course folle, dans ses bras amoureux, son sexe frottant lourdement les profondeurs humides de son ventre de femme, il mit sa tête au creux de son cou et ferma les yeux, bercé par l'amour le plus tumultueux.
C'était incroyable !

Il eut bientôt une sorte de vertige très profond, et sentit, devina, à une sorte de vague qui lui prit le dos, un frisson dans ses mâchoires, que sa jouissance montait, inexorable, et que la douceur ahurissante de cette galopade sensuelle allait se changer en tumultes volcaniques, l'apothéose des spasmes de son éjaculation.
« Je vais jouir… » murmura t-il à sa monture-cavalière, qui ralentit alors sa course puis s'arrêta, la forêt alentour résonna encore un bref instant des échos de son galop, puis le silence retomba, il n'y eut que le souffle des amants, Youri sentit les frissons qui parcouraient Ilinilia, il s'accrochait à sa taille pour lancer son bassin de plus en plus fort, le point de non-retour fut franchi dans une fébrilité croissante, il répéta qu'il allait jouir, elle gémit qu'elle aussi, il prit ses seins, pinça ses tétons pour qu'elle jouisse, il le voulait, en même temps que lui, parce que bordel ça y était, un sursaut montait en lui, éclata, un dernier coup de reins, il cria entre ses dents, elle se figea, le serra très fort contre elle, au plus près, au plus étroit, tandis que sa queue, au fond d'elle, se raidissait comme jamais et se déversait brutalement, une sorte de hululement, et elle devint brûlante, il fut envahi de stupéfaction tandis qu'il éjaculait avec force, il y eut un truc fou, un tourbillon, le sol se rapprocha, tourna dans un vertige bousculé, et tout d'elle trembla, son corps de cheval fut comme ramené en elle, ses cheveux ondulèrent dans une tempête étrange, ses pieds à lui retrouvèrent le sol, et les sursauts de la jouissance se poursuivirent, debout, au fond de son ventre de femme, elle était devenue femme, ses deux jambes de femme fermement tendues, écartées sur le sol de la forêt, dans la neige retournée par les empreintes de sabots.
Une femme, debout dans ses bras, et lui dans les bras d'une femme, serré contre elle, et tous deux frissonnaient de l'orgasme, frémissaient de leur amour.

La tempête de la jouissance s'espaça peu à peu, s'apaisa…
Il reprit sa respiration, le visage au creux de son cou, elle tourna la tête et ils se dévisagèrent, stupéfaits.
Il l'embrassa avec tendresse, la lovant dans ses bras : elle était devenue femme, il la sentait plus fragile, enfin fragile, pensa t-il étrangement, il la tint serrée contre lui.

Puis il se retira lentement, recula de deux pas, le sexe luisant encore dressé vers elle, il la regarda avec curiosité.
Non seulement elle n'avait plus de corps de cheval, mais elle avait maintenant des jambes magnifiques, longues et fuselées, et des petits pieds adorables, mais… enfoncés dans la neige !
« Bon sang, tu vas attraper froid ! s'exclama Youri en ôtant rapidement sa pèlerine, il l'en entoura d'un geste ample, et la souleva du sol, la prit dans ses bras, à son tour à lui : tout avait changé !
Elle s'agrippa à son cou, souriante : « Oh, tu es adorable, mais je n'avais pas froid… ! »
Il l'embrassa avec douceur, et se sentit une envie de pleurer, une envie inattendue, pleine d'une subite mélancolie : elle s'était transformée, elle n'était plus centaure, elle était femme, et maintenant toute fragile dans cette forêt immense, elle était seule, nue comme un nouveau-né, c'était de cela dont il s'agissait : une naissance, et elle ne serait plus jamais à sa place parmi son peuple.
Tout cela à cause de lui, de leur jouissance : il l'avait arraché à sa vie, à son destin, aux siens, et elle était là, frissonnante au creux de ses bras.

