Voissa: Nathalie 6a - Voissa

Aller au contenu

S'abonner à Makhno        Flux RSS
-----

Nathalie 6a

Laisser un commentaire
Chapitre VI
Samedi 21 juillet

Lorsque Nathalie ouvrit les yeux, elle était seule dans le lit et cela ne l’étonna pas. Cathy devait déjà avoir fait ses quarante minutes de footing pendant qu’elle-même récupérait dans les bras de Morphée. Elle s’assit au bord du lit et s’étira longuement en baillant avant de ramasser ses vêtements et de rejoindre sa chambre pour une douche bienfaisante. La chose faite, elle revêtit une petite robe sans prendre la peine d’enfiler le moindre sous-vêtement, puis descendit rejoindre les autres sur la terrasse. Elle esquissa un sourire en voyant Jacques et Marie-Claire prendre leur petit-déjeuner entièrement nus et songea que, malgré l’incroyable transformation qui s’était opérée en elle depuis quelques jours, elle n’avait pas encore totalement assimilé les réflexes d’une libertine en vacances… Aussi se débarrassa-t-elle de sa robe avant de saisir la cafetière fumante pour se joindre à ses amis. Jacques l’accueillit avec un tendre baiser assorti d’une caresse appuyée dans le bas du dos, immédiatement imité par son épouse. Un frisson parcourut l’épiderme de Nathalie qui se dit que, décidément, ces gens-là savaient vivre.

- Bien reposée la belle ? demanda Jacques avec un grand sourire.
- Très bien ! Je ne me souvenais plus qu’on pouvait aussi bien dormir !
- Tant mieux, parce qu’aujourd’hui on t’emmène à l’aventure !
- A l’aventure ?
- Oui ! Tu verras, j’en dis pas plus.

Marie-Claire sourit d’un air entendu en portant son bol de café à ses lèvres.
Cathy arriva une demi-heure plus tard, en nage. Elle se pencha pour embrasser tendrement sa cousine avant de filer prendre une douche. Lorsqu’elle revint, elle avait adopté la tenue qui semblait de rigueur ce matin-là, c'est-à-dire sans tenue du tout.
Jacques s’éclipsa vers onze heures et Marie-Claire réquisitionna les deux cousines pour préparer un solide pique-nique.

- Tu ne veux toujours pas nous dire ce qui se passe ? demanda Cathy une fois les denrées rangées dans une grande glacière.
- Non, c’est une surprise, mais on devrait bien s’amuser ! Prenez juste maillot de bain, serviettes et crème solaire, je me charge du reste.

Nathalie lança un regard interrogateur à Cathy mais se heurta à un mur d’incompréhension amusée.
Un quart d’heure plus tard, Marie-Claire les invita à monter en voiture.

- Et Jacques ? demanda Nathalie.
- On le rejoint !

Le trajet dura une vingtaine de minutes pendant lesquelles Marie-Claire emplit l’habitacle de son habituel babillage. Elle finit par se garer sur le grand parking jouxtant le port de Saint-Tropez. Jacques les attendait devant la capitainerie et les invita à le suivre. Ils longèrent un moment le quai avant d’emprunter un appontement flottant bordé de petits bateaux de tourisme. S’arrêtant devant une jolie vedette blanche au pont de tek, il s’écarta avec un grand sourire.

- Si mesdames veulent bien se donner la peine… dit-il avec un geste d’invitation indiquant le bateau.

Cathy et Nathalie échangèrent un regard stupéfait et hésitèrent un instant. Marie-Claire sauta alors à bord avec un gloussement ravi.

- Journée aventure ! rit-elle. On vous l’avait bien dit !

