13 décembre 1991, vendredi, journal (2)
Je suis arrivé à l'Académie du Lucque une heure avant la fête, Jan ayant dit qu'il ne refuserait pas un coup de main pour préparer la salle. Il y avait déjà là 3 ou 4 personnes. Nous avons préparé la salle dans la bonne humeur. Ce genre de préparatifs permet toujours de briser la glace avec les gens qui y participent.
Les deux disk-jockeys étaient là et passaient déjà de la musique. J'avais craint que l'on ait affaire à des animateurs ringards, vu la moyenne d'âge des élèves (50 ans ou plus, je crois). Tout au contraire, c'était deux jeunes et le premier morceau que j'ai entendu était "Je t'aime mélancolie", de Mylène Farmer.
Vers 20 heures, tout était prêt. Les convives ont commencé à arriver. Une vingtaine au début mais avant 21 heures, il y avait 150 personnes, voire davantage.
Parmi les premiers arrivés, je ne connaissais guère de monde. Ceux que je connaissais parlaient avec d'autres. Pendant un temps, je me suis senti un peu "ou". Avec Moniske, une femme âgée qui me peint actuellement, je me suis occupé de la disposition du buffet. Jock, celui qui m'a si bien peint à l'atelier de Lamandier est la première personne avec qui j'ai lié conversation. C'est un peu injustement que je l'ai appelé le "vieux grivois" dans les pages de ce journal*. Je lui ai donné la photo que j'ai tirée de son tableau. Il m'a remercié et dit que, si je le souhaite, je pourrais avoir son tableau à la fin de l'année scolaire. "C'est trop, ai-je répondu, je ne voudrais pas vous priver de cela". "Si on veut avancer, il ne faut pas s'accrocher à ses œuvres", m'a-t-il répondu. J'ai accepté son offre et l'ai vivement remercié. Plus je rencontre Jock, plus il me plaît. Il est très chaleureux. Je vais peut-être lui demander s'il n'a pas besoin de mes services comme modèle privé.
Après ces moments passés à parler avec Jock, je n'ai cessé de rencontrer des gens. J'ai appris les prénoms de nombreuses personnes rencontrées précédemment dans les ateliers. C'est ainsi que je sais maintenant que le vieux qui peignait le lit de bûches l'atelier de Lamandier s'appelle Pierre. Comme Jock, il est très chaleureux. Alors qu'il ne m'a pas peint lorsque j'étais dans son atelier, il me salue très gentiment chaque fois que nous nous croisons. Lemoine, lui, a toujours la même froideur et Lamandier la même réserve. Sabine Delcanse, elle, est toujours aussi "spitante" Je lui ai demandé si elle n'a pas besoin de modèle en janvier mais ce n'est pas le cas.
Durant l'apéritif, j'ai conversé avec une jeune femme qui dessine dans l'atelier de Sabine Delcanse. Elle m'a demandé comment j'en suis arrivé à pratiquer ce métier de modèle. Je lui ai répondu et parlé aussi de mon année sabbatique et de mes activités sociales. La jeune femme était très intéressée et approuvait mon choix pour ce temps sabbatique. Comme je le lui ai dit, tout le monde ne partage pas son avis. Il est plous d'une personne qui y trouve matière à un reproche d'ordre moral. Ce fut un très agréable moment de discussion. C'était troublant, cette rapidité que nous avions eue à parler de choses essentielles. Nous avons été séparés au moment de l'ouverture du buffet.
Une fois servi, j'ai rejoint Eve et quelques autres élèves de l'atelier, assis sur les quelques marches menant à l'atelier de sculptures. La discussion s'est rapidement engagée avec Eve, nous révélant maintes affinités. Elle se présente comme une folle, et moi comme un fou... Nous sommes faits pour nous entendre. Eve était sensible au fait que je me sente une partie féminine. Eve m'a parlé de ses amis, dont certains sont artistes et pour lesquels elle a posé occasionnellement, en avouant qu'elle n'a pas mon endurance pour tenir la pose. On a parlé de l'ambiance de l'atelier et, en particulier, d'Edouard. [...]
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