_Il y avait un silence palpable. il y avait devant moi la
lune vierge, dont la pâleur marquée de noir s'écartelait.
La flûte cria; mon souffle retrouva sons assise. Mon sexe
se tendit vers sa cible, que l'ombre de la toison rendait
pareille à l'âme de la nuit, et malgrè moi je hurlai, car
l'axe du monde à cet instant me renversa.
_Un bond,alors, me jeta vers la lune nouvelle. Mon
sexe baigna dans l'humidité de ses lèvres, mes mains
prirent ses seins, ma bouche sa bouche, et nous commen-
çâmes de tomber à travers la nuit, cependant que mon
pilier de chair recevait un hommage de sang vierge, qui
fuma sur mes couilles. Mon sexe, aynat forcé l'entrée,
courait entre les parois palpitantes pour atteindre le fond
de la gaine douce. On faisait cercle autour de nous; on
était suspendu au rythme de notre souffle. Peau à peau,
j'adhèrais à la lune nouvelle, la fécondais du terreau bru-
nâtre de mes blessures tandis que mon sang neuf huilait
notre rencontre. De temps à autre, je retirais mon sexe
rougepour qu'o, le voie saillir entre nos jambes, puis se
précipiter, ressortir et se précipiter encore. La nuit, où
nous coulions, accrochait à nos os des mystères que le
vent de notre course suffisait à résoudre. Il y eut comme
un trou d'air, une chute dans la chute, mais à cet instant,
je sentis qu'on m'enlevait : des mains m'avaient saisi aux
épaules et aux jambes, et je fus arraché. Enfin, on me
retourna, et soulevé à bout de bras, je vis le ciel contre
moi et le lait de ma semence jaillit, si bien que la lune
nouvelle put glisser vers le sommet de la nuit et y ouvrir
un trou doré.
_Matopecado, cria la foule.
Bernard Noël sous le pseudonyme d'Ubain d'Horlac (1969) - le château de Cène - (Aux Editions, Jérôme Martineau à Paris).
(Puis aux Editions Jean-Jacques Pauvert en 1971, rééditée en 1975, puis aux éditions l'Arpenteur en 1990, Puis chez Gallimard en 1990 & 1993...)
Vous le trouvez actuellement au format "poche".
Je ne suis pas un ami du format poche.
Je trouve que ce type de livre est illisible, et qu'il manque une forme esthétique
à la composition et la mise en page, bien sûr aussi une question de typographie.
Ce qui rend ce format tout à fait dégueulasse. Disons qu'on y perd, en le pratiquant,
une grande partie du plaisir de lire.
Il faut reconnaître un avantage, cependant à ce genre de livre:
ça fait super clean dans la bibliothèque. Ce coté pas un livre qui dépasse,
bien rangés, tous sur une même ligne...
;-)
Aussi, je vous recommande vivement d'acheter d'occasion, une des
éditions abordable à l'oeil.

Cette scène impossible à illustrer d'une image ou de quoi que ce soit.
Sans doutes, l'explication au fait que ce roman/fable/conte n'ait jamais
été "adapté" ni à l'écran pas plus qu'au théâtre. (Chef d'oeuvre dont je
recommande la lecture).
Au sujet du théatre, une simple recherche sur le web m'aurait assuré de mon affirmation péremptoire :
(Mais que je sache donc, pas d'adaptation cinématographique.
Bien que, Bernard Noel se soit intérressé de très prés au cinéma pour avoir été acteur, ou qu'il ait écrit
spécifiquement pour - La Bataille Navale de Patrick Brunie).
Le château de Cène au théatre
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