Les deux cousines descendirent à leur tour dans le cockpit, n’en croyant pas leurs yeux. L’embarcation, bien que de taille modeste, était très accueillante. Le cockpit était spacieux et le pont avant formait une plate-forme suffisamment vaste pour qu’ils puissent s’y prélasser tous les quatre. A gauche du poste de pilotage, trois marches descendaient dans le carré, petit salon confortable comprenant deux banquettes recouvertes de cuir blanc et une petite table basse. Au fond, il y avait même un petit réfrigérateur dans lequel Marie-Claire s’empressa de transvaser le contenu de la glacière.
Nathalie avait le cœur battant. Jamais elle n’avait rêvé se retrouver un jour sur un vedette à Saint-Tropez ! Ses yeux notaient les moindres détails, les inscrivant au fur et à mesure dans sa mémoire en lettres indélébiles. Cathy furetait partout, poussant des petits cris d’enfant à chaque nouvelle découverte. Jacques ramenait tranquillement les amarres en les regardant avec un air amusé. Quelques minutes plus tard, les moteurs hors-bord ronflaient doucement tandis que la vedette sortait du port à vitesse réduite.
Une fois passées les balises, Jacques se retourna pour vérifier que les trois femmes étaient bien assises sur les banquettes latérales et leur cria par-dessus son épaule « accrochez-vous les filles, c’est parti ! ». Il poussa immédiatement la manette des gaz et le bateau se cabra sous l’effet de la violente accélération. Cathy et Nathalie hurlèrent de concert, crispant leurs doigts sur les rebords du cockpit. Les longs cheveux de Nathalie, qu’elle avait négligemment noués derrière sa nuque, se mirent à voler tandis que le vent lui fouettait le visage.

Bientôt le port de Saint-Tropez parut ridiculement petit tandis que l’étrave fendait les eaux profondes du large. Les embruns iodés jaillissaient tout autour de la coque et mouillaient copieusement les passagères ravies et hurlantes. Jacques vira à tribord au bout de quelques minutes et ils se mirent à longer la côte découpée de la presqu’île. Ils doublèrent le cap Camarat, puis les plages de l’Escalet, le cap Tayat, la plage de la Bastide Blanche, la plage des Brouis, le cap Lardier et la vaste plage de Gigaro qui relie la Croix-Valmer à Cavalaire. La vedette continuait à filer bon train, conservant son cap à l’ouest tandis que le paysage défilait. Droit devant, les contours sombres des îles d’Hyères se rapprochaient.

- Tu nous emmènes où ? cria Nathalie. C’est pas l’île du Levant qu’on voit, là-devant ?
- Si, c’est elle, répondit Jacques. Mais c’est pas là qu’on va.
- Porquerolles ?
- Non plus.
- Port-Cros ?
- Non.
- Alors où ?
- Tout ça à la fois !

Nathalie se tut, éminemment perplexe. Une fois encore elle échangea un regard à la fois interrogateur et amusé à Cathy, qui semblait partager intensément ses questions.
A l’approche de l’île du Levant, Jacques fit virer la vedette sur bâbord et contourna la grande île par le sud. Droit devant, les rochers abrupts de la sauvage Port-Cros tombaient dans la mer. Les moteurs rugirent soudain moins fort et le bateau prit une allure plus posée en s’approchant d’un îlot rocheux au sud de Port-Cros. Nathalie distingua alors une bonne vingtaine d’embarcations au mouillage à l’abri du mistral, sur une eau rendue turquoise par les hauts-fonds.

- On y est ! cria Jacques. Ces dames peuvent se mettre à l’aise !

Sur ces mots, il mit les moteurs au ralenti et descendit du fauteuil de pilote pour retirer son caleçon, imité sur le champ par Marie-Claire. Cathy et Nathalie hésitèrent moins d’une seconde avant de retirer à leur tour paréo et maillot de bain. En approchant du mouillage, Jacques actionna trois fois l’avertisseur du bateau. Plusieurs trompes lui répondirent et Nathalie put distinguer, sur les ponts des navires à l’ancre, plusieurs personnes en tenue d’Eve qui leur faisaient de grands signes de la main. Jacques louvoya entre les embarcations et finit par immobiliser la leur à quelques encablures d’un beau voilier de douze mètres avant de jeter l’ancre.

