Ce goût sur le bout de ma langue me renvoie à mes premiers émois d’homme amoureux. J’avais 17 ans, elle à peine 16, mais en ce milieu des années 80, la libération sexuelle battait son plein peu avant l’air du sida et de l’ombre noire qu’il jettera sur tout rapport amoureux quelques mois plus tard. Cette gamine fut ma première "vraie femme", affreusement délurée, elle n’avait de cesse d’initier le presque puceau que j’étais aux différentes techniques que les magazines féminins de l’époque vantaient comme "obligatoires pour enfin atteindre la jouissance". Mon tout premier cunnilingus eut donc lieu sur le canapé parental, par une belle après-midi de congés scolaires. Au-delà de la peur que m’inspirait l’idée de nous faire surprendre et de la sensation de sa toison –l’épilation du pubis était encore à cette époque là, réservée à une minorité- sous ma langue qui aurait dû me rebuter, pouvoir enfin goûter ce nectar fut un moment divin. Sentir grossir sous ma langue son clitoris, titiller ses petites lèvres, puis introduire ma langue par à-coup dans son vagin me menas au bord de l’extase. Dès lors, je n’avais eu de cesse avec mes nombreuses compagnes que de retrouver ce goût délicat, légèrement amer, mais si doux en bouche à jamais gravé dans ma mémoire.
Tout à coup, dans un flash, je me revois enfin, nu sur mon lit, agenouillé entre les jambes de cette beauté blonde qui ne peut être –et qui n’est, j’en suis certain à présent- que la fille de mon collègue. Une main posée sur son ventre chaud, ma bouche s’approche doucement de son sexe presque imberbe. Les effluves du désir qu’elle libère m’enivrent au-delà du raisonnable, sa respiration haletante finit de faire tomber mes résistances. Je m’apprête à lécher, mordiller, sucer ce sexe de jouvencelle qu’elle m’offre avec toute la candeur de ses 19 ans. Incapable de me raisonner, je suis comme hypnotisé par ce sexe béant, luisant d’envie et d’humeurs, ces nymphes brillantes et déjà rouges du désir. Ma bouche lentement se dirige vers l’inéluctable, je dois perdre la tête, je le sais, mais mon désir d’offrir à cette jeune femme ce vers quoi tout son corps se tend est plus fort que mes quelques rares éclairs de raison. Lorsqu’enfin ma langue goûte à ce fruit défendu, je sens les mains de ma compagne s’agripper à mes cheveux pour accompagner ma caresse… les deux jambes d’Anaïs s’écartent peu à peu alors qu’un soupir -que je sens naitre sous ma main toujours posée sur son ventre- s’échappe de sa bouche vermillon. Ma langue ramène à ma bouche un suc délicat, mais affolant, réminiscence de la toute première amoureuse à qui j’avais prodigué cette caresse. De mes doigts, j’écarte les nymphes humides de ma compagne pour accéder encore plus à son intimité. Ma langue sans jamais s’y poser tournoie autour de son clitoris déjà gonflé. De ma bouche, je suçote alternativement ses petites lèvres, puis laisse rôder ma langue à l’entrée de son vagin, sa vulve douce, épilée de près, me semble de plus en plus chaude alors qu’à la force de ses jambes, son corps se tends vers le plaisir. J’en profite alors pour glisser ma main gauche sous ses fesses, pour venir de mes doigts caresser son sillon en m’attardant au pourtour de son anus. Sa respiration s’intensifie et quelques mots viennent enfin ponctuer chaque mouvement de ma langue : « oui… oui… suce-moi… vas-y… oui… c’est bon… oui… fais moi jouir…» dès lors, ses doigts se crispent dans ma chevelure. Je l’emmène à la jouissance, ma langue se pose sur son clitoris dardé, presque violacé de désir, qui appelle les caresses, alors que de mon index et mon majeur assemblés, je pénètre son antre humide sans plus de préliminaires. Mes doigts simulent un va-et-vient de plus en plus rapide et tout en essayant de résister aux soubresauts de plaisir de ma belle, j’aspire enfin entre mes lèvres fermées son bouton bandé. Ses jambes se ferment alternativement, emprisonnant ma tête entre ses cuisses au gré de ses convulsions, jusqu’à ce que ses doigts plantés dans mes cheveux plaquent mon visage sur sa vulve… un râle sonore s’échappe alors de sa bouche et je sens ses sucs intimes couler le long de ma main toujours fichée en elle. Tout son corps est à présent tendu et de ma main gauche, j’accompagne ce mouvement vers le haut, les doigts plantés entre ses rondeurs. « Je jouissssssssssss….. »
°°°
- Nana !!!! Attends-moi !
La blonde jeune femme ainsi apostrophée se retourna vers la petite brune qui tentait malgré ses hauts talons de courir à sa poursuite.
- C’est bon Céline, calme toi, je t’attends ! Tu vas faire un vol plané à courir ainsi avec tes chaussures de greluche…
- Pfuuu c’est malin… des Louboutin !!! Tu te rends compte que j’ai bossé tout un mois pour me les payer mes « chaussures de greluche » ?
- Oui et bien justement… c’est ridicule… moi lorsque je bosse c’est pour me payer le permis, une voiture… tu vois, des trucs utiles quoi !!! Bref, qu'est-ce qui t’arrive encore ? Tu as perdu ton billet de train ?
- Non, justement, je voulais te dire… finalement Xavier viens me rejoindre ici… on va profiter un peu de la ville durant le week-end avant de rentrer… alors je rentre pas avec toi, et…
- Oui, j’ai compris, il faut que je trouve un taxi de la gare à chez mon père… pas de soucis, ne t’inquiète pas, je vais lui téléphoner, il pourra bien venir me chercher ! Et… profite bien !
Un sourire ravi s’inscrit à ses mots sur les lèvres pulpeuses de la brune.
- Oh que oui, je vais profiter… j’ai des envies de dingueeeee, j’te dis pas…
- Oui, c’est bon, me dis pas… file maintenant… on se téléphone dans quelques jours…
Les deux jeunes femmes se plaquèrent deux grosses bises sur les joues puis se séparèrent reprenant chacune leur chemin. La blonde sortit alors de la poche arrière de son jean son portable et tapota l’écran tactile avec des gestes précis démontrant une longue habitude technologique. Elle porta ensuite l’appareil à son oreille, le regard perdu vers les hautes tours surplombant la ville. Elle n’avait qu’une hâte, reprendre enfin ses promenades dans la campagne entourant la maison de son père pour oublier tout ce gris béton qui l’étouffait de plus en plus.
- Allo, p’pa ? Oui c’est moi, tu te souviens que je rentre ce soir ?
Un sourire doux se dessina sur ses lèvres à la réponse de son interlocuteur.
- Oui, et ben justement, tu peux venir me chercher à la gare à 20h36 ? Non, non, je suis toute seule… Oh ben zut, comment je fais alors ? Chloé est là ? Non ? Pfuuuu….
La post adolescente porta alors à sa bouche ses doigts et mordilla ses ongles avec un geste de petite fille perdue. Son sourire s’était effacé.
- J’ai pas envie de prendre un taxi p’pa, dit-elle avec une moue enfantine.
Elle continuait toutefois à avancer d’un bon pas, indifférente aux brouhahas des étudiants, qui tenant une valise, qui avec un sac de voyage, s’apostrophaient avec la joie qu’engendre les fins d’années.
- Ton collègue ? Qui ça ? Non connais pas… mais t’es sur ? Ça va pas l’ennuyer ?... Comment je vais savoir que c’est lui ?... Une photo ? D’accord… T’es sur que c’est pas un pervers au moins ?... Mais non, je rigole ! Tu lui demandes et tu m’envoies sa photo alors, ok ? D’accord, dis-lui que j’arrive à 20h36… je te laisse mon papounet, je vais faire ma valise… Bisous !
