Voissa: Ce qui me pousse à tenir ce blog - Voissa

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Ce qui me pousse à tenir ce blog

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Ce qui me pousse à tenir ce blog

Je profite du tournant que prend la narration en cours pour, en forme d'intermède, répondre à des questionnements qui me sont adressés.


Ce blog, une démarche qui paraît étrange

Le fait que ce blog retrace, au jour le jour, des fait remontant à près de 20 ans suscite régulièrement des interrogations de lecteurs, interloqués par les titres des billets, qui mentionnent des dates estampillées des millésimes 1990, 1991, 1992, alors que nous sommes en 2009. Sous des formulations différentes, revient toujours la même question : "Mais qu'est-ce qui te pousse à exhumer des faits si anciens, à les narrer ? N'est-ce pas les ressasser ? Qu'en est-il de ton actualité ?". Ces questions, que l'on ne me poserait peut-être pas si je publiais mon autobiographie, sont d'autant plus compréhensibles que le média que j'utilise, un blog, est généralement vu comme soit un "journal intime rendu public, tenu et publié en temps réel, narrant des faits et partageant des réflexions à chaud, sans recherche d'une structure d'ensemble", soit un moyen de partager des contenus divers (photos, recettes,...).


Modèle, une expérience fondatrice, un parcours initiatique

Comme l'indique le billet "pilote" qui introduit ce blog, l'axe central de ce dernier est mon parcours de modèle, Cette activité professionnelle fut bien plus que cela pour moi. Elle fut une expérience fondatrice de ma personnalité, de mon développement, de mon épanouissement personnel. Ce fut un parcours initiatique. J'ai vécu cette expérience comme importante à l'époque où je la vivais (1991-1998) mais aussi par la suite, jusqu'à ce jour.

Il n'est pas aisé d'expliquer le pourquoi de ce caractère central de mon vécu de modèle. Les raisons m'apparaissent diverses et aucune ne me semble expliquer vraiment pourquoi cette expérience me tient tant à cœur. Le billet suivant tente d'énumérer ces raisons, autant que je les cerne mais aucune, prise isolément, ni l'ensemble d'entre elles ne me semble épuiser la question de savoir pourquoi cette expérience fut si importante pour moi et l'est encore aujourd'hui. Peut-être que certains d'entre vous auront des hypothèses à formuler à ce sujet (un regard extérieur est parfois bien plus perspicace).

Toujours est-il que même dix ans après avoir arrêté cette activité, le sujet me tient intimement à cœur et que, si lors d'une discussion, ce sujet émerge, je peux en parler durant des heures sans me lasser, ni lasser mon auditoire (il faut dire que cette expérience lui paraît toujours peu ordinaire et suscite un vif intérêt et, au moins mène vers de nouvelles pistes de réflexion).


"Journal d'un modèle", un projet de longue date

A l'époque où j'ai débuté ma carrière de modèle, je tenais, depuis trois ans déjà, un journal intime, tenu chaque jour, retraçant les faits de ma journée et recueillant les réflexions qu'ils suscitaient en moi, à un "débit" d'un millier de pages par an (5 à 6 cahiers A4 Clairefontaine de 192 pages par an, de très beaux cahiers à reliure cousue et toilée, d'un papier fort -87g/m2 — et lisse, sur lequel la plume du stylo glisse avec une aisance toute sensuelle). Cette démarche a d'ailleurs, elle aussi, eu pour moi un caractère initiatique, fondateur.
Très tôt dans mon parcours de modèle est née l'idée d'en tirer un "journal d'un modèle", à savoir un écrit basé sur des extraits de mon journal intime portant sur mon expérience de modèle et destiné à une publication. Mon journal intime, et le blog, parlent d'ailleurs de l'émergence de ce projet et de son début de concrétisation. A l'époque, j'imaginais de réaliser au moins une maquette par travail de photocopie et de couper-coller (avec des vrais ciseaux et de la vraie colle) et d'utiliser le résultat pour partager mon expérience avec des proches. Ce que j'ai fait. J'imaginais même, sans être certain d'avoir l'envergure nécessaire, de viser une publication chez un éditeur, en retravaillant évidemment tout le texte. Ce qui ne s'est pas encore concrétisé mais que je n'exclus pas.