- Il est temps que je vous touche deux mots sur tout ça ! dit-il avec un grand sourire. Vous savez toutes les deux que l’île du Levant abrite un des plus grands centres naturistes de France. Ce que vous ne savez pas, c’est que les libertins initiés ont aussi leur petit coin à eux. L’îlot qu pied duquel on est porte un nom officieux : Aphrodite. Pour moi c’est tout bêtement le paradis terrestre ! Regardez ça… dit-il avec un geste d’emphase. Une eau limpide, des fonds marins à couper le souffle, un isolement total… et des dizaines d’amis beaux comme des dieux avec lesquels partager la quintessence de la vie !

Nathalie comprenait enfin. Jacques et Marie-Claire les avaient emmenées dans le plus beau club libertin du monde. Elle comprenait aussi à quel point il s’agissait d’un privilège précieux. Elle n’avait la chance d’être là que parce que ses amis avaient estimé qu’elle le méritait. Elle faisait son entrée dans un cercle très fermé et en avait la pleine conscience. Elle frissonna, à la fois impressionnée et excitée. Qu’allait-il se passer ? Comment allait-elle se comporter au contact de ces inconnus ? Faire l’amour au sein du confortable cocon que constituait leur petit quatuor était une chose, mais parvenir à se libérer hors de cette enveloppe protectrice était une tout autre épreuve. En avait-elle seulement envie ? Après une brève introspection elle dût se rendre à l’évidence : oui, elle en avait envie. Une envie abstraite, qui ne se portait sur aucun être de chair en particulier, mais qui dépassait de loin les contingences bassement terrestres. C’était un frisson cosmique, un désir impérieux d’ouvrir des portes vers d’autres dimensions, vers d’autres réalités, vers une autre soi-même qu’elle sentait palpiter en elle depuis qu’elle avait quitté Dijon et qui prenait chaque jour une ampleur grandissante. Elle savait qu’elle était en train de naître une seconde fois et elle ferma les yeux sous l’effet de l’émotion qui lui nouait les tripes.
Lorsqu’elle sortit de ses pensées, Nathalie vit Jacques s’activer à la radio de bord. Quelques minutes plus tard, un Zodiac s’amarrait à leur vedette, avec un couple à son bord.

- Je vous présente de vieilles connaissances, dit Jacques à l’attention de Nathalie et Cathy tout en aidant les nouveaux arrivants à emprunter l’échelle de coupée. Voici Michel et Claudine, sans doute les seuls Isérois plus à l’aise sur un voilier que sur une paire de skis ! Il présenta ensuite Cathy et Nathalie aux invités.