La jeune femme, poussa la porte menant au hall de sa résidence universitaire, et se dirigea vers l’ascenseur. Elle poussa un soupir puissant à la vue de l’affichette annonçant la énième panne de celui-ci et tourna les talons pour aller emprunter l’escalier. Deux étages… ça va… heureusement qu’ils avaient prévu son père et elle de revenir dans la semaine prochaine vider sa chambre, elle n’aurait qu’un simple sac à descendre aujourd’hui…
Alors qu’elle arrivait sur le palier du deuxième étage, son téléphone qu’elle avait conservé en main émit un petit bip annonciateur de message… son père lui envoyait sans doute la photo de son collègue-taxi d’un soir…
Elle porta nonchalamment l’écran devant ses yeux et ce geste l’arrêta net dans son déplacement. Après un moment où n’importe qui aurait pu lire l’incrédulité dans ses yeux, sa bouche se tordit en un sourire narquois. Ce visage, elle le connaissait… le voir s’inscrire ainsi sur l’écran de son téléphone lui remémora avec une excitation teintée de honte, sa séance d’onanisme sur la terrasse de son père l’année dernière. Ainsi, il s’appelait Armand, celui avec qui cette chère Chloé cocufiait son père ! Cet homme qu’elle avait vu sodomiser sa belle-mère était donc ce collègue de travail qui devait lui servir de chauffeur ce soir. Les picotements qui se réveillaient dans ses lèvres intimes à la vue du si beau visage entrevu dans la chambre de son père lui rappelèrent la promesse qu’elle s’était faite ce jour-là. Le désir de posséder cet homme comme sa belle-mère l’avait possédé, de le faire jouir en elle et près d’elle se réveilla subitement. En fermant les yeux, elle pouvait revoir le corps si beau au sexe dressé qui l’avait tant émue. Le destin s’en mêlait et elle n’avait aucunement l’intention de laisser passer cette occasion, il serait à elle ce soir, elle en avait décidé ainsi et ses jolis yeux renvoyaient maintenant, au travers de la pièce, sa détermination profonde.
Elle jeta en toute hâte ses affaires dans sa valise, mélangeant vêtements sales et propres. Elle en profita pour changer sa culotte blanche et son soutien-gorge sage par un boxer sexy rouge et le balconnet assorti. Sa trousse de maquillage trouva sa place dans son sac à main pour la retouche dans le train. Elle n’avait pas le temps de se pomponner, il fallait avant de se rendre à la gare qu’elle trouve son ami Guillaume, son sex-friend régulier. Il était sans doute au « Point Central », le bistrot attitré des étudiants les plus fêtards de tous. Après avoir envoyé un SMS le prévenant de son arrivée –SMS qu’il ne verrait que dans quelques heures lorsqu’il aurait enfin l’idée de consulter son portable- elle décida de s’y rendre. Il était bien là, accoudé au comptoir comme à son habitude, refaisant le monde en tablant sur sa fin prochaine en 2012 avec ses compagnons de délires. Le convaincre de lui revendre une partie de sa cargaison d’extasy liquide contre la promesse de ne pas l’utiliser elle fut un jeu d’enfant …
- Fais gaffe Nana, je veux pas que tu prennes ça toute seule hein ! C’est pas un jeu pour une petite fille comme toi…
- Je te jure Guillaume, c’est pas pour moi… c’est pour faire une blague à un collègue de mon père ! Promis, juré…
- Vas y doucement alors, ça risque de le secouer plus que tu ne le penses… Il t’a fait quoi ce mec ?
Après quelques dernières négociations, elle le quitta tenant dans la main un tout petit flacon qui contenait pour elle la promesse de réalisation d’un de ses fantasmes les plus fous. Elle savait maintenant qu’elle allait faire l’amour à l’homme qui la hantait depuis un an. Elle misait pour cela sur la drogue qu’elle tenait en main, et ceci afin de faire tomber les quelques réticences que pourrait avoir Armand à faire l’amour à une fille qui avait l’âge d’être sa propre fille, mais qui surtout, était la fille de son collègue de bureau. La morale ne semblait pas l’étouffer puisqu’il était capable de faire l’amour à la femme de son ami dans le lit marital, mais deux précautions valaient mieux qu’une et même si elle pouvait compter sur son physique attirant, elle désirait mettre toutes les chances de son côté.
Elle glissa prestement le flacon dans son sac à main et attrapant la poignée de sa valise, entreprit de se rendre à la gare avec une avance qui lui permettrait de se remaquiller tranquillement.
°°°
Cette petite garce m’a littéralement allumé… Dés sa sortie du train et alors que je l’attendais sur le quai de la petite gare, je l’ai vue approcher –femme fatale- avec un sourire ravageur à réveiller un mort et un décolleté laissant voir la dentelle carmin de son soutien-gorge. Son "bonsoir monsieur, c’est gentil à vous d’être venu" lâché dans un soupir me troubla plus que ce que je ne laissai paraître. Pourtant, j’étais à cet instant bien décidé à résister. Déjà parce que le souvenir des quelques colères de Richard auxquelles j’avais assistées, auraient refroidi le plus vigoureux des lutteurs turcs, mais surtout parce que cette fille malgré tout les atouts féminins qu’elle savait mettre en avant, sortait seulement de l’adolescence. Le fantasme de la très jeune femme était pourtant bien présent en moi depuis quelques années, mais j’avais tendance à penser que certains fantasmes devaient rester éternellement à l’état de rêves et celui-ci entrait dans cette catégorie. Non par morale, mais par crainte de perdre mes moyens devant ce genre de belle jeune femme. Je me souviens lui avoir posé les questions d’usages sur son voyage, et ce afin de lui cacher mon trouble et elle, m’a rapidement avoué avoir oublié la clef de la maison de son père dans sa chambre, tout en me proposant de la déposer dans un café où elle pourrait attendre son retour prévu vers 23h. Les choses s’étaient ensuite enchainées. M’avait-elle drogué (car j’en étais certain à présent, je n’étais pas dans mon état normal durant cette nuit) au café ou je n’avais pas voulu la laisser seule ? Ou l’avais-je invité à boire ce verre de vin malgré le danger qu’une telle invitation pouvait représenter ? Avait-elle, à ce moment-là, réussi à glisser dans mon verre la substance illicite ? Toujours est-il, que la mémoire me revient peu à peu, des images d’une nuit torride et intense avec elle . Pourquoi a-t’elle jeté son dévolu sur moi ? J’avais déjà possédé la compagne de Richard, n’était-ce pas suffisant comme blessure infligée à ce pauvre type ? Le retour au bureau lundi risque d’être compliqué pour moi…
Echo
On peut voir contre son cou massif les pulsations incontrôlées de ses veines dilatées. Sa pomme d’Adam se soulève dans ses aspirations désespérées pour garder le peu de contrôle qu’il lui reste sur ses instincts. Je reconnais aisément cette rage en lui, je la devine, elle est palpable dans l’atmosphère obscure du palier de l’immeuble. Derrière lui, la porte du locataire d’en face s’est entr’ouverte et je devine les yeux interrogateurs du jeune homme qui vient de s’y installer. Je m’écarte de la porte à la fois pour m’éloigner de la fougue de Richard et pour me soustraire aux regards du voisin, certainement surpris de me voir en tenue légère. Richard ne me voit pas. Il s’engouffre dans l’appartement, jette un œil circulaire à mon salon et se retourne vers moi, les yeux dans le vague. C’est un homme à l’allure de taureau vieillissant qui me dévisage maintenant. Son buste large se soulève nerveusement, ses bras épais sont parcourus de veines gonflées qui mettent encore plus en relief la forte constitution de mon collègue. Je sais ne pas faire le poids devant pareille montagne. C’est pourquoi, dédaignant son regard absent, rentré en lui dans sa colère, je me dirige vers la cuisine, happe au passage l’un des verres posés sur la table, le glisse subrepticement dans le lave vaisselle tout en lançant un :
-Je t’offre quelque chose ? Mal approprié, certes, mais innocent -enfin presque- dans ma bouche, comme pour tenter de détendre l’atmosphère.