« Oh mon Chéri, mais… tu pleures ? s'étonna t-elle en caressant une larme sur sa joue… mais pourquoi ?
— Tu viens de faire le sacrifice de ce que tu étais, depuis ta naissance, et… je t'ai arraché à toi-même, tu es désormais toute fragile, tu viens de naître à nouveau. »
Elle le regarda dans les yeux, violemment émue.
« Oh. Youri… Tu es si beau, si sensible, si… humain, dans ce que l'humain a de plus touchant. Oui, je viens de naître entre tes bras, je suis devenue femme… Mais écoute… Non, je ne crois pas que je me soies arrachée à moi-même, comme tu dis. La prophétie continue et l'explique, je crois… »
Un peu contrarié que cette histoire de prophétie revienne sur le tapis alors qu'il était en train, il le savait, de tomber amoureux, et que c'était autrement plus important, Youri soupira, mais le regard tendre que lui lança Ilinilia calma aussitôt son agacement, il lui apparut que c'était grâce à ce texte qu'il avait rencontré la jeune femme qu'il tenait dans ses bras, et c'est avec douceur qu'il demanda :
« Que raconte t-elle, la Prophétie ?
"Un jour blanc, récita t-elle à nouveau, l'homme à la Liqueur Sacrée viendra dans la clairière, amené par une louve pleine. Il ne connaîtra l'accomplissement de la Prophétie qu'en la découvrant lui-même, par la parole de ceux qui le guideront. Devra venir à lui celle du Peuple des hommes-chevaux et qui n'est pas que jument et qui naquit dans les éclairs, ensemble ils chevaucheront et connaîtront le volcan sans que la femelle de double-appartenance qu'il rendra femme ne perde la lave sacrée. Alors, ils auront tous deux reçu le don de l'Alliance des dieux conjoints des Centaures et des Minotaures, et s'en verront transformés. Elle sera femme aussi bien que Centaure selon sa volonté, et régnera sur son peuple en Reine, selon son destin du premier jour. Lui sera homme et sorcier aussi bien que Minotaure, il aura le pouvoir des désirs, qui échappe à toute magie, pour mener ses combats contre l'Ombre qui, depuis le premier jour, menace sa vie et l'Équilibre des choses visibles et invisibles". »

Effaré, Youri lui fit répéter l'ensemble du texte trois fois, le grava dans sa mémoire.
« Qu'est-ce que ça signifie ? demanda t-il enfin. Tu as eu… une explication de texte ?
— Non, on ne m'a jamais donné de clefs là-dessus malgré toutes mes questions, depuis que je suis petite, on me disait toujours que cela deviendrait évident le moment venu. Pour ce qui me concerne, souffla t-elle en souriant, c'est assez simple à mon avis : je dois pouvoir changer mon apparence comme je veux. Mais je peux te dire…
— Oui ?
— … Que c'est là, en ce moment, avec mon corps de femme au creux de tes bras que je suis la plus heureuse ! »
Le cœur battant, il l'embrassa doucement, goûtant ému sa bouche et la chaleur de son amour.

« Et tu vas être reine ! murmura t-il, admiratif. C'est formidable, Ilinilia !
— Oui, sans doute, répondit-elle, hésitante, avec une petite grimace, et une soudaine tristesse dans les yeux. Tu m'as offert un règne, un trône… Mais ce que je voudrais… c'est que tu sois roi à mes côtés ! Que nous partagions notre vie !… Oooh Youri, soudain, ces phrases me semblent porter en elle une malédiction !
— Non ! s'exclama le jeune homme d'une voix forte. Où vas-tu chercher que notre union est condamnée, que notre amour est compromis ? Chérie, la Prophétie ne dit rien qui ressemble à cela : elle indique ce que nous sommes à présent, elle évoque nos pouvoirs, pour chacun de nous deux, mais laisse parfaitement libre d'imaginer notre… notre chemin ensemble ! »

Elle lui lança un regard éperdu, plein de confiance inquiète et frémissante, ils restèrent ainsi, silencieux, à se regarder, puis elle reprit :
« Pour ce qui te concerne, tu dois te demander… je ne comprends pas ce que signifie la prophétie. Tu n'as pas une tête de taureau, c'est en tout cas certain, et ce "pouvoir des désirs", il m'est inconnu… mis à part que quand tu me regardes ainsi, j'ai très envie que tu me prennes et de crier à nouveau entre tes bras, sous tes coups d'amour ! »
Troublé, Youri l'embrassa à nouveau, et sentit qu'elle l'enflammait, il s'accroupit et la déposa, protégée par la laine douce de sa pèlerine, sur le sol enneigé, elle sourit, il descendit le long de son corps si beau et attirant, suça attentivement ses seins, elle poussait des petits gémissements excités, il embrassa et caressa son ventre, puis elle l'attira contre elle, le fit remonter, s'allonger sur son corps, elle releva ses nouvelles jambes autour de ses hanches et il pointa sa queue contre ses lèvres, la pénétra, ils firent longuement l'amour, en prenant tout leur temps, en explorant de nouvelles sensations, en découvrant des frissons inédits, une complicité de plaisir née de leur amour.

Ilinilia eut un orgasme très fort, et recueillit en elle les jets brûlants de sa jouissance, liqueur sacrée qu'elle ne laissa pas échapper.
Il se reposa dans les parfums de sa peau, au creux de son cou, et tous deux souriaient de cette rencontre impossible, au milieu de la forêt, de s'être trouvés.

