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semaine 1

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Semaine 1 : Être une personne juste?
De l'état normal de malheur, l'alternative est d'abord entre folie et sagesse; on atteint l'état de juste en passant par la sagesse, ou état de non malheur
Lundi:

"Étudier le bouddhisme"
Mardi:

"Méditer"
Mercredi:

"Tolérer les torts"
Jeudi:

"Maîtriser ses réactions"
Vendredi:

"Trouver la solution"
Samedi:

"Viser l'acte juste"
Dimanche:

"Abandonner la force"
D'abord, je suis malheureux, et je ne connais que mon malheur. Je suis un malheureux qui aspire à être un juste, et qui n'en trouvant pas la voie tombe régulièrement dans une sorte de folie. J'en haïs le monde entier et moi-même; je veux mourir ou je veux m'en prendre aux autres et à la communauté.
Puis je vois que ce malheur qui m'afflige n'est pas exceptionnel. Il est même très fréquent chez les autres. Je comprends qu'il existe des voies, que des solutions sont possibles. J'en essaie plusieurs qui donnent des résultats.
Enfin, je comprends que la sagesse n'est que le soulagement de la peine, la capacité de sortir du malheur, l'état de non malheur.
Pourquoi suis-je un malheureux qui, quand il veut se comporter en juste, ne parvient à se comporter qu'en fou? Parce que, simplement, on ne peut pas passer de l'état de malheureux à celui de juste sans passer par celui de sage. Pas plus qu'un bébé ne peut directement devenir un adulte, pas plus qu'on ne peut devenir un bon pianiste sans avoir été un pianiste débutant.


La personne juste:
agit ponctuellement dans le sens du "bien" (défini comme les conditions dans lesquelles d'autres personnes, présentes ou en aval des générations, pourront atteindre l'état de non malheur); agit dans le sens du "bien" contre toute attente, dans des circonstances où la majorité tend à rejoindre la folie plutôt que la sagesse.
La personne sage:
cherche ses difficultés dans sa manière de voir les choses; peut se changer elle-même et peut agir sur son humeur; vit un état de non-malheur, et peut facilement le regagner quand le malheur l'envahit; parvient à éviter d'exercer toute forme d'influence par la force, a fortiori toute brutalité, a fortiori toute violence.
La personne malheureuse:
pense que ses difficultés sont dues aux circonstances ou aux autres et cherche à les modifier ou à les changer, ou pense que ses difficultés sont dues à sa nature et pense n'y avoir aucune prise; croit en la chance et en la malchance; croit que ses émotions ne peuvent ou ne doivent pas être contrôlées; pense que le bonheur tient dans le pouvoir.
La personne folle:
veut changer le monde; veut faire le bonheur des autres mais ne sait pas faire le sien; se pense mauvaise par essence ou juste par essence, ou les deux alternativement; accuse les circonstances ou les autres personnes de ses difficultés; fait preuve de violence verbale; croit que la colère soulage; fait preuve de violence physique; se mortifie; retourne sa violence contre elle-même.
La personne criminelle:
accuse les autres personnes et les circonstances de ses difficultés et retourne sa violence contre les siens et la communauté.