Voissa, une occasion

J'avais donc un projet littéraire, plutôt fantasmatique, au sens où je ne me donnais pas vraiment les moyens de le réaliser. Dans sa conception initiale, il nécessiterait que je mette entre parenthèses mon activité professionnelle, voire ma vie familiale. J'ai parfois imaginé de prendre 6 mois ou une année sabbatique, loin de tout, pour me mettre réellement à l'œuvre.

Fin 2004, suite à une recherche d'information sur Internet, je découvris Voissa, à travers son forum dédié à la sexualité. J'en suis resté un simple lecteur, un simple observateur, pendant quelques semaines. Je ne m'y suis inscrit pour y intervenir que le 1er février 2005, pour pouvoir répondre à un sujet parlant de… l'activité de modèle, ouvert par quelqu'un qui avait le fantasme de vivre cette expérience et souhaitait recevoir des informations sur le sujet (cfr "poser nu pour cour dessin"). Ainsi, LiFou (mon pseudo sur Voissa) est né du fait même de mon vécu de modèle et du désir de le partager avec d'autres.

Quelques mois plus tard, en avril 2005, je vis en la section "récits" de ce forum, intitulée "Créations érotiques", un espace dans lequel concrétiser, sous une nouvelle forme, mon projet de "journal de modèle", bien que celui-ci ait un contenu érotique très limité. D'ordinaire, ce type de "sujet" de forum est constitué d'un billet initiateur qui contient la totalité du récit et des billets ultérieurs qui sont des commentaires faits à propos de ce récit par des voissanautes et, éventuellement par l'auteur. Je dérogeai à l'usage en recourant à des billets successifs pour délivrer un billet journalier, dérivé directement de mon journal ou de mon recueil de courrier, liés à mon parcours de modèle, retravaillant le texte seulement pour le dégager de certaines lourdeurs de style. Cette première forme de publication n'eut aucun succès visible, aucun commentaire, alors qu'à la même époque la publication de quelques poèmes m'avait valu des commentaires positifs.
C'est ainsi que j'en vins à opter,encore quelques mois plus tard, en novembre 2005, pour la création d'un blog, éventualité que je n'avais pas retenue a priori, parce qu'elle m'était apparue trop lourde, trop complexe. En fait, sans expérience, j'en avais surestimé la difficulté… et sous-estimé les potentialités. A l'usage, cela s'avère être l'outil le plus adapté à mon projet, en l'état de mes connaissances, parce qu'il permet de suivre un fil conducteur (à travers les billets), voire plusieurs (en recourant aux catégories de billets) tout en donnant un espace aux réactions des voissanautes et aux réponses en retour de ma part (via les commentaires). Sur des points précis, l'espace des commentaires permet parfois d'aller plus loin que je ne le fais dans le texte principal, une question d'un internautes m'amenant à en dire davantage, parfois à anticiper sur la suite de la narration, sans rompre la logique celle-ci, puisque cette dernière reste isolée dans le fil des billets, alors que les commentaires ont un caractère marginal, au sens "inscrits dans la marge". En outre, le média "blog" permet d'intégrer à la narration des documents graphiques (photos et dessins numérisés), des liens internes (entre points de la narration qui sont en rapport) et des références externes à des sources d'information (liens vers d'autres sites Internet). En outre, dans le cas de Voissa, l'outil est propice à l'enrichissement de la mise en forme (jeu sur les polices, taille, couleur et style de caractères, l'alignement,…).

Initialement, je voyais la publication sur le blog comme une sorte de banc d'essai préalable à une potentielle publication sous forme de livre (ambition plus fantasmatique que déterminée). Le blog constitue un moyen peu coûteux d'élaboration, comparable au recours à un traitement de texte mais beaucoup plus performant par toutes ses possibilités d'enrichissements et permettant en plus un "feedback" direct du lectorat (fut-il peu nombreux) qui peut être une source d'affinement du projet littéraire. Enfin, le dialogue lecteur-auteur est extrêmement vivifiant.