Plus tard, la jeune femme rendit sa pèlerine à Youri, et tenta quelque chose d'inédit, d'inconnu : elle ferma les yeux, et l'espace vacilla, un nouveau tourbillon emplit l'air et elle sembla se projeter vers le ciel : elle redevint centaure, ses sabots martelèrent le sol du sous-bois. Elle eut l'air égaré pendant une seconde, puis un sourire illumina son visage.
« C'est incroyable ! » lança t-elle à son amant qui l'admirait, troublé.
« Tu es la plus belle, ilinilia, murmura t-il. Peux-tu me raccompagner à la lisière de la forêt ? Je vais retrouver mes amis, mon monde, et je reviendrais, très vite… Car désormais mon cœur est là, déclara t-il d'une voix vibrante, là dans cette forêt, il bat avec le tien, et rien ne pourra le faire taire ni le détourner !
— Oh mon Dieu, s'exclama la centaure, je prie pour qu'il en soit ainsi, et que tu ne m'oublies pas… quand tu auras retrouvé les tiens, ceux de ton monde, les femmes qui doivent te désirer…
— Ne crains rien, sourit le jeune homme. L'amour qui est en moi est un trésor dont je sais le prix, la rareté : je brûle d'être à nouveau avec toi, ajouta t-il avec lyrisme. Souris, mon Amour, quand je serais absent, souris comme je sourirais de te retrouver bientôt ! »
Elle le regarda en souriant : « Monte, mon Chevalier, monte sur mon dos, je te conduis aux portes de mon royaume ! »

En galopant dans les sous-bois, le corps épuisé et le cœur inondé d'amour, il se demanda ce que pouvait être son pouvoir, et en quoi cela allait pouvoir l'aider à combattre son ennemi mortel.

À suivre…

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#18 Riga

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Posté 28-05-2013 - 06:45

Youri Batar et la Liqueur Sacrée
--- Chapitre 11 : le piège ---


Youri, le corps engourdi par le froid et la fatigue, revenait à pas lents vers ses amis, sur le chemin de neige qui menait à la maison de Areed.
Il songeait, le cœur battant, l'esprit empli de stupéfaction ravie, aux événements sensuels qui se succédaient depuis la veille dans sa vie. Cela avait commencé avec cette extraordinaire bibliothèque secrète et Cordery, qui s'était jetée sur lui pour boire sa jouissance, et puis il y avait Choho Qu, ce matin, dans la salle des balais, un délire qui l'avait profondément ému, et dont il avait cru qu'il ne pouvait rien avoir de meilleur…
Mais il venait de connaître quelque chose de totalement bouleversant qui allait au-delà, bien au-delà, aussi bien sur le plan des sentiments que sur le plan érotique. Le plaisir qu'il venait de vivre était total, stupéfiant, et l'émotion qui lui dévorait le cœur était bien de l'amour, un amour inattendu mais d'une ampleur telle qu'il se sentait un autre homme.

Bien sûr, cela faisait peur.
Ilinilia n'était pas humaine, c'était une créature hybride, et désormais polymorphe, qui risquait bien de se révéler totalement en dehors des valeurs humaines : être amoureux d'une telle… « chose », n'était-ce pas aller au devant des pires tourments, n'était-elle pas en soi l'incarnation d'une forme de désespoir ?
Il soupira en imaginant que ce qui était la norme, pour lui, depuis son entrée à Bootbakon, c'est-à-dire le monde des sorciers, était déjà un truc délirant pour le monde des Mougles qui croyaient être le seul monde possible, comme il le pensait avant.
Mais là, il allait plus loin en tombant amoureux d'une femme-cheval, qui ayant fait l'amour avec lui, devenait capable de de changer en femme-toute-simple à volonté !

Il eut envie de rire, mais une idée perturbante lui vint à l'esprit : n'avait-il pas rêvé ce qui venait de se passer ?
Des esprits de la forêt, ou des forces plus sombres encore, avaient pu lui suggérer tout cela, avec la sensation parfaite de la réalité, et il était peut-être abusé, victime d'un sort époustouflant ?
Youri frémit, ressentit plus durement le froid, tout en essayant de se rassurer : il n'avait pas pu rêver cela, ces étreintes, ce galop, ces baisers de la belle, cette prophétie…
Mais le doute était là, nourri c'est évident par le caractère définitivement incroyable de ce qui venait de se passer.
Il eut envie de pleurer, mais il parvint à se retenir, à dompter sa tristesse.
Il avait, oui, suffisamment de lucidité pour savoir qu'il était à bout de forces et que, sans doute, son épuisement l'empêchait d'y voir clair !
Il n'eut plus qu'une envie : rejoindre l'école, et son lit, et dormir, dormir…
Il accéléra le pas.