Semaine 1
Être une personne juste?
LUNDI 1 "Étudier le bouddhisme"
Ce que je cherche doit se trouver dans une forme
ou une autre de bouddhisme
"Peut-être nous disons-nous: "Ne dis pas que le monde est impermanent parce que c'est pessimiste." Mais qu'importe notre expérience ou les sentiments que nous inspire l'impermanence; le monde est impermanent" [RS109].
Le Bouddhisme est un choc philosophique pour un européen. Non pas que le bouddhisme soit la vérité. Mais y poser un regard tolérant et critique permet d'accéder à un monde de pensée différent.
Je me suis proposé un jour de laisser derrière moi mes préjugés négatifs sur les explications traditionnelles que les religions ont du monde (par exemple, dans la cas du Bouddhisme, sur la réincarnation), considérant qu'elles sont intenables si on les prend à la lettre mais souvent facile à interpréter si on accepte de les considérer comme des métaphores de faits bien terrestres.
De plus, je me suis aperçu que mon esprit occidental athée, voire antireligieux, acceptait plus facilement de se pencher sur ce que propose une religion si il considérait que celle-ci n'offre pas nécessairement une interprétation du monde telle qu'il est mais telle que l'humain désire qu'il soit. Sur ce plan, le bouddhisme peut dévoiler tout un pan de la psychologie humaine que l'occident ignore ou néglige.
Lorsque je me suis penché sur le bouddhisme avec ce regard pour la première fois, la pensée qui le sous-tend m'est apparue comme la plus sensée des explications des fonctionnements humains qu'il ne m'ait été donné d'approcher. Mais de façon plus surprenante, elle m'est apparue comme la continuation logique du développement de la pensée occidentale! Ce qui est un paradoxe, la pensée bouddhiste étant apparue 2500 ans avant la pensée occidentale avec laquelle je la compare.
[Liens sur le bouddhisme]
Le monde occidental opère lentement un virage philosophique qui le rapproche du bouddhisme:
a) La pensée scientifique occidentale ne se développe qu'à partir du moment où elle accepte, contre sa pensée religieuse dominante, que toutes les choses ont une cause explicable et que toutes les choses sont muta biles (c'est-à-dire qu'il n'existe pas de cause originelle et qu'aucune chose n'est intrinsèquement immuable). Or ces deux pensées, la causalité et l'impermanence, sont la base de la pensée philosophique bouddhiste.

cool.gif L'histoire des sciences occidentales et en particulier de la physique montre qu'il n'y a pas de "réalité" objective mais seulement des manières d'interpréter le monde (sans pour autant que celles-ci se valent toutes); parallèlement, la psychologie opère le même virage.

c) Les sciences de la cognition décrivent depuis récemment le comportement de l'individu comme le seul effet d'interactions d'éléments interdépendants, tant au niveau micro (les neurones) qu'au niveau macro (les agents dans le groupe).

d) Les méthodes occidentales de soulagement du malheur (les thérapies) prennent leur source dans la découverte de l'inconscient et dans l'idée que pour sortir du malheur, il est possible d'agir sur soi et non pas sur le monde. Les méthodes récentes insistent sur la capacité de transformer les problèmes en occasions d'améliorer son existence. Or toutes ces pensées sont inhérentes au bouddhisme.
Il n'est pas impossible qu'une réflexion nourrie mène immanquablement aux mêmes conclusions éthiques ("the timeless truths of all humanity", [7H292]) mais les "valeurs" sont aussi impermanentes que les modes ou les sociétés. Le jugement que les humains ont de l'importance des choses varie considérablement. La plupart des notions sur lesquelles sont basées nos existences (y compris celles pour lesquelles nous pensons souffrir) n'auraient aucun sens si nous vivions ailleurs ou à une autre époque, et souvent même n'ont eu ou n'auront aucun sens pour nous-mêmes à une autre période de notre vie. Nous nous laissons influencer par ce que nous avons l'habitude de voir ou d'entendre. Le fait de le comprendre permet d'accorder moins d'importance à des possessions particulières, à un mode de vie, à des ambitions, à des critères esthétiques, et aussi aux jugements des autres.