Richard hésite. Il reste figé dans le salon, le regard perdu dans ses pensées. Il répond enfin :
- Non. Merci. Alors ?
- Alors…Eh bien, je crois qu’il faut que tu m’expliques. A mon regard franc- et je ne peux en ce moment être plus franc- Richard se calme.
- Tu as vraiment tout oublié ? Je n’y comprends rien.
- Euhhh…Moi non plus, tu sais. Si on commençait par le commencement ?
- Oui, fait Richard en opinant du chef, rasséréné malgré l’inquiétude qui le poursuit. Hier, au bureau, je t’ai demandé si tu voulais bien aller chercher Anaïs à la gare. C’est ma fille. Tu ne l’as jamais vu. Elle est en fac de droit à S… Comme tu habites à côté de la gare, tu as accepté. J’ai laissé un sms à Anaïs avec ta photo pour qu’elle te reconnaisse dans la gare et…Plus rien ! Depuis hier soir, rien ! Je sais qu’elle a maintenant 19 ans mais tout de même. Quand je n’ai pas réussi à te joindre hier soir, cela m’a agacé mais sans plus. Ce matin, tu avais l’air complètement perdu au téléphone. J’ai pensé à des tas de choses et…voilà, je suis là. Maintenant gêné, Richard trépignait dans le salon. Il ressemblait à ces ours de zoo, seuls dans leur cage, conscients de leur emprisonnement et perdus dans la contemplation des badauds qui les observent d’un œil chirurgical.
- En effet. Je n’y comprends rien.
- Je n’y comprends rien non plus, d’autant que ta voiture n’est même pas garée dans la rue, rajoute Richard qui se dirige alors vers la fenêtre du salon comme pour
confirmer ses dires.
- Hein ? Ma surprise est réelle. Machinalement je soulève les persiennes des stores de la cuisine. Je croise le regard de ma voisine, lui jette un sourire froid et
cherche dans la rue. Rien. Là, je n’y comprends vraiment plus rien !
- On est deux.
Au moment où je vais émettre une hypothèse grotesque, histoire de « noyer le poisson », le portable de Richard se met à hurler. Quelques sirènes de pompier synthétiques viennent troubler le calme de l’appartement, incongrues, grotesques, indécentes dans cet univers citadin empli des rumeurs de la rue. Richard porte l’appareil à son oreille, me fait un signe positif de la tête. Son visage soudain se relâche, ses rides naturelles reviennent orner le contour de ses yeux, ses pupilles se rétrécissent et deviennent bleutés. Il émet des « oui, d’accord, ok » sans animosité, comme soudain hypnotisé par une substance hallucinogène. Sa voix d’ordinaire tonitruante se fait douce, caressante. Je souris en l’écoutant marmonner ses bribes d’affirmations. Il raccroche enfin.
- C’était Anaïs. Tout est ok. Elle a rencontré sur le quai une bande de copains de lycée et est allée faire la fête avec eux. Ah la jeunesse…Mais…et il se retourne
alors vers moi, suspicieux mais amusé aussi. Mais, toi, tu as branlé quoi dans cette histoire ?
- Si je savais !
C’est un Richard épanoui qui me serre la main virilement quelques secondes plus tard. Moi, seul maintenant dans l’appartement, j’erre en boxer, sans but, marionnette dont les fils invisibles me retiennent à la vie sans que j’en aie conscience. Le lit défait et froissé me rappelle soudain la nuit qui s’est écoulée. J’extirpe de sous les draps le shorty rouge. Je plonge encore mes narines dans le tissu soyeux. L’odeur est là, encore, toujours, cette odeur de désir, cette fraîche odeur de l’envie qui fond contre l’entrejambe, qui se glisse dans le textile, qui se noie dans des parfums salés d’iode, qui s’évapore contre mes narines frémissantes.
°°°
La jeune fille posa sa lourde valise sur le seuil du pavillon de banlieue. Elle soupira, harassée de son trajet en bus avec l’harnachement d’une randonneuse au long terme. Les vacances…Enfin ! Une année déjà de faculté et le retour tant attendu dans la demeure paternelle. Elle releva machinalement son jean taille basse qui était venue se poser contre ses lourdes fesses et laissait ainsi la place au regard pour découvrir un petit string de dentelle noire, fichée entre ses fesses. Son tee-shirt se souleva dans ce mouvement, gonflé de la présence d’une fière poitrine épaisse qui ballotait, sans entrave contre le tissu. Un sourire amusé égaya l’ovale de son visage tandis qu’elle voyait cet homme d’âge mur scruter les reliefs de son tee-shirt « no future », le « f » déformé par un téton malicieux. Elle voyait son corps dans le reflet de la vitre, elle voyait aussi le regard de l’homme et s’était amusée durant le long trajet vers sa ville dortoir de l’excitation qu’elle provoquait. Devant la porte d’entrée, elle découvrit soudain qu’elle avait oublié les clefs de la maison dans sa chambre estudiantine. Elle se pinça les lèvres, furieuse contre elle-même. Elle s’assit quelques secondes sur sa valise, hébétée, endormie du voyage, lasse soudain. Sa belle-mère venait d’emménager dans la maison. Elle se souvint alors que son père n’arrêtait de se plaindre de son incapacité à fermer la porte fenêtre de la chambre parentale. « Elle est chiante, je te jure, chiante mais tellement belle ». C’est ainsi qu’il parlait constamment de Chloé, sa conquête sur un célibat qui s’éternisait depuis maintenant 5 ans que sa mère avait filé sans prévenir avec un homme de 20 ans son aîné. La jeune fille souleva à nouveau sa valise et son gros sac de voyage alourdi des livres qu’elle avait jeté au fond, sans ordre, dans la hâte, pour enfin s’enfuir de ces cités sombres, prisons de l’intelligence, fourmilière parcourue par la jeunesse privée de plaisir de ce pays amoureux des diplômes. Elle déposa ses fardeaux dans un buisson et entreprit de contourner le pavillon pour aboutir au jardin, vaste étendue ponctuée de la tache bleue de la piscine découverte et de la ligne verdoyante d’une haie d’arbustes qui cernait l’arrière de la maison et faisait une ceinture végétale, interrompue seulement par une petite allée de gravillons roses qui se dirigeait de la baie vitrée du salon vers le dallage de la pièce d’eau. La jeune fille emprunta ce chemin, mit enfin les pieds sur la terrasse, couverte d’une pergola en fer forgé et se dirigea vers la droite, vers la porte fenêtre de la chambre de son père. Derrière son reflet dans la fenêtre bougeait une masse blanche, droite. Elle esquissa un mouvement de repli, désorientée, gênée de déranger sa belle-mère – Ce ne pouvait être qu’elle à cette heure de la journée-. L’image pourtant s’était incrustée sur sa rétine, l’image la poursuivait, bref instant arraché à l’intimité d’une inconnue, spectre flou, parasité par son propre reflet, elle avait cependant la sensation de l’avoir vu nue. Elle s’avança prudemment, contournant la fenêtre, tapie derrière la haie. Une curiosité malsaine l’engageait à voir enfin ce qu’elle n’avait qu’entr’aperçu tout à l’heure. La porte fenêtre n’était pas complètement fermée et dans l’entrebâillement d’une vingtaine de centimètres, apparaissait la barrière blanche du lit de son père. Sur le lit, Chloé, nue, se soulevait rythmiquement sur le phallus érigé d’un homme inconnu dont elle ne voyait pas le visage mais qui n’était assurément pas son père aux vues de sa physionomie svelte. La jeune fille détourna le regard, dégoûtée d’abord, puis agacée ensuite de l’impudence de cette femme, inique dans ses sentiments, qui volait le cœur de son père et forniquait ainsi avec un inconnu. Des gémissements de plaisir parvenaient à ses oreilles. Bizarrement, la honte et le dégoût firent soudain place à de la curiosité. Ce n’était pas une fille vertueuse et elle connaissait depuis longtemps les joies de la chair mais elle s’aperçut qu’elle n’avait jamais vu de couples dans l’acte, hormis dans les mauvais pornos qu’un amant de promotion à la faculté - exutoire sexuel plus qu’amant d’ailleurs - s’évertuait à diffuser tandis qu’ils s’accouplaient sauvagement sur le lit étroit de sa chambre estudiantine. Elle grimaça, agacée de son audace et de sa curiosité. Le volet droit de la porte était resté à moitié rabattu contre la fenêtre. Elle contourna à nouveau la haie et entreprit de s’immiscer dans le feuillage sans bruit pour aboutir enfin derrière le volet. Elle se maudit de cette manœuvre, griffée à plusieurs endroits sous le tee-shirt par les branches hautes, taillées avec une précision millimétrique