Michel arborait une soixantaine sportive, un teint halé et une épaisse tignasse poivre et sel. Quant à Claudine, visiblement plus jeune que lui, elle devait avoir dépassé de peu la cinquantaine. Très entretenue, elle était aussi bronzée que son compagnon. Sa plastique athlétique et sa longue chevelure blonde l’assimilaient de façon troublante à une quinqua californienne habituée aux footings et aux salles de sport.
Nathalie remarqua que les embrassades étaient particulièrement chaleureuses, assorties de discrètes caresses sur les hanches ou les épaules. Visiblement, les deux couples se connaissaient bien.
Marie-Claire sortit du réfrigérateur tout le nécessaire pour un apéritif dans les règles et les convives s’installèrent sur les banquettes du cockpit en lançant la conversation sur le temps magnifique et les multiples bonheurs de la navigation estivale en Méditerranée. Nathalie et Cathy, un peu en retrait, eurent alors tout le loisir d’observer les nouveaux venus plus en détail. Ils semblaient particulièrement à l’aise dans leur nudité et ne cherchaient aucunement à prendre des postures de convenance. Nathalie se surprit d’ailleurs elle-même en ne ressentant aucune gêne par rapport à son propre corps, qu’elle offrait pourtant généreusement aux regards de la petite assemblée. Quelques jours plus tôt, elle n’aurait jamais pu imaginer déambuler ainsi, nue, exhibant ses multiples imperfections aux yeux de tous. Mais ce jour-là cela lui paraissait on ne peut plus naturel…
Sa position un peu à l’écart de la conversation était propice à la divagation de ses pensées, qui se firent de plus en plus coquines à mesure que le repas avançait. Son regard se posait de plus en plus fréquemment sur le sexe de Jacques, qui demeurait envers et contre tout l’objet principal de ses convoitises. Elle s’aperçut au bout d’un moment qu’il commençait à bander et leva les yeux. L’homme la regardait avec un demi sourire. Il avait intercepté son regard et s’en amusait, ce qui la fit rougir jusqu’aux oreilles. Claudine n’avait rien raté de leur manège et les observait tour à tour, discrètement. Elle posa alors la main sur la cuisse de son mari, tout près de son sexe, en se penchant pour l’embrasser sous l’oreille. Nathalie perçut immédiatement un début d’érection chez Michel. Les discussions se turent presque instantanément et l’atmosphère prit une tournure à la fois plus lourde et plus lascive. Marie-Claire s’était rapprochée de Jacques et s’appuyait tendrement sur son épaule. Ils s’embrassèrent langoureusement et le sexe de Jacques se dressa vers le ciel en quelques secondes. Tournant la tête vers la gauche, Nathalie vit que Claudine s’était emparée de la verge de son mari et la massait distraitement tout en regardant la mer. Nathalie sentit une vague de chaleur l’envahir. Une de ces vagues que, depuis quelques jours, elle connaissait bien. Une onde délicieusement annonciatrice de délices exquis… Comme mue par une force extérieure à elle-même, elle se pencha vers Michel et posa ses lèvres sur son gland, arrachant à l’homme un soupir de contentement. Claudine sourit et arrêta son mouvement, se contentant de tenir le sexe dressé de son mari par la base pour mieux l’offrir à la bouche de Nathalie. Celle-ci se sentait comme si elle venait d’échapper à elle-même pour se retrouver dans un espace de liberté totale où seule l’envie fixait les règles. Ses lèvres se refermèrent sur ce sexe inconnu jusqu’à l’envelopper entièrement avec un total ravissement. L’homme passa une main caressante dans ses cheveux tout en se renversant légèrement en arrière, les yeux mi-clos. Nathalie, guidée par un instinct impérieux, se mit à sucer Michel avec application, savourant le volume chaud et tendu de l’homme dans sa bouche. Claudine avait retiré sa main et embrassait tendrement son mari tout en jetant fréquemment des coups d’œil intéressés à ce qui se déroulait à l’étage en dessous.
Alors qu’elle relevait temporairement la tête pour reprendre son souffle, Nathalie jeta un coup d’œil sur sa gauche. Marie-Claire avait pris elle aussi son homme en bouche et lui administrait un traitement de faveur que Jacques appréciait visiblement au plus haut point. Nathalie se demandait ce que faisait Cathy lorsqu’elle sursauta, traversée par un délicieux frisson. Sa cousine venait de passer sa main entre ses cuisses et d’écarter d’un doigt à la fois léger et inquisiteur ses lèvres déjà fortement mouillées. Elle poussa un gémissement rauque lorsque deux petits doigts s’enfoncèrent en elle et commencèrent à la fouiller délicatement. Galvanisée par le plaisir qui irradiait de son sexe, elle reprit celui de Michel en bouche et le suça avec une ardeur renouvelée. Cathy remuait ses doigts avec une telle maestria que Nathalie sentit bientôt le plaisir se concentrer au creux de son ventre, signe que la jouissance n’allait pas tarder. La caresse qu’elle prodiguait à Michel se fit plus maladroite à mesure qu’elle se concentrait sur ses sensations. Puis les doigts de Cathy s’échappèrent aussi vite qu’ils étaient arrivés et, en se tournant à demi, Nathalie vit sa cousine l’abandonner pour rejoindre Jacques et Marie-Claire. Elle en ressentit une vive amertume mais se reconcentra bien vite sur l’homme qu’elle conduisait irrémédiablement vers l’apothéose dans la chaleur moite de sa bouche.