Au final, la publication sous forme de blog ne m'apparaît plus du tout comme un banc d'essai en vue d'une publication "classique" mais un moyen d'expression et de partage beaucoup plus intéressant que cette dernière.

Voilà qui m'a un peu écarté de l'explicitation de mes motivations profondes dans le partage de mon vécu de modèle, mais qui m'aura permis de donner un éclairage sur la motivation d'un recours au média que constitue un blog.


Le plaisir d'écrire

Bon, pour ceux qui ne l'ont pas remarqué, j'ai un réel plaisir à écrire, à m'exprimer par écrit, plaisir de la langue, plaisir du geste quand j'écris au stylo, plaisir de développer ma pensée, de l'affiner grâce au passage par l'écrit. C'est à travers la tenue de mon journal, intensif de 1988 à 1994, que j'ai pu jouir le plus de ce goût aux plaisirs multiples (ou de ce plaisir aux goûts multiples). J'avais un mode de vie qui me donnait le temps nécessaire à une telle activité (étudiant universitaire, puis aventurier d'un congé sabbatique et, enfin,… modèle). L'évolution de mon rythme de vie m'a laissé de moins en moins de temps pour l'écriture. Mon journal reste souvent intact durant plus de six mois. Mon activité sur Voissa, tant la participation au forum, que les échanges en MP, que le blog, m'a fait renouer avec ce plaisir, avec cette activité. Voissa, c'est un peu mon journal d'aujourd'hui.


Le plaisir de faire plaisir

Ma démarche est aussi portée par le plaisir de faire plaisir. Je n'ai pas beaucoup de lecteurs déclarés mais, parmi ceux-là, certains m'ont dit tout le plaisir qu'ils avaient à me lire, et leur impatience à découvrir la suite. Ces personnes me sont devenues chères, indépendamment de cela, et c'est un plaisir de leur offrir ce qu'ils attendent, de leur annoncer qu'il y a quelque chose de plus à lire, à découvrir. Ces personnes ont souvent "mis un tigre dans mon moteur de blogueur" par l'intérêt qu'ils portaient à mon blog, à la découverte du fil de ma vie. Parfois, il n'y en avait qu'un, mais cela suffisait pour me donner ce supplément de motivation (hommage à Loup-Julien), parfois il n'y en avait qu'une, mais quelle "une" ! (hommage à Errance). Mes billets ont une nature de cadeau, que je leur fais, à chacun personnellement.

Et puis, certains de mes lecteurs déclarés m'ont fait découvrir que j'avais parfois des lecteurs discrets, si discrets qu'ils ne se manifestent aucunement, jusqu'à ce que, pour certains, d'entre eux, ils se déclarent par un MP. Cela m'a fait comprendre que j'ai probablement d'autres lecteurs "silencieux". C'est aussi pour eux que j'écris, pour le plaisir que je peux leur apporter, ou le sens qu'ils peuvent trouver dans ce que j'écris.


Partager (1) : Partager… une passion

Si je ne devais exprimer qu'une motivation à ma démarche, je dirais "le désir de partager une expérience de vie". Difficile de "creuser" cette motivation, de voir ce qui la sous-tend. Qu'est-ce qui nous pousse à nous exprimer ? Qu'est-ce qui nous pousse à partager ce qui nous passionne ? Pourquoi ai-je autant de plaisir à parler de cette expérience fondamentale pour moi, que ce soit à l'occasion d'une discussion amicale, d'un entretien avec une anthropologue qui étudie le sujet ou d'un échange avec un quasi inconnu ? Difficile à expliquer, mais c'est ainsi et ce désir et ce plaisir jouent un rôle moteur dans ce blog.


Le plaisir d'échanger

C'est sans doute lié au point précédent, mais ce n'est pas exactement la même chose, j'ai aussi un grand plaisir à échanger avec d'autres leurs impressions sur ce sujet qui me passionne. Déjà, quand j'étais actif dans le métier, j'avais un grand plaisir à échanger sur le sujet avec d'autres modèles, avec des élèves, des enseignants, des artistes ou des personnes extérieures au milieu artistique. C'est donc non seulement un plaisir d'exprimer ce que je vis mais aussi celui d'entendre l'autre exprimer son vécu, ses impressions, ses conceptions.
Je retrouve le même plaisir avec le blog. Ses "commentateurs" sont rares et certains d'entre eux ont une fréquentation éphémère, mais chacune de leur intervention me fait plaisir et, avec ceux qui restent, un dialogue très intéressant se développe souvent et donne un supplément de vie à ma narration.