Une autre pensée perturbante, mais bien plus terre-à-terre, s'imposa à son esprit : que dire à Choho quand il la reverrait ?
Oh.
Il ne se sentait pas capable de lui mentir, d'être manipulateur, absolument incapable d'entretenir une relation avec elle tout en étant amoureux d'Ilinilia !
C'était inconcevable.
La vie était étrange, difficile : cela faisait un moment déjà qu'il aimait Choho Qu en secret, et le jour même où l'impensable se produisait, et qu'ils faisaient l'amour, une autre femme (appelons-la comme ça !) débarquait de nulle part pour emporter son cœur et lui faire vivre un bonheur étourdissant !
C'était merveilleux, ce tourbillon, mais Dieu que c'était fatigant…

Il arriva en vue de la maison d'Areed, et alors qu'il s'approchait par derrière en se demandant si ses amis et Mc Gottadeal était encore là, il entendit un fracas énorme venant de la cabane !

Il se mit à courir malgré son épuisement, et ouvrit la porte à la volée, en espérant que le dragon vert n'allait pas l'occire sur-place.
Areed, en larmes, était assis par terre dans des débris de bois épars, au milieu d'une énorme flaque de bière qui empestait la pièce, et levant le nez, stupéfait, Youri vit une corde, terminée par un nœud coulant, qui pendait au-dessus du demi-géant, accrochée à la grosse poutre qui traversait la pièce sous le plafond.
« Areed ? Que se passe t-il ?
— Oooh, sanglota celui-ci, c'est ho… horrible… Bouhouhou… Je voulais… mourir… MOURIR ! Mais ce putain de… bouhou… de tonneau n'a pas… pa-haaaa… supporté mon poids-waaa-aaaah !
— Hé bé merde, heureusement, ça t'a sauvé ! lança le jeune en allant à la rencontre de son ami, les pieds dans la bière. Allez, relève-toi, idiot, et arrête tes bêtises ! Cette histoire est une grosse erreur que tu as faite, Areed, mais tu es la vict…
— Mais noooon ! Ce n'est pas… Bouhouhou-hou… Pas ça ! Il s'est pa… il s'est passé un truc… horriiiiible tout à l'heure… Je veux mourir ! Mourir !
— Quoi ? Que s'est-il passé ?… Areed ? Où sont les autres ? »

Le demi-géant ne répondit rien, gémissant en pleurant à chaudes larmes, et Youri ne put même pas l'aider à se relever.
Il soupira, chercha des yeux des indications sur ce qui aurait pu se passer, et découvrit la présence étrange, près de la porte d'entrée, d'un sac à main vert vif…
Il eut aussitôt envie d'éclater de rire en comprenant que ce sac à main devait être le terrible dragon tueur que quelqu'un (sans doute Athéna Mc Gottadeal, comme elle en avait formulé la menace) avait transformé en inoffensif article de maroquinerie, assez classe au demeurant.
Areed, inconsolable, continuait à chialer comme un môme de trois-cent kilos.

« Bon, tu veux bien me dire ce qui s'est passé ? reprit Youri patiemment, pas franchement ravi de perdre du temps les deux pieds dans la bière brune. Les autres, ils sont où ? Retournés à l'école ?
— Oooou-oooou-i… Ils sont repar… partis… C'est affreux Yooooouri… Bou-houhou-hou… tout est de ma fau-ho-ho-hote ! J'ai tellement honte… Je veux mooou…
— Non, tu ne vas pas mourir ! répliqua Youri soudain en criant, d'un seul coup très en colère. Remue-toi, merde ! Tu vas décrocher cette corde à la con, nettoyer ta cabane, et retrouver un peu de sens commun et de DIGNITÉ !! »
Le demi-géant le regarda, stupéfait, à travers ses larmes, et le jeune homme enchaîna, toujours énervé : « Allez ! Relève-toi ! Arrête un peu tes conneries, ça soulagera tout le monde !
— Je suis une… calaaaamitéééé ! reprit Areed en hoquetant.
— JUSTEMENT ! Arrête de réagir comme un gamin, conduis-toi en homme, redresse la tête et arrête, bordel, de t'apitoyer sur toi-même ! C'est insupportable. Et ça ne nous aide pas ! Si on doit EN PLUS s'occuper de tes états d'âme, on va pas y arriver ! Fais-toi un peu oublier, Areed, en assurant, pour une fois ! Relève-toi, et explique-moi ce qui s'est passé…
— Oh noooon, j'ai trop honte, Youri ! »