Semaine 1
Être une personne juste?
MARDI 1 "Méditer"
Quelques minutes d'introspection sont plus efficaces
que des heures de ressassement

"C'est la manière dont nous voyons le problème qui constitue le problème... Chaque fois que nous pensons que le problème est là, extérieur à nous, cette pensée constitue le problème" [7H89].
"Si j'ai vraiment l'intention d'améliorer la situation, je peux agir sur la seule chose sur laquelle j'ai un contrôle: moi-même" [7H90].
"Problems are opportunities" [7H202].
Ces trois principes:
• les problèmes ne sont pas hors de ma portée; ils ne viennent pas de l'extérieur mais de ma manière de voir le monde
• je peux toujours améliorer ma situation en agissant sur moi-même
• un problème est une occasion d'améliorer mon existence
ne peuvent être appliqués dans la vie de tous les jours qu'au prix d'une réflexion intense. Néanmoins, cette réflexion est accessible à tous, et elle est toujours efficace pour peu qu'elle soit brève, mais régulière, profonde, et volontariste.
• brève: par exemple 10 minutes à 1/2 heure;
• mais régulière: par exemple une fois par jour;
• et profonde: en isolation dans une pièce silencieuse;
• et volontariste: avec l'intention et la conviction d'aboutir à un résultat.
Méditer, c'est dégager en soi de petites clairières de connaissance dans une immense jungle d'ignorance.
Le ressassement est l'habitude de tourner et retourner des heures durant dans sa tête une émotion pénible (angoisse, rancoeur, colère) pendant qu'on se livre à d'autres activités. Il est souvent difficile de repousser la pensée pénible car on a l'impression qu'on va résoudre le problème en y pensant. Cette impression est fausse parce qu'on n'est pas concentré sur la résolution du problème mais seulement obsédé par son émotion négative. On peut parvenir à la dissiper en se disant: "Ce n'est pas le moment de penser à ça. Je vais y réfléchir profondément et calmement tout à l'heure".
"Problems are opportunities" [7H202].
Si des entreprises se créent et que la notion de travail a un sens c'est bien parce que des problèmes apparaissent et qu'il faut les résoudre. Concevoir un emploi, c'est avant tout traiter un problème comme une opportunité de créer un service. Dans l'entreprise, le client n'existe que parce que c'est une personne avec un besoin, donc un problème, et qui arrive donc toujours avec un problème à soumettre. C'est ce qui donne un sens à l'entreprise (imaginons ce qu'il adviendrait d'une entreprise dont les employés diraient "Oh, non! Encore un client!").
Je peux décider d'adopter le même point de vue dans ma vie. Si un problème apparaît concernant mon conjoint, mon enfant, ou mon collègue, je peux y voir une occasion de se comprendre et de se rapprocher.
On peut refuser cette façon de voir les choses et passer son temps à essayer d'éviter les problèmes. Mais chassez-les par la porte, ils reviennent par la fenêtre. On n’échappe pas à un problème. Il existe. Et à un moment où a un autre on l'affronte.
Je ne dis pas qu'il faut sauter sur les problèmes, mais ils sont inévitables et ils font le sens de la vie. La seule différence entre les plaisirs et les problèmes est que les plaisirs sont des problèmes qu'on a plaisir à résoudre et les problèmes sont des problèmes dont on a pas encore vu le plaisir qu'on pouvait avoir à les résoudre.
Mais d'un côté je dis qu'on ne peut pas échapper aux problèmes, et de l'autre qu'ils ne sont que les conséquences de notre manière de voir le monde. Eh bien, oui. Et les affronter, c'est précisément se donner l'occasion changer en bien notre façon de voir le monde.



Semaine 1
Être une personne juste?
MERCREDI 1 "Tolérer les torts"
Les causes d'une "faute" sont nombreuses et compliquées,
et dans la plupart des cas elles m'échappent
"Voyons le chemin par où la faute a passé" (Les misérables, p.15)

"Donc quand ami ou ennemi
agit rudement soit serein
dis-toi que l'état qui le tient
telles ou telles choses l'y ont mis"
(Shantideva, 8e siècle [GB62])