Si cela peut être utile… (1) : une leçon de vie ?

Un de mes (rares) lecteurs déclarés qui m'interrogeait sur ma motivation me demandait, entre autres hypothèses, si ma motivation est en rapport avec un désir de "donner des leçons de vie" ?
Je n'ai pas du tout une prétention de donneur de leçon. Par contre, je me suis souvent dit : "si ce que j'écris peut apporter quelque chose à quelqu'un, si ce que j'ai vécu peut éclairer quelqu'un dans sa vie, alors cela a du sens que j'écrive et donne à lire". Cette pensée m'a habité dès le début de la période de tenue régulière de mon journal intime, pressentant qu'il y avait matière à publication, quoique ce passage de l'intime au public pose beaucoup de questions (la première étant :" le fait d'écrire désormais en sachant que je publierai n'altèrera-t-il pas mon écriture ? Son authenticité n'en sera-t-elle pas affectée ?").
Ce sentiment "d'utilité", je l'ai eu, par exemple, en recevant des réactions à la publication de ma lettre à David Janssens (ici) dans le sujet "Profiter de la vie", puis sur mon blog. Deux personnes m'ont exprimé tout le bien que la lecture de cette lettre leur avait fait.
Si, ne fut-ce qu'une fois, ce que j'ai vécu et écrit apporte quelque chose à quelqu'un dans ses questionnements existentiels, mon entreprise n'aura pas été vaine. La perception de cette interaction diffuse est aussi un moteur de mon blog.


Partager (2) : Partager… avec Morgane

Au cœur de mon itinéraire de modèle se noue, se développe, puis se rompt ma relation amoureuse avec Morgane, tout cela en 1992. Séparés par une frontière, par la distance, nous avons renoué et nous sommes vus de loin en loin dans les années qui suivirent mais sans jamais revenir sur les moments les plus terribles de notre relation. Depuis trois ans, à la faveur de son retour à Bruxelles, notre relation s'est intensifiée. Il n'y a pas si longtemps que nous sommes revenus sur ce qui a causé notre rupture… et sur ce que nous avons vécu de plus beau. Ce blog est pour moi aussi un récit que je lui dédie personnellement, une offrande, celle du récit de l'homme amoureux. Sa version intime de notre histoire, elle la connaît, forcément. Lui donner accès à ce blog, c'est lui donner accès à "ma version intime" de notre histoire, telle que je la vivais au jour le jour, accès à ce qu'il y a eu au-delà de sa propre perception. C'est une offrande amoureuse, un hommage à elle et à ce que nous avons vécu, qui reste lumineux, tant pour elle que pour moi.
Quand bien même je n'aurais plus aucun lecteur sur Voissa, je poursuivrai mon entreprise jusqu'à son terme pour le plaisir de Morgane… mais pas seulement elle…


Partager (3) : Partager… avec Lily

… car il y en a une autre que tout cela intéresse… Lily, ma compagne depuis 12 ans déjà (et amie pendant 8 ans avant cela). Elle aime me connaître dans ma vie intime, dans mon passé d'homme. Discrète, elle ne me posera jamais une question mais, curieuse, elle sera ravie des réponses que je donne aux questions qu'elle ne pose pas. Et puis, elle a aussi la fibre artistique, a fréquenté le milieu des académies d'arts plastiques, et adore lire. Tout ce que j'écris ici l'intéresse. C'est aussi pour elle que j'écris. C'est donc une double offrande amoureuse que ce récit… pour ne pas dire…


Partager (4) : Partager… avec une très chère voissanaute

… une triple offrande amoureuse, car il est une certaine voissanaute avec laquelle j'entretiens une relation très intime, bien que nous ne nous soyons encore jamais rencontrés, une relation d'amour-amitié. Insatiable de mes écrits, elle déguste tout ce que je donne à lire. Curieuse de l'homme que je suis, rien de moi ne la désintéresse. C'est aussi pour elle et par elle que je poursuis mon entreprise et la poursuivrai jusqu'à épuisement de ce que j'ai à publier, à partager.