Le jeune homme regarda, fatigué, celui dont il se demandait franchement si c'était son ami, qui cachait son visage plein de barbe et de larmes dans ses larges mains, il soupira et conclut qu'il n'obtiendrait rien de lui, à moins d'y passer beaucoup de temps, et comme il avait avant tout besoin de calme et de repos, il se décida à faire autrement pour comprendre ce qui avait pu se passer dans cette cabane.
« Bon, écoute Areed : je vais te laisser ranger tout cela et retrouver tes esprits, ça vaudra mieux pour tout le monde. Juste une question : Cordery, Run et Mc Gottadeal, ils sont où ? À l'école ?
— Oui… Oui, ils ont dû rentrer… C'est trooop triste !
— Bon, je les rejoins. Mais promets-moi, s'il te plaît, de ne pas faire de conneries, de laisser tomber l'idée de mourir, c'est absurde ! Quelle que soit la réalité des événements, il faut l'affronter, sinon on va tout perdre, tu comprends ? Nos ennemis sont là et ils comptent là-dessus, tu piges : qu'on laisse tomber, qu'on arrête de se battre. Tu comprends ?
— Oui… Oui Youri. Merci de me… de me dire ça… Je suis un gros con.
— Ça c'est sûr que tu es un gros con ! s'exclama Youri joyeusement. C'est comme ça qu'on t'aime ! Mais un gros con mort, ça nous embêterait beaucoup, alors reste en vie, nettoie cette bibine qui pue, et remets-toi les idées en place… On a besoin de toi dans le combat qui nous attend… !
— Ce que tu ne sais pas… répondit Areed d'une voix hésitante et chargée de sanglots, c'est que le combat est perdu maintenant…
— Hein ? Ça m'étonnerait ! décréta Youri d'une voix forte malgré son inquiétude à entendre cette sentence sur le combat perdu. Je te laisse, à plus tard. Arrête tes conneries, OK ? »

Il sortit de la cabane en se demandant ce qui avait pu motiver les propos lugubres du demi-géant.
Mais ce n'était pas bon signe…
Comme si le ciel l'entendait et reflétait son état d'esprit tourmenté, le soleil disparut derrière de gros nuages, et la température baissa franchement au gré du le vent qui se levait pour balayer les collines enneigées.

Quand il arriva en vue de l'école, la lumière avait nettement diminué, et du ciel tout blanc tombaient les premiers flocons.
Il frissonna, accéléra le pas.
D'après le silence et la cour déserte, les élèves n'étaient pas revenus de leur sortie au village de Courtyard-Bakon.
Ne sachant où retrouver ses amis, il fonça dans les escaliers vers la salle commune des Morhonpionsse.
Dans la grande cheminée crépitait joyeusement un bon feu de bois, mais c'était la seule chose qui était joyeuse : face à l'âtre qui irradiait d'une bonne chaleur, assis dans les grands fauteuils rouges, Cordery et Run, très pâles, le regard vide et les yeux rougis, semblaient complètement abattus.
« Hello ! lança Youri. Que se passe t-il ?
— Rien ne va plus, répondit Run d'un voix lugubre. Tout va se terminer très vite… et de la pire des façons.
— Quoi ? Vous aussi vous voulez vous pendre, comme Areed ? »

Ses deux amis sursautèrent et le regardèrent vivement, tirés brusquement de leur déprime : « Hein ? s'exclama Cordery. Il s'est… pendu ??
— Non, il a raté son coup : le tonneau de bière où il voulait grimper a cédé sous son poids. Et heureusement, sinon c'est la poutre où il avait attaché la corde qui aurait lâché, et il se serait pris le toit de sa cabane sur la tronche ! »
Run et Cordery, stupéfaits, se mirent à rire, et Youri crut qu'il allait pouvoir obtenir d'eux un récit de ce qu'il s'était passé.
« Bon, vous me racontez ? Notre gros ami n'a pas pu me dire ce qui s'était passé tellement il chialait. Quelqu'un m'explique ? »
Run soupira, à nouveau blême, et Cordery serra les lèvres dans une grimace douloureuse.
« Alors ? insista Youri. Vous commencez sérieusement à me fatiguer !
— C'est tellement… terrible, murmura Cordery. Nous sommes… Nous sommes directement en cause, maintenant…
— Nous ? Qui ça, nous ? »
Des larmes se mirent à couler sur les joues de la jeune fille, tandis que Run, visiblement accablé, regardait les motifs du tapis.

Youri, surpris et inquiet, dévisagea ses amis.
Il n'était plus agacé, et n'avait plus du tout envie de dormir, d'aller se coucher pour se reposer de ses émotions : il fallait qu'il sache, et vite, ce qui avait pu arriver de si dramatique !
« Bon, les amis, je vais essayer de voir Athéna, elle, elle pourra peut-être me raconter enfin de quoi il s'agit, parce que le moins qu'on puisse dire, c'est que vous n'êtes pas d'une aide déterminante ! »
Il sortit de la salle commune et se lança dans les couloirs et les escaliers d'un pas rapide : il voulait voir Mc Gottadeal avant que les élèves ne rentrent de leur sortie et que l'école soit pleine de monde.