Alors qu’elle sentait Michel de plus en plus fébrile, deux mains fermes se posèrent sur ses fesses. Avant qu’elle n’ait le temps de se retourner, une masse de chair dure s’enfonça en elle, écartelant son intimité sans ménagement. Jacques… elle le reconnut immédiatement. Il s’était planté en elle de toute sa longueur. Elle s’arracha au sexe de Michel pour pousser un petit cri de plaisir et se remit aussitôt à l’ouvrage. L’espace d’une seconde, elle se vit dans la posture d’une actrice de porno, le postérieur offert aux assiduité d’un partenaire tandis que sa bouche en comblait un autre. Cette vision l’électrisa et l’orgasme la cueillit presque par surprise. Sa main droite s’agrippa à la hampe de Michel tandis qu’elle jouissait. L’homme ne résista pas davantage et propulsa son plaisir en abondantes giclées qui inondèrent son ventre ainsi que la main de Nathalie. Abasourdie, celle-ci releva la tête, laissant Jacques poursuivre ses pérégrinations entre ses fesses. A quelques mètres de là, on ne s’ennuyait pas non plus. Cathy et Marie-Claire s’occupaient ensemble de Claudine, qui semblait elle aussi au bord de l’explosion.
Nathalie abaissa alors son bassin afin d’indiquer à Jacques qu’elle souhaitait changer de position. L’homme se retira et la laissa se réorganiser comme elle l’entendait. Elle s’allongea sur le dos et s’arrangea pour caler sa tête entre les jambes de Marie-Claire, juste sous ses fesses rebondies. Tandis que Jacques se calait entre ses cuisses et la pénétrait à nouveau, elle entreprit de visiter l’intimité grassouillette de Marie-Claire, qui poussa un petit gémissement de joie pour saluer l’initiative. Claudine jouit quelques instants plus tard sous les efforts conjugués de ses deux partenaires et Marie-Claire put alors se concentrer sur les doux frissons que la langue de Nathalie lui offrait en titillant savamment son petit bouton.
Nathalie était au paradis. Jacques, son grand fantasme de ces derniers jours, lui faisait l’amour avec tendresse et fermeté, donnant naissance à de nouveaux prémices d’orgasme au creux de ses chairs. De sa main droite, elle caressait la fesse de Marie-Claire et de la gauche le torse musclé de Jacques. Elle était prise dans un tourbillon de folie et, dans son ivresse, dévorait avec une ardeur quasi animale le sexe se son amie qui, au bord de l’apoplexie, ondulait du bassin et miaulait de bonheur.
L’orgasme de Marie-Claire, bruyant et agité de soubresauts violents, déclencha le sien. Le sexe de Jacques alluma au fond du sien les multiples mèches d’un feu d’artifice grandiose et le plaisir traversa ses chairs comme un courant électrique bienfaisant qui la vida provisoirement de toute énergie.
Cathy, assise sur la banquette, se masturbait énergiquement en regardant les ébats de ses compagnons. Jacques, abandonnant Nathalie à ses limbes, la rejoignit et l’aida d’une langue passionnée à ouvrir les vannes de sa jouissance. Puis elle lui rendit la pareille en le masturbant très vivement jusqu’à ce que, à bout de résistance, il finisse par se répandre en jets saccadés sur le plancher en tek du cockpit.
Le silence s’installa, à peine ponctué par des rires et des cris lointains provenant d’autres bateaux. Les six protagonistes se regardaient en souriant béatement, échangeant quelques paresseuses caresses de reconnaissance.
Nathalie se sentait magnifiquement bien, allongée à même le sol de bois, offerte à la brise marine et aux regards, sexuellement comblée comme elle ne l’avait jamais été. Elle flottait dans une brume de volupté où la perplexité n’avait plus aucune prise sur elle. Les questions existentielles s’étaient envolées avec ses derniers reliquats de pudeur. Elle songea furtivement à son ancienne vie, qui ne s’était évanouie que depuis quelques jours, à ces soirées solitaires durant lesquelles elle se masturbait compulsivement devant le miroir de sa chambre, comme pour donner à son corps un plaisir nécessaire mais obligatoirement clandestin parce que non mérité. Aujourd’hui, allanguie au milieu de ces gens avec qui elle avait oublié toute mesure, elle se sentait vivre enfin. Elle voulait dorénavant aspirer l’existence à pleins poumons, sentir des corps nouveaux et multiples se tendre de plaisir sous ses caresses, jouir elle-même des attentions que lui prodiguaient des partenaires innombrables. Elle se sentait désirée et nul bonheur ne pouvaient rivaliser avec celui-là.