Partager (5) : Partager avec d'autres proches

Il y a d'autres de mes proches avec lesquels ce blog est une façon de partager mon vécu de modèle, dont ils ont été proches, d'une façon ou d'une autre. Comme avec Sinclair, ma tante de 79 ans, tante et amie, qui a été journaliste dans le milieu de la mode et chez qui j'ai souvent été partager un souper tardif au sortir d'une de mes séance de pose à l'Académie du Lucque. Comme Tchen, peintre, élève dans l'atelier de Jan Devos, à l'époque où j'y posais et avec qui j'ai gardé contact.
Parfois il s'agit aussi de proches qui ne m'ont jamais connu dans cette dimension de ma vie et qui pourrait la découvrir ainsi. Avec tous ces proches, le partage se fait plutôt par la voie de la version imprimée de mon blog (qui inclut tous les commentaires). Elle est plus commode à lire, évite que ces personnes soient choquées en découvrant le site qui héberge le blog et qu'elle ait accès à tout ce que j'ai écrit sur le forum, qui implique souvent Lily, qui n'est pas vraiment partante pour que ces connaissances communes lisent ce que j'ai écrit de notre intimité.


Partager (6) : Partager avec une chercheuse ou… Si cela peut-être utile (2)… à un travail scientifique

En août 2006, j'ai été contacté par Julie Delarbre, une étudiante en anthropologie, dessinatrice elle-même, qui avait choisi le travail de modèle et la relation modèle-artiste comme sujet de son mémoire de fin d'étude. Elle me demanda de pouvoir m'interviewer, ce que j'acceptai, évidemment. Ce fut un plaisir de partager avec elle pendant près de trois heures ce que j'ai vécu dans ce métier. Un an plus tard, tenant ses engagements, elle m'envoya un exemplaire de son mémoire, qui s'avéra être extrêmement intéressant, un travail scientifique et en même temps un hommage au métier de modèle, que j'ai abondamment annoté. Ce travail entrelaçait de façon très pertinente observation directe, interview, étude d'œuvres artistiques portant sur le sujet (films, pièces de théâtre, récits autobiographiques), histoire de l'art et du rapport à la nudité,… Sans conteste, il y a là matière à une thèse de doctorat, dont je souhaite la concrétisation à cette charmante maintenant diplômée en anthropologie.
A l'époque de l'interview, je ne lui ai pas parlé de mon blog, par pudeur et par crainte que, par son ampleur, mon témoignage ne prenne une place démesurée dans son observation et fausse son jugement (mon vécu de modèle étant relativement atypique) et aussi dans l'attente qu'une meilleure connaissance de cette chercheuse me confirme son sens éthique (j'ai quelque méfiance par rapport à la capacité de certains scientifiques à respecter les personnes qu'ils observent ou dont ils recueillent le témoignage ou testent les réactions). Je lui ai cependant passé le 30 premières pages de mon texte, narrant les signes avant-coureurs de mon entrée dans la profession et mes premiers pas dans des ateliers de dessin, de peinture et de sculpture.
Déjà au moment de l'interview, au-delà du simple plaisir de partager ma passion, un élément moteur de ma participation à l'exercice était la perspective que mon témoignage puisse être utile à cette recherche scientifique, à une recherche scientifique. La lecture du mémoire m'ayant confirmé les qualités éthiques de ma chercheuse, que je pressentais, je lui ai confié le premier classeur de la version imprimée de mon blog (qui va jusqu'au 10 janvier 1992) lorsque nous nous sommes retrouvés, deux ans après l'interview, un an après le dépôt de son mémoire, pour échanger à propos de celui-ci et d'éléments que je n'avais pas soulevés lors de notre première rencontre. Je l'ai fait dans l'optique de mettre mon expérience et son expression authentique au service de cette recherche scientifique, en pensant que mon témoignage, sous la forme particulièrement authentique qu'est un journal intime, peut être un document particulièrement utile. Etant donné que mon témoignage mêle indissociablement vie professionnelle et vie intime, ce n'est pas sans une certaine hésitation que j'ai confié ce classeur. Cette hésitation était liée d'une part à la potentialité que ma vie intime soit exposée sans respect ou au-delà de ce à quoi je consens, à un moment où un autre de son utilisation et, d'autre part, à la crainte de choquer ma lectrice par l'exposé de ma vie la plus intime, ou d'être jugé par elle. Un échange de courriels me confirma dans mon élan de partage. Comme je le pressentais, mon témoignage ne choquait pas Julie Delarbre. Je crois qu'elle ne s'identifie pas du tout à moi, au sens que nous avons des tempéraments très différents mais je sens chez elle un très grand respect pour ma personne, ma façon d'être, dans l'altérité qui nous sépare. Par ailleurs, ces courriels ont rendu explicite une éthique du respect de l'intimité de ses témoins, que je sentais chez elle. Elle a non seulement un tel respect mais, même, un sentiment de responsabilité, de devoir de protection de cette intimité. Ces éléments font que je compte, lors d'une prochaine rencontre, lui confier la suite de la version imprimée de mon blog ainsi que sa référence sur Voissa, chose que je n'avais pas faite jusqu'ici, du fait qu'en le faisant, je donne aussi accès à tout ce que j'ai écrit sur le forum, qui livre au moins autant ma vie intime, et celle de quelques autres personnes, que mon blog.