Il allait frapper à la porte quand elle s'ouvrit devant lui, et derrière son bureau la directrice l'invita à entrer et à s'asseoir.
Un peu intimidé, il prit place sur le siège en face d'elle. Mc Gottadeal était pâle, et malgré sa maîtrise d'elle-même, le jeune homme vit bien qu'elle aussi était très affectée. Mais par quoi ?
Il raconta son passage chez Areed, et le silence bouleversé de ses amis, et lui demanda ce qu'il s'était passé de si tragique en son absence.
« Quelque chose de tragique, oui, c'est le mot, approuva la directrice, la mine grave. Et encore n'était-ce là que la préparation du pire. »
Youri, attendant qu'elle raconte, garda le silence.

« Après ta sortie spectaculaire, reprit-elle, nous sommes restés un peu abasourdis. Et puis… Areed a continué à pleurer, je lui ai moi-même dit ma façon de penser, plus calmement, mais c'était très clair. Et puis… à un moment, il a relevé la tête, il s'est foutu en rogne contre moi, criant que personne le comprenait, qu'il souffrait, que c'était à cause de moi et du sort que je lui avais jeté, etc. Le ton est monté très vite, il était très en colère, et le dragon, lui, était agressif, et je peux te dire que nous n'étions pas rassurés, du tout. D'autant que… j'ai dit quelque chose que… que je n'aurais pas dû avouer. C'était une erreur de ma part.
— Quoi ? demanda Youri.
— J'ai signalé que je n'avais aucun moyen de contrer une attaque de la bestiole… Car effectivement, le venin de cette saloperie de dragon (je te parle franchement !) est si foudroyant et si terriblement corrosif qu'il n'y a pas de formule efficace, ni d'antidote.
— Et pourquoi n'auriez-vous pas dû dire cela ?
— Parce que notre gros ami en a profité, tiens ! s'exclama Athéna. Il a compris qu'il pouvait nous menacer tranquillement avec son dragon, et obtenir ce qu'il voulait…
— Et il voulait quoi ?
— Tu ne devines pas ? questionna t-elle avec un sourire triste et ironique. Mater, pardi ! Assouvir ses désirs frustrés ! Et il avait sous la main, à disposition et sous la menace de son arme, celle qu'il désirait : Cordery. Il lui a demandé de se déshabiller pour lui.
— Putain ! Quel fumier ! s'exclama Youri.
— On peut résumer cela comme cela, reconnut-elle. Mais c'est avant tout quelqu'un de désespéré, de très seul et…
— Que dalle, oui ! lança Youri, hors de lui. Vous lui trouvez encore des excuses, mais il y a d'autres types qui sont malheureux, et sûrement plus que lui, et ils ne se conduisent pas pour autant comme des porcs ! C'est AVANT TOUT un obsédé dégueulasse !
— Oui, tu as raison, admit-elle, l'air grave.
— Continuez, je vous en prie, reprit-il, plus calme, après un soupir. Je ne vous interrompt plus…
— Areed a posé le dragon juste devant nous. Il aurait braqué un fusil mitrailleur sur nous, ça aurait moins dangereux. Alors Cordery… a obéi, elle s'est déshabillée. Areed a sorti son… son sexe. Il lui a demandé des choses… immorales.
— Quoi ? s'exclama le jeune homme, horrifié. De le… toucher, de le tripoter ?
— Non : lui, il se tripotait, mais il lui a demandé de se caresser elle-même, devant lui. Et là, j'ai vu que Run était prêt à lui sauter dessus pour le tuer, au mépris de la menace du dragon, il était tellement furieux qu'il était vraiment au bord de l'explosion !
— Oh, bon sang, je le comprends ! rugit Youri. Face à ce salaud, j'aurais moi aussi réagi en dépit du danger ! Et… Que s'est-il passé ? »

La directrice ferma les yeux, la mine crispée, puis elle soupira, adressa un sourire contraint au jeune homme en face d'elle et reprit son récit :
« Il fallait que je fasse quelque chose, que j'intervienne. J'ai donc demandé à Areed de la laisser tranquille, et j'ai moi-même commencé… un strip-tease suffisamment… comment dire… sensuel pour attirer son attention et qu'il ne s'intéresse plus à Cordery, et que Run puisse se calmer un peu, avant qu'il perde son self-control et qu'on soit attaqué par la bestiole.
— Et ça a… marché ?
— Heu oui, tout à fait. L'attention et… l'excitation de notre ami s'est focalisée sur moi, j'ai tout fait pour cela, ajouta t-elle en rougissant quelque peu. Et pour être tout à fait… honnête, l'attention de Run et de Cordery a été également… aiguisée par ma petite… prestation, et… bref, ils ont commencé à faire l'amour. Je t'explique cela pour que tu… heu… que tu imagines la scène…
— J'imagine bien, oui, rétorqua Youri d'une voix étranglée.
— MOI AUSSI, ma chère ! » s'exclama une voix enthousiaste sur la droite, qui fit violemment sursauter Youri, et dans une moindre mesure, Athéna Mc Gottadeal.