par son esthète de père qui ne supportait pas de voir « quelque chose dépasser » dans le jardin. A son nouveau poste d’observation, il suffisait qu’elle penchât un peu la tête pour glisser son regard par l’entrebâillement de la fenêtre. Elle vit d’abord les fesses de Chloé. Superbes fesses musclées d’une quarantenaire accroc de sport qui entretenait son physique avec la précision d‘un scalpel et l’obsession d’une lolita élevée aux poupées Barbie. Les fesses de Chloé, moins larges que les siennes, étaient souples, rebondies, amples vers les cuisses mais gonflées d’une musculature tendue qui faisait des lames dures dans la chair. Elle opérait de petits mouvements du bassin, collée contre le pubis de son amant. Celui-ci gémissait doucement, les mains posées sur les fesses de sa belle-mère. Soudain, Chloé se souleva lentement, laissant apparaître la verge humide de l’inconnu. La jeune fille voyait contre la courbe gonflée de la veine principale du pénis les traces blanchâtres du plaisir de la femme. Chloé resta quelques secondes immobile, le gland de son amant en elle, et se courba vers ses lèvres pour le dévorer de baisers humides. Elle s’affala ensuite lentement sur lui, esquissant le mouvement d’une branche sans tuteur qui ploie sous son propre poids. Dans son geste pour épouser le corps de son amant, ses fesses s’ouvrirent lentement. Ce fut d’abord le sexe érigé qui rentrait progressivement en elle puis apparurent les grandes lèvres, épaisses, ouvertes, béantes, épousant la forme du phallus si beau dans son érection, fiché en elle avec une terrible précision Puis, son corps allongé, ses fesses s’offraient dans toute leur indécence tandis que son anus s’entrouvrait alternativement au rythme de ses cris de jouissance. La jeune fille sentit dans son bas ventre naître la chaleur qu’elle connaissait bien. Elle glissa sa main droite dans l’interstice de son jean pour aller la promener vers son entrejambe. Humide ! Terriblement humide. Elle s’en voulut d’éprouver du désir maintenant mais celui-ci grandissait encore avec la honte, l’obsédait, lui taraudait le sexe, la rendait fébrile. Elle entendit le bruissement des chairs qui se cherchent, qui s’épousent, succion délicate de l’humeur féminine qui enveloppe la virilité avec sensualité. Chloé jouissait doucement. Contre son string humide, la jeune fille sentait le feu qui dévorait son sexe, elle sentait tout cela avec la force décuplée des gémissements de sa belle-mère et ce phallus planté en elle qui s’éternisait dans ses mouvements de va et vient, qui s’avançait, sûr de lui vers le plaisir. L’amant oscillait dans des mouvements amples, il avait posé à nouveau ses mains contre les fesses de Chloé et cherchait des doigts son anus dilaté. L’index le trouva enfin, esquissa quelques détours sur son pourtour, fit une danse infernale contre l’orifice puis s’introduisit à moitié. La jeune fille avait lâché le bouton de son jean, celui-ci avait glissé contre ses jambes et s’était arrêté contre ses genoux. Prisonnière de ce vêtement, elle en oubliait le monde qui l’entourait. Elle fixait le sexe de l’amant de sa belle-mère et pressait de sa main gauche son string humide qui se faufilait entre ses nymphes, ouvertes maintenant, avides. Soudain, Chloé se releva, extirpa le sexe de son amant du sien et se mit à genoux face à lui.
- Tu as envie ? fit-elle mutine.
- Si tu veux, répondit l’homme d’une voix grave.
La jeune fille sursauta. Elle entendait son cœur battre si fort dans sa poitrine qu’elle se crut découverte. Pourtant sa main restait résolument collée contre son entrejambe et elle voulait jouir, libérer enfin cette tension qui lui brulait les entrailles. Sa belle-mère se retourna alors. Elle pouvait maintenant voir son visage à moitié tourné vers elle, tandis que son regard se perdait dans la pièce- sans doute vers le miroir de l’armoire- ces petits seins délicats, courbées avec fantaisie à la naissance des aréoles, pointaient vers les draps du lit. L’homme se releva alors. La jeune fille eut un choc. Une révélation. Qu’il était beau ! La quarantaine sans doute, le visage émacié, les traits fins, presque féminins, la peau mate et ce corps…Ce corps svelte dont la petite musculature nerveuse faisait des plis discrets dans la ligne droite de sa silhouette. Plus bas, son ventre plat était imberbe tandis que son sexe dressé faisait une courbe pleine vers le plafond, courbe un instant stoppée par le gland épais qui la couronnait d’une roseur humide. La jeune fille, fascinée, observait ce sexe avec envie. Il n’était pas gigantesque, d’une taille ordinaire pouvait-elle se dire par les quelques comparaisons dont elle disposait, mais il paraissait si fier, dressé avec vigueur contre le bas-ventre, prodigieusement tendu dans une ligne fine et douce, rompue uniquement par le gland qui s’épanouissait au dessus de lui. L’amant vint se poster derrière Chloé. La jeune fille vit sa main chercher à tâtons le sexe de son amant qu’elle posa contre son anus –du moins le supposait-elle-. L’homme ne bougea pas tout de suite. Il restait là, à l’entrée de l’orifice offert, éprouvant sans doute la chaleur qui se dégageait de l’ove entrouverte contre son gland tumescent. La jeune fille plaqua cette fois sa main avec plus de force contre son sexe. Elle n’en pouvait plus. Elle écarta sauvagement le string et, tandis que l’amant s’enfonçait lentement en Chloé, laquelle émettait de brefs soupirs, à la fois de douleurs et de plaisirs, tandis donc que l’homme pénétrait sa belle-mère, elle glissait, elle, deux doigts fins dans son intimité humide ; elle les glissa si sauvagement qu’ils la violèrent soudain, écartant les chairs sans scrupules, sondant son intimité avec fougue. Elle releva la tête et émit un bref soupir de soulagement. Elle sentait sa poitrine durcie contre son tee-shirt, elle aurait aimé être nue à ce moment là. Elle n’avait d’yeux que pour l’amant, bien visible derrière sa belle-mère qui esquissait de doux va et vient et elle se surprit à espérer être à la place de cette femme de quarante ans qui aurait pu être sa mère, elle l’espérait tant qu’elle sentit contre son string son propre anus se dilater et quémander de l’attention. Elle sortit ses deux doigts de son sexe, en plaça un résolument contre son anus encore serré et l’introduisit brutalement. La douleur était perceptible, certes, mais atténuée par la chaleur de son excitation, laquelle s’était propagée à tout son ventre, qui se durcissait encore dans le plaisir qu’elle se donnait. Elle glissa sa main libre contre son clitoris et le sollicita sans ménagement, avec la fougue de sa jeunesse, sans aucune retenue, cherchant l’orgasme sans détours, sans afféteries érotiques, pour le plaisir animal de ressentir les spasmes électriques la traverser, la pourfendre de son sexe à sa tête. Dans la chambre, l’homme s’activait plus intensément. Il avait pris place confortablement en Chloé et s’enfonçait brutalement en elle pour ressortir aussitôt jusqu’à ce que son gland apparaisse pour ensuite entamer une valse d’à coups brutaux. Chloé criait et proférait les paroles les plus obscènes que la jeune fille ait pu entendre encore. « Vas-y…Défonce moi mon cul de salope bourgeoise…J’adore…Rends moi chienne… Je veux que ta bite me bourre le cul encore et encore…. J’ai le cul en feu…Je vais jouir…Plus fort… ». L’amant s’exécutait avec une précision de métronome, il labourait les fesses de Chloé avec méthode, comme un artiste eût déposé quelques touches de bleues sur la palette de sa toile. La jeune fille n’en pouvait plus et devant les râles assourdissants de sa belle-mère qui jouissait enfin, elle activa son mouvement de frottement contre son organe érigé, ressentant sous ses doigts le gonflement obscène de sa chair tendue. L’amant partit d’un cri fulgurant qui surgit du fond de sa gorge. La jeune fille comprit qu’il se vidait enfin en Chloé. Elle redoubla ses mouvements dans son sexe tandis qu’elle enfonçait plus profondément son doigt dans son anus. Sa jouissance accompagna celle de l’amant. Elle attrapa son tee-shirt des dents et serra fortement tandis qu’un grognement sourd surgissait néanmoins de ses lèvres pourpres.
