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Intermède : Les causalités ténues (21/3/2009)

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Intermède : Les causalités ténues (21/3/2009)


La vie est pleine de surprises et d'étranges coïncidences. Elle est faite de chaînes de causalité parfois tellement ténues que l'on peu parfois en être effrayé, en se disant qu'il s'en serait fallu de peu pour que des événements essentiels ne se produisent pas.

J'ai tenu mon journal intime de façon assidue, quotidienne, de 1988 à 1993. Il est devenu épisodique par la suite et même extrêmement ponctuel ces dernières années (une date en 2007 et une date en 2008). La tenue de mon blog, de mon "itinéraire d'un modèle", qui est essentiellement basée sur ce journal, me fait mesurer toute la perte que représente la quasi extinction de mon journal. Frustration, même si mon activité sur Voissa représente une alternative intéressante. Frustration croissante ces derniers jours, qui a abouti ce dimanche 15 mars 2009 à ce que je décide de mettre à profit mes fréquents trajets en train pour rédiger chaque jour au minimum un mémo des faits qui ont empli ma journée. Au moins, cela posera des jalons, des points de repère auxquels je pourrai me référer ultérieurement. Décision mise en œuvre dès ce lundi 16 mars et tous les jours qui ont suivi. Un mémo pour chaque jour et souvent, une description approfondie de certains événements, et des réflexions intimes, c'est-à-dire un journal à part entière.
Me voici donc, ce jeudi, déployant sur la petite tablette de mon compartiment mon grand cahier Clairefontaine, au papier si lisse, sur lequel glisse la plume de mon stylo. Plaisir retrouvé de ce geste très sensuel. Plaisir de voir se tracer le sillage d'encre noire derrière le patin de cuivre. Les tremblements de l'écriture provoqués par les secousses du wagon ne parviennent pas à gâcher mon plaisir.
Mon vis-à-vis dans le train était une jolie jeune femme. Je ne l'avais pas remarquée, tout absorbé que j'étais par mes écritures. Elle avait dû embarquer lors d'un des arrêts du train qui a suivi mon départ de Villers. C'est elle qui créa le lien et me fit la découvrir, en m'adressant la parole :
  • "Pardon,… J'espère que je ne vais pas vous paraître indiscrète… C'est un manuscrit que vous êtes en train de rédiger ?"
Je n'ai pas immédiatement saisi le sens de sa question. Bien sûr que c'était un manuscrit, puisque j'écrivais à la main. Mais je sentais qu'elle voulait signifier autre chose. Je lui ai répondu :
  • "Ce n'est pas indiscret... Je tiens simplement un journal intime."
  • "Je suis stagiaire dans une maison d'édition", poursuivit-elle, "et nous sommes toujours à l'affut de manuscrits, en particulier de témoignages de vie."
Je lui ai alors expliqué que j'ai été modèle dans des écoles d'arts et que, dès mes débuts, m'est venu l'idée de réaliser un "journal d'un modèle", en partant d'extraits de mon journal, en visant fantasmatiquement une publication. J'entrais clairement dans le champ d'intérêt de sa maison d'édition. Je lui ai raconté l'évolution du projet de livre vers la tenue d'un blog, comme étape intermédiaire, puis, finalement, comme objectif à part entière. Arriver à un ouvrage publiable demanderait encore un travail considérable. Enthousiaste, Ariane m'a incité à envoyer quelques chapitres de ce "journal d'un modèle" et un descriptif de l'articulation que prendrait le manuscrit complet et, à cette fin, m'a laissé les coordonnées de la maison d'édition.
  • "Cela nous permet de sentir les potentialités éditoriales."
  • "Je n'en suis pas à ce stade mais que je vous enverrai un texte dans lequel je tente de cerner ce qui me pousse à tenir mon blog et ce qui fait que cette expérience de modèle est si importante pour moi. Ainsi, il y aura au moins un lendemain à cette heureuse rencontre", ai-je conclu.
  • "Excusez-moi de vous avoir dérangé. Je vais vous laisser reprendre votre écriture".
  • "Vous ne devez pas vous excuser. Vous ne m'avez pas dérangé. Au contraire.".
Il y eut un échange silencieux de regards. Peut-être un peu de gêne chez elle. Mais je ne comptais pas me replonger comme un ours dans mon occupation rédactionnelle alors que j'avais en face de moi une si charmante interlocutrice. Il faut saisir l'instant… La conversation a repris, à propos du monde littéraire, de mon parcours de modèle,… et ne s'est terminée que lorsqu'il a fallu se quitter, gare du Midi. Elle m'a demandé, comme incertaine que je la contacterais :
  • "Vous me laissez vos coordonnées ?"
  • "Ce n'est pas la peine. Je vous enverrai un courriel demain. Ainsi, vous aurez mon adresse".
  • "Et n'oubliez pas de joindre un texte, hein !... ", ajoutant en boutade, "Oh, voilà que je vous donne déjà des ordres. Veuillez m'excuser."
Nous sommes salués, souriants. Au soir, j'ai envoyé les textes annoncés, ainsi que les 30 premières pages de texte de mon blog, en précisant que ce n'est que de la matière brute. Le lendemain, elle m'a répondu par un petit courriel enthousiaste, annonçant qu'elle transmettait ces textes aux éditeurs et allait les lire elle-même avec beaucoup d'attention. Et comme la veille, elle me félicitait pour la "confiance de soumettre quelque chose d'aussi personnel au public". Nous avions discuté de cela, de la confiance en soi, nécessaire à cet exercice qui vous expose au jugement d'autrui.
Je ne sais pas où tout cela mènera. La potentialité d'une publication me semble rester très hypothétique mais quand le hasard vous tend ainsi la main, il faut la lui serrer.
Dire que si nous nous étions croisés une semaine plus tôt, nous ne nous serions rien dit, car je n'aurais pas eu mon cahier déployé devant moi, mon stylo à la main. C'est ce que j'appelle une "causalité ténue". Un autre exemple est celui de la chaîne causale qui m'amena à poser à nouveau, après dix d'interruption, évoquée sous le dernier sou-titre du billet "Ce qui me pousse à tenir ce blog")


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