Il chercha du regard d'où pouvait venir la voix, et il aperçut alors le visage jovial du comte de Clift dans son tableau, tandis que la directrice lançait d'une voix sévère : « Je me passe volontiers de vos commentaires ! Si vous pouviez garder le silence, je vous avoue que cela m'arrangerait !
— Bien sûr chère amie, mais sachez que je me délecte de votre récit, même elliptique et édulcoré, cela stimule d'ailleurs l'imagi…
— TAISEZ-VOUS ! IMMÉDIATEMENT ! » ordonna la directrice en hurlant.
En affectant une mine effrayée malgré son rire, le comte fit mine de rentrer dans le décor de son tableau.

« Quel insupportable pitre ! décréta t-elle rageusement. Je me serais volontiers épargné cette remarque ! D'autant que… »
Elle avala sa salive, visiblement remuée, et encore sous l'effet de la colère, elle se bloqua légèrement, et Youri en la dévisageant, inquiet, tenta de l'aider d'une voix hésitante : « D'autant que quoi ? Que s'est-il passé, Madame ?… »
Elle respira un grand coup, profondément, les joues rouges.
« C'est à ce moment-là que… Que Vlado est apparu dans la cabane, et qu'il a fait des photos de nous.
— Quoi ?? s'exclama Youri, stupéfait.
— Il a utilisé lui aussi un Passage trans-lieu, dans la cheminée, comme son Maître, sauf… qu'il est apparu en éclatant de rire tandis que les flashes crépitaient de partout. Comme tu… Comme tu l'as compris, Areed était en train de se masturber, j'étais face à lui… heu… en train de me caresser sur une chaise, et… Run prenait Cordery par derrière… Oh… Je t'assure, nous avons cru mourir. Tout simplement mourir. Et… nous aurions préféré mourir, en fait.
— C'est… terrible, bredouilla Youri. Et… est-ce que Vlado a dit quelque chose ?
— Oui. Il hurlait de rire, il triomphait, il s'est exclamé… Je te répète exactement ses paroles, tout son discours : "Hé bien, jolie scène ma foi ! Il s'en passe de belles à Bootbakon ! Le Ministre sera très très choqué d'apprendre tout cela… ! Et les familles, donc, ce sera horrible : leurs chers petits dans cet antre du vice, de débauche, de sexe… Orgie et dépravation. Ah, mes chers amis, il est temps qu'arrive la Révolution Noire, que les vicieux brûlent en enfer de l'enfer ! Et vous venez de nous y aider. Je vous adresse un immense merci de la part de mon Maître. Je l'entends rire d'ici. Pas vous ?" Nous étions pire que mortifiés, comme tu peux le deviner, et il a ajouté en riant à nouveau comme un fou : "C'est tellement inespéré, ce que je viens de voir et de photographier, que je pense que je ne montrerais cela au Ministre qu'à la fin de sa visite. Je vais vous laisser vous débattre, et puis… avant qu'il ne parte, il découvrira la joyeuse vie extra-scolaire du plus prestigieux établissement qui existe. Nul doute qu'après de telles révélations, l'école disparaîtra. À moins que je n'obtienne d'en devenir le directeur ? Je ne sais pas si je ne suis pas un peu jeune, tout de même… Vous pensez que je dois demander directement, ou bien j'attends un peu, quand vous serez condamnés et emprisonnés à Aztrakan ?" Voilà ce qu'il a dit, et puis il a éclaté de rire, et il a disparu… »

Pâle et désemparée, la directrice se tut. En face d'elle, Youri était accablé : la fin de l'histoire était scellée, ce piège se refermait, plus terrible encore qu'après l'histoire du dortoir.
« C'est effrayant… souffla t-il.
— Oui. Et je suis sans doute respon…
— Non, Madame, l'interrompit soudain Youri, étonné lui-même par ses propos. Nous avons sans doute fait ce que nous devions faire. Nos ennemis sont impitoyables, et il se trouve qu'ils ont en mains toutes les armes de leur victoire.
— Oui : leur victoire, hélas ! admit Mc Gottadeal, le regard vague, et le jeune homme vit rouler une larme sur sa joue. Le sexe, c'est sûr, nous a perdu, ajouta t-elle, a scellé notre destin à tous.
— Non, répliqua Youri avec calme. Ne dîtes pas cela. Le désir… qu'y a t-il de plus beau que le désir ? Devons-nous regretter le désir et le plaisir comme une faiblesse, une faute honteuse ? Le désir est-il anormal, est-il hors de nous ? Est-ce une malédiction, un défaut de fabrication des esprits libres ? »

Un peu perplexe, Mc Gottadeal dévisagea Youri, elle sentait une mystérieuse détermination chez le jeune homme assis en face d'elle, le regard brillant d'une lueur étrange.
« Vous savez, en sortant de la cabane, il m'est arrivé quelque chose de très curieux, inattendu, et de… magnifique. »
Le jeune homme raconta son histoire : le bonhomme de neige et ses propos énigmatiques, la forêt, la louve, la clairière et le centaure. Il évoqua alors de la prophétie.