L’amant s’affala au côté de Chloé qui s’était allongée sur le dos. La jeune fille, honteuse, les doigts humides, odorants, replaça discrètement son string, releva dans une demi-rêverie son jean et le serra contre ses hanches. Elle s’était transportée en quelques instants dans un monde jusqu’alors inconnu. Certes, elle connaissait son corps, elle savait se donner du plaisir, elle aimait celui qu’on lui donnait parfois mais cette fois-ci, il y avait plus, il y avait cette brulure vive qui la dévorait de l’intérieur, il y avait ce désir qui ne pouvait s’éteindre ainsi. Elle désirait cet homme plus que tout au monde. Dans la chambre, Chloé s’assit sur le bord du lit.
- C’était bon…fit-elle en roucoulant.
- Vraiment ? fit l’homme avec une fausse modestie affichée.
- Mais oui, Armand, tu sais bien que tu me fais bander tout le temps.
- Toi aussi ma chère…
Les paroles s’incrustèrent au fer rouge dans le cerveau de la jeune fille. Elle devait posséder cet homme.
°°°
L’odeur m’obsède, me suit et mon sexe, redevenu flaccide et ridicule, est parcouru aussitôt de petites décharges électriques. Je plante mon nez encore dans ce shorty et-oserais-je l’avouer ?- ma langue darde contre les traces blanches sur le rouge vif, elle goûte cette beauté innocente, si désirable. Je me sens comme hypnotisé par tant de fraîcheur juvénile, à la fois naïve et pourtant si animale qu’elle fait renaître en moi, les pulsions de mon adolescence. Ce goût…
Narcisse
Merde, merde, merde ! Je me laisse tomber avec rudesse sur le lit. Sous mes fesses nues, le matelas me restitue la chaleur résiduelle de ma blonde amante, signifiant à mon esprit que malgré mon impression je n'ai aucunement rêvé sa présence. Une véritable fatigue m’envahit, je pense à toutes ces femmes victimes du GHB , la drogue du viol – sans vouloir comparer ma misérable petite personne et ce que je vis à ces abominations - je me dis qu’elles doivent ressentir (en dix fois pires toutefois) ce sentiment de désorientation qui est le mien aujourd’hui et qui a commencé avec mon cauchemar du petit matin.
Cette odeur si chaude, si prenante, cette odeur de désir déposée sur le boxer rouge par ma jouvencelle inconnue me poursuit. Odeur de plaisir, de désir, odeur de sexe. En humant la lingerie de ma compagne d’une nuit, j’ai réveillé au fond de ma mémoire des images animales, des images de plaisir pur, de mélange de deux corps, de fusion. Images de la nuit précédente ou images plus anciennes ? Pourquoi l’idée même de l’avoir touché intimement me met si mal à l’aise ? Il est maintenant plus que nécessaire de me souvenir de ma nuit, que ma culpabilité s’efface enfin et me laisse réfléchir sereinement. Ma mémoire olfactive ne me semble d’aucun secours, pourtant l’envie de respirer à nouveau la dentelle de la blonde me fait me lever d’un bond. Je m’ébroue, bien décidé à retrouver mes esprits. Je passe devant la fenêtre et d’un geste machinal je tire sur la sangle qui meut mes volets roulants avant de me souvenir que je suis encore nu. Mon côté exhibitionniste s’en réjouit un instant juste avant que la raison ne me rattrape : ma voisine est sans doute toujours derrière ses rideaux à observer mes fenêtres et mes allées et venues ! Je lâche avec une violence non contenue la sangle et le volet se referme presque entièrement, en venant buter sur le rebord de la fenêtre, décapitant ainsi de façon virtuelle ma voisine acariâtre. Comble du hasard, un rayon de soleil taquin se faufile dans l’entrebâillement des lames mal jointes pour venir lécher avec gourmandise le soutien-gorge abandonné négligemment par mon inconnue. Je le ramasse et comme pour la culotte, je le hume. Une douce fragrance envahit mon nez, parfum délicat de jeune fille, odeur fruitée et juvénile qui me conforte encore plus dans mon estimation de l’âge de mon amante. 18 – 19 ans au plus.