Narcissisme ?

Est-ce que ma démarche est sous-tendue par une attitude narcissique ? Il y a sans doute une composante narcissique, et une composante exhibitionniste, dans toute démarche artistique et chaque fois que l'on témoigne publiquement de sa vie. En ce sens, oui, il y a probablement une composante narcissique à la tenue de mon blog. A contrario, si l'on comprend le terme comme une adulation de soi-même, comme une attitude égocentrée, comme une complaisance dans l'autocontemplation, non, je ne crois pas que le narcissisme soit un moteur de ma démarche.


Nostalgie ?

Une question/suggestion récurrente qui m'a été faite par des lecteurs de mon blog est que ma démarche est mue (ou non) par un élan nostalgique. Le mot "nostalgie" évoque pour moi le regret d'une époque révolue, une incapacité à en faire le deuil et à construire un rapport positif à sa situation actuelle.
En ce sens, non, ma démarche n'a rien de nostalgique. Ce vécu passé, que je narre dans mon blog, est très beau à mes yeux mais je ne reste pas accroché à lui. Je ne me languis pas de cette époque. J'aime le fil de ma vie, tel qu'il se déroule jusqu'aujourd'hui. J'aime mon "aujourd'hui, maintenant", même si j'ai une affection particulière pour cette période passée de ma vie et tout ce qu'elle m'a apporté.
Quant au métier de modèle, c'est jusqu'à nouvel ordre, une page passée de ma vie en tant qu'activité professionnelle principale… mais je reste modèle au fond de moi et je suis partant pour toute occasion intéressante et ponctuelle d'exercer cet art. C'est ainsi qu'en 2008, dix ans exactement après avoir remis mon habit de travail au vestiaire, je l'ai repris pour une mémorable séance où j'incarnais "Jonas, recraché par la baleine" (ou plutôt, par le "gros poisson", si l'on s'en tient au récit biblique). Ce métier n'appartiendra probablement jamais au passé pour moi. Je renouerai avec lui chaque fois qu'une personne que j'apprécie pour sa démarche artistique et pour sa personnalité me sollicitera et il n'est pas exclu que je l'exerce un jour à nouveau d'une façon plus régulière, pour autant que les projets soient intéressants et que je parvienne à concilier cela avec mon activité professionnelle principale et avec ma vie familiale. J'y suis d'autant plus porté que je sais que les modèles de plus de 30 ans ne courent pas les rues et que, donc, leur apport est particulièrement utile et apprécié.


Hommage (1)… au souvenir ?

Un des lecteurs de ce blog voit en celui-ci un "hommage au souvenir". Je ne perçois pas précisément ce qu'il entend par là mais, confusément, intuitivement, je sens qu'il y a de cela. Hommage au passé, par le souvenir, par l'expression du souvenir. Hommage au passé qui fait de nous ce que nous sommes.


