11 mars 1992, mercredi, journal
Journée de travail à Villers. Je suis rentré en train avec Marcel. Le trajet jusqu'à Hottain fut l'occasion d'une improvisation théâtrale. C'est Marcel qui, en s'asseyant sur la banquette, commença en me lançant, avec son humour décalé : "Alors, on t'a fait ta piqûre aujourd'hui ?" S'en est suivi un long dialogue entre lui et moi où j'incarnais un adulte dérangé mentalement, dangereux et sous traitement médical et Marcel, son accompagnateur au cours de ce voyage en train. Le dialogue évoquait mon aversion pour les piqûres, la nécessité de celle-ci et une série d'anecdotes, plus atroces les unes que les autres qui montraient la nécessité de mon traitement. J'avais un ton infantile tandis que Marcel avait celui d'un éducateur. Notre jeu devait être très convaincant car des passagers qui se trouvaient dans notre compartiment étaient visiblement mal à l'aise, certains prenant même leurs distances. Le plus fort, c'est qu'au bout de quelques minutes, je m'aperçus que la personne assise juste à côté de moi n'était autre que Gauthier, le frère de Godefroid G. J'ai continué mon jeu et j'ai même échangé quelques paroles avec lui, toujours avec mon ton infantile. Ce n'est qu'en arrivant en gare d'Hottain que j'ai repris, sans transition, mon ton normal pour lui dire :
- "Et toi, que deviens-tu ? Moi, je fais mon service civil à Villers... et de l'improvisation théâtrale". Il resta troublé durant quelques secondes, puis lâcha :
- "Ouf ! Tu me soulages. J'avais vraiment crû qu'il t'était arrivé un accident. J'étais effrayé de te voir dans cet état de régression et je m'étonnais que Godefroid ne m'en ait pas parlé".
[...]
Pas moins de trois lettres de Dorian m'attendaient chez moi. Savoir qu'une femme est entrée dans ma vie lui est manifestement insupportable. Tantôt il tente de se poser en expert donneur de conseil, tantôt il tente de dégrader à mes yeux celle avec qui je partage ma vie, dont, Dieu merci, il ne connaît pas l'identité. Ses propos prêtent, selon l'humeur et l'humour, soit à s'irriter soit à s'esclaffer. "Pense au préservatif, STP.", m'écrit-il. Il prend toute une page pour me mettre en garde contre les femmes qui s'intéresseraient à moi pour mon argent (lequel ?)... "N'oublie pas que tu es riche, ingénieur et que tu appartiens à la grande bourgeoisie belge. Des filles font 5 ans d'université rien que pour épouser un jeune hériter comme toi !", m'écrit-il, ridicule. C'est vrai qu'avec 20 000 francs (500 euros) de solde mensuelle et quelques dizaines de milliers de francs de réserve, je suis financièrement "riche", avec un diplôme d'ingénieur civil que je ne compte pas valoriser par un boulot en entreprise et des projets de travailler durablement comme modèle, j'ai une profession attractive sur le plan salarial et avec des parents "petits indépendants retraités", j'appartiens à la haute bourgeoisie. C'est vrai qu'il y a de quoi attirer des "poules de luxe". C'est risible. La jalousie aveugle Dorian. Il devrait nous voir, Morgane et moi, avec notre vie qui fait plutôt penser à "La Bohème", de Charles Aznavour, faite, comme encore ce soir, de partage d'un peu de thé, d'échange d'idées, d'amour et de tendresse. Dire que je sacrifie une soirée avec Morgane, demain soir, pour héberger Dorian.
Commentaires
Derniers billets
Étiquettes
Les liens du blog
Rechercher dans le blog
Derniers commentaires
0 utilisateur(s) actif(s)
0 invité(s)
0 membre(s)
0 membre(s) anonyme(s)
0 membre(s)
0 membre(s) anonyme(s)
Aide

Laisser un commentaire