En contemplant ces pièces de lingerie carmin, je me mets à imaginer avec une excitation teintée de honte ce qu’ont put être ces heures qui font défaut dans ma mémoire. Je me revois, d’emblée, assis au bord de mon lit, contemplant avec admiration cette naïade lorsqu’elle s’approche de moi vêtue seulement de ces deux légères pièces de tissus. Son sourire et le pétillement que je discerne au fond de ses yeux en disent long sur ses intentions. Dés cet instant, je me souviens que toutes mes velléités de résistance se sont envolées, au même titre que le peu de sens moral dont je fais preuve habituellement. Se penchant, elle dépose un baiser sur ma bouche, je sens la douceur de ses lèvres qui s’écartent pour laisser passer une langue dardée qui me pénètre et fouille sans retenue entre mes dents. Ce baiser est long, profond, intense et chaud. Je me force pourtant à garder mes mains posées çà et là sur le matelas, ma seule idée étant de ne pas intervenir, surtout pas ! Il s’agit de la laisser venir à moi pour voir jusqu’ou elle poussera ce jeu érotique. Soudainement, sa bouche se décolle de la mienne, elle reprend son port altier et me dévisage d’un air dubitatif. Elle attendait sans contexte que je fasse un geste, et mon immobilisme la déconcerte. Je lui souris, comme enchanté de ma bonne blague et je vois passer dans ses yeux une brève lueur de fureur. Ses mains se joignent alors sur sa nuque et passe dans ses cheveux pour amener ses mèches dorées se poser délicatement sur ces frêles épaules dans un tombé vaporeux. Geste caractéristique qu’ont les femmes pour charmer leur vis-à-vis. Ce faisant, ses doigts s’égarent un instant sur ses globes majestueux emprisonnés dans leur carcan de dentelle, avant de descendre sensuellement le long de sa peau diaphane jusqu’à ses hanches menues. Elle penche légèrement la tête de côté, ses yeux de nouveau coquins, auscultent mon corps de haut en bas et finissent par se poser définitivement et sans aucune gêne sur mon entrejambe. Je sens mon sexe semi-rigide palpiter sous mon boxer rouge, comme s’il voulait signifier à ma belle, que malgré ma gestuelle absente, son jeu avait les conséquences voulues par elle. Je ne peux, quand à moi, détacher mon regard de ses mains, qui après avoir caressé un instant ses hanches sont parties se poser comme par malice sur les sphères de ses fesses que je devine fermes et joliment arrondies. Ses doigts se promènent maintenant du bas de son dos jusqu’à ses cuisses musclées pour –je le suppose !- venir ensuite se joindre dans son sillon inter-fessier. Elle poursuit quelques temps cette caresse et l’envie qu’elle se retourne pour que je puisse enfin admirer ses rondeurs se fait lancinante. Je me force pourtant à rester là encore immobile, bien décidé à me laisser guider par les désirs de la belle. Et pourtant, Dieu sait quelle envie j’ai de me lever, de la faire pivoter violemment pour poser moi aussi une main sur ses fesses alors que l’autre passant par devant son corps, irait fouiller sans vergogne son entrejambe par-dessous la barrière de tissu. D’un coup, comme si elle avait deviné mon désir, la belle se retourne enfin et se cambre pour me présenter ses délicieuses rondeurs alors que ses mains se rejoignent sur l’attache de son soutien-gorge. Elle oscille des hanches pendant qu’elle détache avec l’assurance de l’habitude les agrafes retenant son balconnet. Je ne puis plus résister, me levant d’un bond je viens coller contre cette croupe offerte mon bas-ventre. Mon phallus est maintenant totalement dressé malgré la pression occasionnée par le tissu extensible de mon boxer et il s’incruste dans les chairs entrouvertes de ma maitresse. Elle recule un peu, comme pour absorber dans son sillon mon sexe, alors que mes mains viennent se poser sans délicatesse sur ses seins maintenant libérés. Je pince ses tétons dressés faisant naitre un soupir de plaisir, première « parole » intelligible depuis notre entrée dans la chambre. C’est une envie bestiale qui m’envahit alors, je veux la posséder elle et sa jeunesse, comme pour la punir de m’exciter moi et mes quarante ans bien sonnés. Je veux la prendre, la transpercer, la soumettre ! Point de tendresse dans mes gestes lorsque mes mains descendent sur ses hanches et se posent sur sa culotte pour la tirer d’un geste brusque vers le bas. La belle se retourne, et dans ce geste, en levant un pied puis l’autre, fini de faire tomber au sol son shorty rouge. Elle est nue à présent, belle et intensément désirable. Le sourire toujours posé sur sa bouche semble signifier qu’elle est la gagnante du jeu. J’attrape son corps, plaquant mes mains sur ses délicieuses fesses, écartant sa fente et imprimant mon envie sur son pubis imberbe. Mes doigts s’immiscent dans sa vulve au moment ou elle commence à me débarrasser de mon boxer. Je me penche sur son cou, y applique mes lèvres et murmure dans un soupir :
- Anaïs !!
Merde ! Richard ! Je l’avais oublié ! Ce con va me défoncer la porte à taper comme un damné !
Je lâche les dessous carmin, attrape mon boxer au sol et le passe rapidement avant de me diriger vers l’entrée.
Echo
Mes pensées encore engluées dans un curieux brouillard, opaque, comme accroché dans les méandres de mes neurones, je me dirige vers la salle de bain tandis que je passe, pour ce faire, devant l’entrebâillement de la porte de la cuisine. Mes yeux s’arrêtent sur deux verres à pied posés sur la table ainsi qu’une de mes bouteilles de bon vin que je conserve à la cave de l’immeuble. Surpris, je fais deux pas dans la cuisine avant de me souvenir des regards scrutateurs de ma voisine, une dame acariâtre dont les indémodables lunettes de grand-mère brillent parfois dans la lueur de la mâtinée pour jauger et juger mes allées et venues. Elle est encore là, fait un brusque mouvement de recul pour éviter mon regard et reste cependant derrière le voilage épais de ses rideaux, s’amusant certainement de ma nudité. Je grimace d’agacement. Cette anecdote a le mérite néanmoins de m’extraire quelque peu de la torpeur nauséeuse dans laquelle je me trouve depuis mon réveil. La bouteille de vin est vide, la lumière du matin se joue des taches opaque sur le rebord des verres. Je devine la trace du rouge à lèvre de « mon » inconnue sur l’un deux. Je m’en saisis sans raison, respire le fond encore empreint de tanins et le repose aussitôt.
La salle de bain m’attend. Je pose un pied sur le carrelage glacée de ma douche italienne et me saisit du pommeau. L’eau vient fouetter les muscles de mon cou, encore endolori. Soudain, je revois en songe les images troubles du rêve qui a précédé mon réveil. Pourquoi cette impression malsaine me prend alors ? Ce tableau de Millais ne me plaît guère pourtant, trop romantique, trop détaillé. J’ai des préférences pour un Kandinsky et ses taches de couleurs primaires, pas pour les circonvolutions verdâtres de cette toile digne d’un groupe de musique satanique. Pourtant, l’eau le long de mon corps me plonge à nouveau dans l’onde glauque du tableau. A côté d’Ophélia je me vois flotter, presque mort. Je secoue la tête, plus symboliquement que réellement, afin de laisser partir ces miasmes. Je sens brusquement la chaleur tiède d’une main douce se poser contre mon dos. Je me retourne, surpris. Mon cœur, dans une cavalcade bruyante, s’emballe. Elle est devant moi, nue encore. Sa lourde poitrine que j’avais aperçu tout à l’heure caresse le haut de mon ventre. Mes yeux se fixent sur le mouvement désordonné de ses globes magnifiques qui oscillent contre ma peau avant de se lever sur le visage de l’inconnue. Je m’égare aussitôt dans ses yeux verts qui pétillent. Elle semble jeune, très jeune même. Ce détail m’avait échappé tout à l’heure, sans doute de par ma demi-inconscience, peut être aussi beaucoup par incrédulité. Il me parait si peu probable d’avoir à mes côtés pareille jouvencelle ! Elle est jeune, certes, mais ses traits trahissent une confiance absolue, ses yeux qui me détaillent encore et encore sont des loupes posées sur sa détermination. Son regard se dirige vers mon sexe, flaccide maintenant. Elle esquisse un mouvement pour se pencher. Je l’arrête, la saisissant aux coudes et relève doucement son corps frêle- qu’il est frêle ce corps longiligne en regard de sa lourde poitrine !