Hommage (2)… à Morgane, à notre histoire

En particulier, il y a probablement dans ma démarche, pas dans sa conception initiale mais dans ce qu'elle est devenue, un hommage particulier à Morgane, à la beauté de notre histoire, à ce que cette dernière a été pour moi une étape fondatrice pour moi et quelque chose qui nous porte positivement dans la vie, l'un et l'autre, encore aujourd'hui.


Hommage (3)… au métier de modèle

Une de mes motivations dans la tenue de ce blog est probablement de rendre hommage à ce métier, si mal considéré par la plupart. Je ne parle pas de déconsidération morale mais de déconsidération en tant que métier. Pour la grande majorité des gens, qu'ils soient extérieurs au monde artistique ou, au contraire, y soient liés, "modèle", ce n'est pas une activité qui demande un savoir-faire, encore moins un métier. C'est un petit boulot alimentaire et sans avenir. C'est assez compréhensible dans le chef d'un profane mais plus inattendu de la part d'enseignants et d'étudiants qui, quotidiennement voient les modèles à l'œuvre.
Plus grave, certaines personnes qui sont directement en contact avec les modèles leur manquent totalement de respect, à travers les conditions dans lesquelles ils les font travailler, à travers leurs paroles et leurs attitudes.
Ce blog, cette narration est une façon de montrer la noblesse que peut avoir ce métier, l'investissement, le savoir-faire et le savoir-être qu'il implique et peut-être de faire prendre conscience à certains du fait que c'est bien un métier et que l'on peut avoir de l'estime pour ceux qui le pratiquent en tant que tel.

Au passage, c'est l'occasion de dire que j'ai vécu la recherche scientifique de Julie Delarbre comme un tel hommage et que c'est une des raisons pour lesquelles son mémoire m'a tant touché et que je me mets à la disposition de la poursuite de sa recherche.


Donner un avenir à ce passé

Une motivation inconsciente de ma démarche est sans doute de donner un avenir à mon passé de modèle. Si, happé par une autre avenir professionnel, plein de sens pour moi, j'ai arrêté mon activité de modèle, je n'ai par contre jamais abandonné le désir fantasmatique de la pratiquer un jour à nouveau. Le fait même d'évoquer mon expérience dans ce domaine, de la partager, me garde en lien avec ce passé, le conjugue au présent et augmente la probabilité de concrétisation de ce désir fantasmatique. Et, ma foi, c'est fort plaisant. Les chaînes de causalité sont parfois extrêmement ténues et pourtant efficaces. Ainsi, le fait de parler de ce passé lors d'un souper amical avec un collègue de travail de Lily a mené à ce que je sois contacté par Julie Delarbre; c'est le mémoire de cette dernière qui m'a fait découvrir la pièce "Modèles Vivants" de Régis Duqué et les représentations prochaines de celle-ci en Belgique; c'est cette perspective qui m'a fait entraîner quelques proches à aller voir cette pièce, avec parmi eux, Tchen, une peintre avec qui j'ai gardé le contact, de loin en loin; c'est cette rare occasion qui l'a amené à me demander : "Tu ne connais pas un modèle qui pourrait se prêter à une séance de pose en milieu aquatique, pour un tableau sur la thématique de Jonas ?" et a abouti à ce que je reprenne du service, après une pause de 10 ans, pour une séance mémorable. Ce n'est peut-être pas la dernière fois que ma propension à parler de ce passé créera des opportunités d'écrire de nouveaux chapitres de cet itinéraire de modèle.


Voilà. N'hésitez pas à réagir à ce billet par des questions ou des commentaires, car je sens que vos regards extérieurs nourrissent la sagacité de ma réflexion sur cette étrange démarche et sur le temps et l'énergie que j'y investi.

Dans le billet suivant, vous trouverez une tentative d'approche des raisons pour lesquelles cette expérience de modèle me tient tant à cœur (pour autant que je peux les cerner).

Merci à Dionysos2-2 qui, par ses questions, a induit cette réflexion.

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