« Savez-vous de quoi il s'agit, Madame ?
— Non, j'avoue que je n'en sais rien, avoua la directrice. Le monde de la Magie et celui des créatures magiques n'est pas le même, et par principe, les créatures magiques entretiennent leurs propres mythes, leurs propres croyances, vivent dans un monde qui est le leur, et qui les protège… »
À ce moment-là, le comte de Clift sortit du silence : « Mes excuses, jeune homme… ?
— Oh, je vous en prie, taisez-vous, lança Mc Gottadeal, agacée. Mais Youri se tourna vers lui :
— Oui ?
— Une centaure est venue ? Celle de la prophétie ?
— En effet, répondit sobrement Youri, le cœur battant soudain fort au souvenir d'Ilinilia.
— Et… Êtes-vous ensemble allés jusqu'au bout ?
— Oui, Monsieur le comte. Et par deux fois.
— Et que disait exactement cette prophétie, je vous prie ?
— Je ne l'ai découverte qu'au fur et à mesure, expliqua Youri, mais au final, elle disait… attendez que je me rappelle exactement… Youri fronça les sourcils et récita : "Un jour blanc (à cause de la neige, en fait), l'homme à la Liqueur Sacrée (c'est moi) viendra dans la clairière, amené par une louve pleine (ce que je viens de vous raconter, elle était trop belle !). Il ne connaîtra l'accomplissement de la Prophétie qu'en la découvrant lui-même, par la parole de ceux qui le guideront (ça veut dire qu'on m'a raconté tout ça par petits bouts, voyez ?). Devra venir à lui celle du Peuple des hommes-chevaux et qui n'est pas que jument (en fait, elle… avait… un sexe de femme, elle était magnifique, absolument fabuleuse !) et qui naquit dans les éclairs (elle est née une nuit d'orage, et attendait depuis sa naissance que… qu'un type comme moi débarque), ensemble ils chevaucheront et connaîtront le volcan (ça veut dire faire l'amour) sans que la femelle de double-appartenance qu'il rendra femme ne perde la lave sacrée (ça, vous comprenez, c'est comme le texte dans la bibliothèque me concernant). Alors, ils auront tous deux reçu le don de l'Alliance des dieux conjoints des Centaures et des Minotaures, et s'en verront transformés (ce truc-là, je ne suis pas sûr d'avoir compris). Elle sera femme aussi bien que Centaure selon sa volonté (en fait, je l'ai vu de mes yeux vu : elle devient femme ou se retransforme en centaure comme elle veut, c'est du délire !), et régnera sur son peuple en Reine (c'est cool pour elle !), selon son destin du premier jour (elle attend cela depuis sa naissance, comme je vous disais !). Lui sera homme et sorcier aussi bien que Minotaure, il aura le pouvoir des désirs, qui échappe à toute magie (ça, je ne sais pas du tout de quoi il s'agit, j'ai rien pigé), pour mener ses combats contre l'Ombre qui, depuis le premier jour, menace sa vie et l'Équilibre des choses visibles et invisibles" (là, c'est de Lord Tombfroide qu'il s'agit, comme on l'aura compris).
— Oh, Grands dieux ! s'exclama le comte d'une voix forte. Que votre récit est troublant et me bouleverse, moi qui ne suis plus qu'une ombre et qui pensais que tout avait perdu son sens et que le temps s'égrainait sans but ! Mon jeune ami, ainsi… Vous êtes donc minotaure ??
— Hé bien… oui, je pense, puisque la prophétie a été accomplie. Mais me concernant, je ne comprends pas du tout de quoi il retour…
— Nous sommes frères ! s'écria le portrait. Je suis moi aussi un minotaure ! Et même… je comprends tout !
— Quoi ? Vous comprenez quoi ?
— La prophétie de 1547 ! s'exclama le comte. Approchez, jeune homme, approchez ! »

À suivre…

Modifié par Riga, 28-05-2013 - 06:46.

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#19 chris34070

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Posté 31-05-2013 - 17:55

Bonsoir j'adore cette histoire j'espère pouvoir lire la suite et la fin dans les prochains jours Image IPB
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#20 Riga

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Posté 31-05-2013 - 23:41

Voir le messagechris34070, le 31-05-2013 - 17:55, dit :

Bonsoir j'adore cette histoire j'espère pouvoir lire la suite et la fin dans les prochains jours Image IPB

Ça me fait très plaisir, tant mieux.
Merci, la suite, je peux encore quelques épisodes, mais la fin, je n'en ai qu'une vague idée pour l'instant : un principe de base, une hypothèse… !

Bonne fin de nuit, à très bientôt.
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