-. Je m’apprête à parler mais elle jette son index sur mes lèvres et esquisse un non prononcé de la tête. Ses cheveux volent dans la douche, des gouttelettes d’eau font des myriades de pointillés clairs dans sa crinière. Elle se baisse à nouveau. Je sens son souffle brulant contre mon ventre, contre mon nombril, contre mon pubis ensuite. Le souffle se joue des poils épars qui s’étalent au dessus de mon sexe. Dans son mouvement pour s’accroupir, derrière son dos qui s’abaisse, comme posé sur la vitrine de ses épaules qui s’affaissent peu à peu je vois naître ses fesses, qui se gonflent doucement dans sa lente descente sensuelle. Des fesses larges, à l’image de sa poitrine, larges et pleines qui, maintenant s’étalent, indécentes contre ses talons. Elle pose ses mains contre mes pieds, pose sa bouche contre ma jambe droite et remonte doucement en égaillant son ascension de baisers légers qui m’électrisent. Entre la frange claire de ses cheveux et les aréoles sombres de sa poitrine je vois mon sexe qui se gonfle. Elle laisse filtrer un souffle contrôlé contre la peau de mes testicules, elle touche du bout de sa langue le sillon sombre qui les sépare en deux globes soudain plus relevés, plus durs aussi. Mon sexe s’est relevé encore un peu. Dans mes petits mouvements de plaisirs il bute contre l’aine de son nez avant de repartir vers la droite, comme abandonné. Cette oscillation la fait sourire, elle s’en amuse et fait un rapide mouvement de la tête pour sentir mon gland contre son nez. Je lève les yeux vers le pommeau qui déverse encore sa chaude respiration sur nos corps. Ses cheveux sont maintenant collés contre son front. Elle lève la main vers la mèche rebelle et l’écarte d’un geste gracieux. Et elle gobe soudain mon gland dans sa bouche entr’ouverte. Je sens ses dents buter contre la chair tendre de l’extrémité de mon phallus. Ses gestes sont curieux, un subtil mélange de sensualité innée et de maladresse juvénile. Ses lèvres happent mon gland qui se réchauffe peu à peu, s’ouvre de bonheur dans la moite humidité. Je sens soudain la pointe de sa langue franchir le méat. Elle s’insinue en moi. C’est électrique, pas forcément très agréable mais puissant. Puis, d’un seul coup, sans autre forme de cérémonie, elle ouvre grand la bouche et introduit la quasi totalité de ma verge en elle. Je suis encore à moitié en érection mais ce traitement finit de me rendre fou. Je sens mon sexe durcir encore et encore jusqu’au stade où, douloureuse, mon érection est à son maximum. Elle ne garde plus dans sa bouche que le tiers de mon intimité. Les mains posées contre mes cuisses elle me conserve ainsi en elle, sans bouger. Je ressens juste une succion délicate, appuyée sans être prononcée. La vue de ses joues qui se creusent alors me fait perdre tout contrôle, aussi, je préfère rejeter la tête en arrière, pris dans un spasme de plaisir que j’avais rarement éprouvé auparavant. Mon ex-femme n’aimait guère cette pratique et mes conquêtes d’un soir m’imposaient de longues chevauchées nerveuses, en levrette la plupart du temps, pour le plaisir brutal du sexe sans ambages. Mais là, aujourd’hui, j’éprouvais quelque chose de totalement différent. A la fois intense et pourtant doux, doux et tendre. Je sens ses mains remonter vers mes testicules. Elle les saisit prestement, sans excès, les emprisonne dans ses mains fermées tandis que ses paumes oscillent lentement pour imprimer un très léger rythme aux chairs égayées de mon anatomie. Elle a toujours dans sa bouche mon sexe, elle opère toujours cette délicieuse succion. Je n’en peux déjà plus. Je sens mon bas ventre durci qui demande à se presser contre son front. Par politesse je reste tétanisé, sans esquisser de mouvements brutaux pour ne pas l’étouffer dans cette façon virile d’en demander plus. J’attends. Et je vois encore ses fesses s’étaler contre ses talons. Elles sont superbes. Deux globes diaphanes qui s’ouvrent lentement dans les premières courbes, vers la taille, pour ensuite prendre la forme d’une poire épaisse, vers le sillon fessier. Sa succion se poursuit ainsi que ses mouvements de mains contre mes testicules. J’ai chaud. Ma semence s’invite dans sa bouche, en petites gouttes qui perlent le long du gland, je les sens s’étaler contre sa langue, je les sens instiller en elle, comme une offrande sacrée faite avec délicatesse et intensité. Je vais jouir sans bouger. C’est l’impression que j’ai. Elle doit le sentir aussi car ses lèvres se font moins pressantes, sa succion plus délicate. Elle lève les yeux vers mon visage et me regarde mi-amusée, mi-fascinée. Elle baisse alors les yeux vers mon nombril et entame, pour la première fois de rapides mouvements de sa bouche. Ses seins se soulèvent, ses aréoles sombres laissent voir deux tétons dressés qui indiquent sa propre excitation. Une main encore sur mes testicules, l’autre à la base de ma verge ses mouvements de va et vient se font rapides, saccadés, tandis que mon gland butte contre son palais. Ma jouissance ne tarde pas. Je murmure quelques secondes avant l’instant fatidique un « attention, je vais jouir ». Elle l’ignore, poursuit avec un rythme endiablé ses mouvements. La base de mon sexe durcit encore contre sa main qui s’agite. Je sens couler entre ses doigts un curieux mélange de salive, d’eau tiède délivrée par le pommeau de la douche et les humeurs que mon gland commence à déverser en elle. Je jouis. Fort. Mon sperme s’évade avec brutalité. Je plie instinctivement les jambes et envoie mon bassin vers elle mais elle m’a devancé et pose sa main libre contre mon bas ventre pour atténuer mes mouvements de spasmes. Mes cris ont empli l’appartement. Ma semence s’est enfuie de mon corps pour s’engouffrer entre ses lèvres.
Le souffle court, saisit de picotement le long du corps, la jouissance encore présente dans de forts influx nerveux qui animent mes membres de mouvements désordonnés, j’ai fermé les yeux quelques instants. Combien ? Je ne sais le dire. J’ai l’impression curieuse, affreux mélange de béatitude et de honte morale, d’avoir commis quelques adultères impossibles, quelques ignominies sans noms. Je rouvre enfin les yeux. La douce créature n’est plus là. Je vois une serviette mouillée posée dans le lavabo, face à la douche. Je n’ose sortir de la salle de bain. Aussi, pris au dépourvu, je décide de finir de me laver. Après tout, c’est bien la raison qui m’a poussé au départ à me précipiter sous la douche.
Quand je sors de la douche, l’appartement est vide. L’inconnue s’est volatilisée, comme évanouie dans un rêve délicat que j’ai eu honte de faire. Je m’étonne, grommelle, me dirige vers la chambre pour m’assurer de ne pas rêver. La chambre aussi est déserte. Sur le sol reste encore la signature de mon inconnue : ses sous-vêtements sont là, étalés sans vergognes contre le pied de mon lit. Je me saisis de son boxer, hume, un peu honteux, le tissu et y découvre une odeur forte de désir. Sur ma table de nuit le portable vibre contre mon radio réveil. Je m’en saisis machinalement et décroche. C’est Richard, un ami de travail.
- Mais qu’est-ce que tu fous bon sang, me crie-t-il dans mes oreilles en guise de bonjour.
- Euhhhh….Je viens de me réveiller.
- Je m’en fous de ça bordel. Je te parle d’Anaïs, ma fille. J’hésite 5 secondes, je fouille encore dans ma mémoire sans succès et j’ajoute alors :
- Ta fille, et alors ?
- Putain, qu’il est con ! J’attends de tes nouvelles depuis hier soir.
Il coupe brutalement. Je me retrouve le portable entre les mains, sans comprendre encore.
Narcisse
Le tissu fin du drap se soulève et s’abaisse au rythme de la respiration de ma blonde inconnue. Flux et reflux de vie dans cette chambre d’ordinaire si sombre et sinistre, qui n’avait pas vu de courbes féminines venir la hanter depuis fort longtemps.
Peu après mon divorce, j’avais collectionné les amantes, me perdant dans des chairs tantôt graciles, tantôt replètes. Jouissant un soir dans l’antre humide d’une blonde pour rejoindre, le petit matin venu, une brune délurée. Ce plaisir d’exister dans les yeux de femmes chaque fois différente, ce besoin d’expulser ma semence encore et encore dans ces chairs écartelées, avaient fini par laisser place à une profonde lassitude. Je courrais après le plaisir, oubliant en chemin la tendresse. Le sexe juste pour le sexe, sans attaches, sans attirance véritable pour l'autre. Mon divorce avait pourtant été aussi serein que possible -l’absence d’enfants nous ayant tenus éloignés des comptes d’apothicaires- mais, durant plusieurs mois, j’avais hanté les bars et les bas-fonds de la ville afin d’y dénicher celle qui me ferait jouir le soir venu. Comme pour exorciser mes années de mariage et de fidélité à un seul corps, allant jusqu’à payer ces minutes de plaisirs dans le creux des belles.