- Plutôt pas mal comme amuse-bouche, dit soudain Jacques avec détachement.

Nathalie se mordit la lèvre inférieure en se tournant vers lui. Décidément, cet homme là fonctionnait au kérosène et allait encore lui faire visiter bien des contrées d’ici la fin des vacances…

Après un bon quart d’heure d’indolence, les langues se délièrent à nouveau et les corps reprirent sur les banquettes une posture moins avachie. Claudine avait repris sa place à côté de son mari et Marie-Claire s’était lovée amoureusement contre le torse du sien. Michel et Claudine expliquèrent qu’ils étaient arrivés la veille au soir et avaient déjà connu une nuit torride sur un voilier appartenant à un joaillier lyonnais. Les deux couples accordaient une attention bienveillante à Nathalie et Cathy, qu’ils considéraient comme nouvelles initiées, et ils leur racontèrent de multiples anecdotes au sujet de l’îlot Aphrodite afin qu’elles perçoivent la philosophie du lieu et de ses visiteurs. Le mouillage était le point de rendez-vous d’un cercle libertin très sélectif et la tradition voulait que tout nouvel arrivant soit impérativement introduit par un habitué. Claudine rassura les deux jeunes femmes en leur certifiant qu’elles avaient réussi leur examen de passage avec brio, ce qui fit rougir Nathalie mais ne sembla pas déstabiliser Cathy le moins du monde.
Michel prit soudain un air grave en s’adressant à Jacques :

- Ces demoiselles ont montré qu’elles étaient à leur place parmi nous, mais n’oublions pas pour autant de valider leur baptême…

Les deux hommes se levèrent alors et s’approchèrent de Nathalie, qui prit un air de petit animal effarouché. Sans un mot, Michel la saisit sous les aisselles tandis que Jacques s’emparait de ses jambes. Avant qu’elle ne réalise ce qui lui arrivait, elle se sentit projetée dans les airs. Elle vit le ciel tournoyer au-dessus de sa tête juste avant de sombrer avec un grand plouf dans une eau qui lui parut glacée. Son cri s’étrangla dans sa gorge lorsqu’elle bloqua sa respiration instinctivement. Elle venait tout juste de resurgir à la surface quand une gerbe d’eau explosa à quelques mètres d’elle, engloutissant sa cousine. Accoudés au bastingage de la vedette, leurs quatre compagnons riaient à gorge déployée. Si Nathalie avait pu se sentir fort engourdie quelques minutes auparavant, elle était cette fois totalement réveillée et rejoignit l’échelle de coupée d’une brasse énergique. Le temps qu’elle se hisse à bord, Jacques et Michel s’étaient équipés de masques, tubas et palmes.

- Vous nous rejoignez, les filles ? demanda Jacques en s’apprêtant à sauter par-dessus bord.

Commentaires

 

Derniers commentaires

Étiquettes

Derniers billets