La plupart d'entre nous sont dominés par leurs attachements matériels et ceux-ci leur font faire beaucoup de choses absurdes. Ce n'est pas une raison pour moi de mépriser qui que ce soit, parce que je lutte continuellement avec ces attachements, et ensuite parce que les causes de ces attachements sont multiples et complexes, et qu'elles nous sont transmises par toutes les vies humaines qui nous ont précédées. Si c'était si facile, nous serions tous des sages ou des justes.
D'abord, la plupart des torts commis ne le sont pas en claire connaissance de leurs conséquences [MAR38]. Ensuite, tous les torts, petits et grands, trouvent leur origine dans le malheur humain et dans l'incapacité d'en sortir. Il n'y a pas de criminel, de voleur, ou tout simplement de personne en colère qui ne soit d'abord une personne malheureuse.
Enfin, la plupart des torts que je peux repérer chez d'autres personnes sont issus d'attitudes
(a) que j'ai parfois aussi,
(cool.gif ou dont je me suis débarrassé à grand-peine,
© ou dont j'ai été épargné par l'éducation que j'ai reçue.
Est-ce que je peux alors accuser quelqu'un
(a) de ne pas pouvoir corriger, ou maîtriser, ou éviter une manière de se comporter dont je suis familier?
(cool.gif de ne pas avoir eu de "révélation", c'est à dire de ne pas encore avoir compris ce que j'ai mis si longtemps à comprendre?
© de ne pas avoir reçu la même éducation que moi? [MER39]
La plupart du temps, tout cela m'est clair et je ne suis pas affecté par les actes commis par d'autres personnes. Si je le suis, c'est surtout parce que le tort commis est associé à une forme d'envie. Par exemple, si ma colère va au voleur, c'est surtout parce que celui-ci prétend échapper aux contraintes auxquelles je me plie dans la vie. Si je suis capable de vivre ces contraintes sans en souffrir d'aucune manière, les actes du voleur ne m'affectent pas: la personne malheureuse est le voleur, pas moi.
Par ailleurs, tout le monde souffre des mêmes souffrances, et des mêmes traumatismes (naissance, douleur, maladie, décrépitude et mort). Les différences sont infimes par rapport à ce que nous partageons tous [VEN39].
C'est en ne réagissant pas au mal que je compense le mal, et non en tentant de le supprimer. Le mal ne peut être supprimé par la force. La personne qui commet un tort n'en sera jamais convaincue par l'usage de la force, et l'usage de la force ne fait qu'ajouter du mal au mal commis. En revanche, l'absence de réaction au mal et la suppression des branches auxquelles il s'accroche le laisse sans prise et amène qui le commet à considérer d'autre moyens d'obtenir satisfaction [LUN39].
- Un voisin exaspéré par votre pratique du saxophone brise votre boîte à lettre et déchire votre courrier. Imaginez trois ou quatre réactions possibles et formulez les conséquences de chacune d'entre elles. Soyez réaliste: allez jusqu'au bout de ces conséquences. Imaginez un moyen de pouvoir à coup sûr pratiquer votre saxophone tout en rétablissant en même temps de bonnes relations avec votre malheureux voisin.
- Un assassinat. Quelles qu'elles soient, laissez de côté vos convictions personnelles et adoptez un point de vue orienté vers la recherche de vraies solutions. Pensez à la famille de la victime et à la famille du criminel. Pensez avant tout à améliorer la situation telle qu'elle est au moment où vous la prenez en main, et cherchez s'il n'est pas possible d'en tirer profit pour l'avenir. Considérez les options suivantes: peine de mort, perpétuité, condamnation à quelques années de prison, utilisation pour études sur la criminalité, assignation à un travail, liberté, autre.