Lorsque la chair fraiche avait commencé à manquer autour de moi, je m’étais rabattu sur les forums et les sites dédiés au sexe libéré. Grâce au web, j’avais continué à multiplier les rencontres. Mais, un soir, mon sexe refusa obstinément de se lever devant les atours d’une rousse pulpeuse. La honte qui m’envahit face aux tentatives désespérées de ma maitresse sonna le glas de ma course folle. Mon corps et mon esprit étaient fatigués, vidés de toutes substances, et ce défaut érectile venait me le rappeler avec force. Je n’avais plus envie de tout cela, le dégout de mon comportement animal m’envahit alors.
Huit mois étaient passés depuis, j’avais remplacé ce que certains auraient appelé une "addiction au sexe" par un travail excessif. Mes journées étaient dorénavant rythmées par les réunions, les dossiers et les clients à recevoir. Je passais mon temps en restaurants, voyages et conférences téléphoniques, à la plus grande satisfaction de mon patron à qui j’amenais espèces sonnantes et trébuchantes. Mon seul plaisir sexuel, consistait maintenant en mes surfs quasi quotidiens sur des sites exhibitionnistes et dans le web underground. J’empoignais alors souvent ma virilité, et me masturbais avec vigueur sur les photos les plus pornos que je pouvais trouver. Plus les femmes étaient offertes et écartelées, plus mon désir de les posséder était violent, réminiscence de mes mois de débauches post-divorce. Pour autant, je n’avais plus jamais éprouvé l’envie de contacter l’une de ces icônes. Leur image et mes fantasmes suffisaient à m’offrir le plaisir que mon corps réclamait en évitant le risque d’une nouvelle déconvenue.
Mais alors, qui donc est cette femme dans ma couche ? Ma mémoire divagante s’arrête sur ma journée d’hier, sans vouloir s’approcher un seul instant de ce qu’ont pu être ma soirée puis ma nuit. Me déplaçant sur la pointe des pieds, je contourne le lit pour tenter de percevoir, dans la mi-pénombre, les traits de ma compagne de nuit. Un joli visage se dessine. Des lèvres charnues entrouvertes pour laisser passer un souffle que je devine chaud. De longs cils, sur des paupières où subsistent quelques traces de maquillage, et un ovale parfait avec des mâchoires totalement symétriques. Sous le cou gracile, le drap découvre malicieusement un sein lourd au téton auréolé de sombre. Je ferme à nouveau les yeux, fouillant encore ma mémoire pour tenter d’y découvrir un prénom, un nom, à apposer sur cet ensemble si sensuel. La seule vision qui me vient, et celle de ma bouche se rapprochant de cette poitrine jusqu’à ce que mes lèvres se referment enfin sur un téton dressé, tandis que mes doigts, quittant cette rondeur angélique, descendent s’insinuer entre des cuisses fermes à la recherche de la moiteur attendue. A cette évocation, je sens mon sexe se rappeler de nouveau à moi. Ma mémoire a décidé de se moquer de mes interrogations et mon corps hésite entre la panique et le désir. Une douche tiède permettra sans doute de me réveiller totalement et d’y voir enfin plus clair. Je tourne les talons à mon énigmatique visiteuse et me dirige silencieusement vers la porte.
Echo
Je crois bien que je rêve, allongé, serein, je rêve. J’éprouve cette douce sensation d’un demi-sommeil, d’un sommeil blanc, parsemé de volutes aquatiques. Je pense à l’Ophélia de Millais, assoupie, morte ? Suis-je ainsi plongé dans une torpeur sans fin. Une angoisse m’étreint soudain, le clapotis de l’eau contre mon corps se fait entendre. Submergé jusqu’au menton je sens les vaguelettes froides pétiller contre mon cou, lécher le lobe de mes oreilles. Je suis nu. Je relève péniblement la tête. Un étang, une rivière, impossible de le dire et de le décrire. Mon rêve s’arrête à mon corps plongé dans ce liquide amniotique, aux bruits sourds de mon cœur qui bat- il bat encore- et aux scintillements du soleil entre les feuilles vertes d’un aulne dont les racines s’enfouissent sous la lueur de la surface de l’eau. Je ne vois en n’entends rien d’autre. Cette sensation qui s’éternise -qu’il est difficile de mesurer le temps du rêve !- finit par me mettre de plus en plus mal à l’aise. L’eau s’insinue entre mes jambes, flirte avec mon sexe. Je le vois flotter le long de mon torse, je le vois comme éloigné de moi, pris dans les radicelles d’un lys jaune. Soudain le noir se fait. Mon corps entier dérive dans l’onde fraîche. De partout des tentacules sombres, végétales, essaient de m’agripper, de retenir ma fuite. Mon sexe, dressé maintenant, turgescent, me fait souffrir. Il bat de son propre rythme, semble animé de sa vie, de ses envies. La brûlure est intense, elle tétanise mes muscles, tandis que mon bas-ventre se durcit encore. Je me réveille enfin.
Le soleil filtre par les persiennes dans la chambre obombrée des vapeurs de la nuit qui refusent de s’estomper. Une douleur aigüe emprisonne mon cou. L’oreiller a glissé dans la nuit contre mon épaule gauche et je me prépare un affreux torticolis. A ma droite, le vide. Le tapis usé est parsemé de sous-vêtements épars, jetés là sans ordre, produisant l’effet d’un tableau monochrome. Du rouge vif sur le bleu sale de ma moquette. Je découvre un boxer rouge en dentelle. Je connais l’objet mais je n’arrive à l’identifier. Ma vue, encore trouble de la nuit, me laisse voir ce bout de tissu incongru posé sur le sol mais m’interdit de le reconnaître. Je le fixe un instant, perdu dans mes pensées. Un bourdonnement continuel m’accompagne, acouphène de la fatigue accumulée, du réveil difficile, d’une nuit agitée. Face au boxer rouge, mon boxer sombre, replié, indécent, ouvert sur l’intérieur, comme m’accusant de l’avoir abandonné sans précaution. Mais à ces pieds, un soutien gorge, rouge encore. Je commence à découvrir plus nettement les contours de la chambre. Mon corps s’énerve de petits mouvements sans conséquence, témoins de mes organes qui cherchent à éclore dans l’aube. La chaleur diffuse dans les draps froissés. Je la sens contre mes fesses, anormale, comme lovée sur ma peau. Je me retourne. Une chevelure blonde, longue, parsème l’oreiller voisin. J’écarquille les yeux, sans comprendre encore, captant chaque information avec la lenteur de mon cerveau embrumé sans réussir à assembler les morceaux. Le drap, à ma gauche est boursouflé d’une forme recroquevillé qui s’est insinuée dans le lit. Je ne comprends plus rien. Une femme. Je ne vois pas son visage, enfoui dans l’oreiller, dans la même direction que mon regard. Je devine seulement le contour d’une joue rougit par la chaleur estivale. Le drap bouge légèrement, ondule. Je devine des hanches larges qui s’incrustent dans le tissu léger.
Je m’assoie lentement sur le bord du lit, en bougeant le moins possible pour ne pas éveiller la créature allongée. Mon cou me rappelle à l’ordre. Je pose ma tête entre mes mains et je fouine dans ma mémoire. Que s’est-il donc passé la veille ? Qui est cette femme ? Je n’arrive toujours pas à recoller les morceaux. Je me sens impuissant même à me souvenir de son prénom, de son visage. Pourtant, je n’ai pas souvenir d’une soirée alcoolisée hier. Je me lève doucement, nu, enjambant chaque bout de tissus posés au sol et je glisse les yeux entre les persiennes. Le soleil brille beaucoup et, à en juger par la lueur sur la fenêtre de ma voisine, il est plus de dix heure. Je me retourne enfin et contemple mon lit.
Narcisse
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Ce blog est une tentative - Nous avons bien dit, une tentative ! - de littérature à quatre mains.
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Amis promeneurs, si vous avez la patience de lire nos écrits, il vous faut donc commencer par le début...
Nous sommes désolés de cet inconvénient.
Bonne lecture.
Echo et Narcisse
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