Semaine 1
Être une personne juste?
JEUDI 1 "Maîtriser ses réactions"
Abandonner l'idée de réagir; penser: "je vais réfléchir"
Quand un chien se tient en face de vous et aboie, est-ce que vous tentez de l'impressionner en manifestant votre colère? Non. Vous essayez de ne manifester ni colère, ni agressivité, ni peur, et vous passez tout simplement votre chemin. Vous n'essayez pas de corriger le chien.
Il nous est parfois très difficile de maîtriser nos réactions, en particulier d'indignation, de colère, de dégoût ou même de tristesse. Si nous vivons ou avons vécu dans un milieu dans lequel les émotions sont exprimées souvent et violemment, il nous est difficile de comprendre que les émotions peuvent être retenues et qu'on a avantage à le faire. Si je suis par exemple quelqu'un qui s'emporte facilement, il m'est difficile de voir les très grands avantages que ma vie tirerait de ne plus me mettre en colère. De plus, il me semble être soudain "submergé" par ma colère. Il m'est difficile de voir qu'il s'agit en fait d'un processus graduel, plus ou moins rapide selon les personnes, pendant lequel l'irritabilité et l'hostilité s'accumulent avant que la colère n'explose. Néanmoins, il m'est possible d'apprendre à me glisser dans cet espace.
Pour cela, je peux anticiper mes réactions, c'est-à-dire m'y préparer et aller à leur encontre; je peux les distraire, par exemple en comptant dans ma tête jusqu'à dix ou jusqu'à cent si nécessaire; je peux les désamorcer en m'éloignant de ce que je crois être leur source; enfin je peux les dissiper par le raisonnement et regardant la situation et en m'apercevant qu'elle ne justifie pas mon émotion et que j'ai avantage à maîtriser mes réactions [MER14].
L'éloignement est la méthode la plus simple mais elle ne rend pas directement possible un progrès sur soi-même. Il est bon de l'utiliser lorsqu'on a compris l'avantage qu'on a à maîtriser ses réactions mais qu'on ne sait pas comment faire.
L'analyse de la situation est la méthode la plus difficile mais la seule durable. C'est pourquoi je conseille d'utiliser toutes les méthodes pour se sauver de la réaction violente et immédiate, mais d'en venir petit à petit à dissiper l'émotion en observant la situation et en constatant qu'elle ne justifie pas l'émotion qui nous emporte.
Le cerveau humain est composé d'environ dix milliards de neurones qui se comportent tous de la même façon, basée sur le modèle stimulus/réponse. Chacun d'entre eux reçoit les impulsions électrochimiques provenant des organes des sens ou d'autres neurones. Jusqu'à un certain seuil, il ne se passe rien. Puis le neurone "déborde" et jette à son tour une impulsion vers d'autres neurones ou vers des organes du corps.


En tant que personne, nous nous comportons dans une certaine mesure de la même façon. C'est particulièrement flagrant dans le cas de la colère. Nous recevons des stimuli de notre environnement et ces stimuli font monter en nous le niveau émotionnel. Puis la colère "déborde", ou "explose".
Néanmoins, au-delà de ces similitudes, il existe une différence fondamentale entre le neurone de notre cerveau et nous-mêmes. Le neurone individuel est très simple et son temps de réaction est pratiquement instantané. Mais en ce qui concerne la personne, il y a justement dix milliards de neurones entre les stimuli et la réponse. L'information doit accomplir un chemin très compliqué. Nous pouvons profiter de cette complexité pour contrôler la manière dont nous recevons les stimuli et la manière dont ils font monter en nous le flot émotionnel. C'est ce que Steven Covey appelle l'espace entre le stimulus et la réponse [7H71] et qu'on pourrait aussi appeler la libre volonté.

Une fois qu'on a pris conscience de cet espace, il est assez facile de s'y glisser et de l'agrandir.



Semaine 1
Être une personne juste?
VENDREDI 1 "Trouver la solution"
Les difficultés apparentes, les méthodes ou les convictions
sont sans importance : opter pour des solutions

Moi: "Tu crois qu'on peut le faire?"
Meiko: "Si on le fait, on saura qu'on peut."

- Quelqu'un déchire volontairement son pantalon, puis rentre dans un magasin, essaie tous les pantalons puis dit: "C'est chaque fois la même chose! Chaque fois que je déchire mon pantalon il n'y a aucun pantalon convenable dans ce magasin!"
- Une personne est penchée sur son évier plein de vaisselle sale. Elle dit: "Est-ce que je dois faire la vaisselle maintenant? Et est-ce que je peux la faire? Et de toute façon, est-ce même possible en soi de faire la vaisselle?"
- Un piéton est arrêté au milieu du trafic. Quelqu'un lui crie: "Ne restez pas là!" Le piéton répond: "Je voudrais bien! Mais le petit bonhomme est passé au rouge pendant que je traversais!"
- Tous les jours, un homme manie la scie au dessus de son tas de bois mais aucune bûche ne s'entasse sous l'auvent et aucune fumée ne sort jamais de sa cheminée. Un jour, un voisin intrigué s'approche et lui dit: "Mais monsieur! Vous sciez avec le mauvais côté de la lame!" "Et alors?" dit l'autre. "Mon père faisait comme ça, et ce qui était assez bon pour mon père est assez bon pour moi."
- Il y a un incendie et les pompiers déploient leur échelle. Une personne invitée à l'utiliser pour sortir de l'immeuble s'écrie: "Je ne peux pas! Ma grand-mère me forçait à boire du chocolat tous les mercredis!"
- On rapporte au chef d'une petite dictature que la production nationale a sérieusement baissé pendant l'année passée. "Très bien" dit celui-ci. "Cette année, tous les citoyens devront se tenir sur un pied deux heures par jour pour leur apprendre à travailler plus vite".
Ces situations dignes du chapelier fou d'Alice au Pays des Merveilles nous paraissent ridicules. Et pourtant, nous faisons ça tout le temps.
• Nous créons nous-mêmes des situations difficiles puis nous accusons les circonstances de les rendre impossibles à résoudre.
• Nous nous demandons s'il faut faire les choses et comment les faire, alors que la plupart du temps il suffit de les faire.
• Nous sommes empêtrés dans le fait que nous prenons les choses au pied de la lettre au lieu de chercher à en comprendre sincèrement l'esprit.
• Nous maintenons jour après jour des habitudes absurdes qui sont soit des résidus historiques, soit des erreurs pures et simples de ceux qui nous les ont transmises ou qui les leur ont transmises avant eux.
• Nous mettons en relations des évènements de nos vies qui n'ont entre eux qu'un rapport compliqué, qui ne se rattachent à la situation présente que de façon très indirecte, mais qui néanmoins nous cachent les solutions très immédiates qui s'offrent à nous.
• Enfin et surtout, nous adoptons des mesures qui n'ont pas d'effet ou parfois l'effet inverse de ce qui serait désirable. Ceci est vrai dès que nous disposons d'un peu de pouvoir: nous crions pour empêcher les autres de crier, nous mettons des sabots aux roues des voitures pour les immobiliser là où il est interdit de stationner!
Quel est donc l'arbre qui cache la forêt? Qu'est-ce qui nous cache les solutions effectives qui s'offrent à nous? C'est la peur d'aborder le problème. Nous tournons autour, nous le regardons, nous l'éloignons, nous le tâtons, nous le goûtons, parce que nous confondons notre sincère désir de résoudre le problème avec son affrontement et sa résolution effective.
Que faire dans les situations suivantes?
• Nous organisons une réunion mais les discussions sont interminables, la réunion s'étend bien au-delà de l'heure prévue et nous nous séparons en fixant une nouvelle réunion et en sachant qu'à ce rythme il faudra au moins trois réunions de même longueur pour venir à bout de l'ordre du jour. Chacun sait bien que la situation est intenable, mais personne ne sait comment intervenir.
• Je suis en conflit avec un collègue ou un associé et chacun campe sur ses positions. En attendant le travail ne se fait pas. Nous risquons notre poste et chacun tient l'autre pour responsable de la situation.
• Je suis débordé. Quand je me penche sur une chose à faire, je ne peux m'empêcher de penser à celles que je ne fais pas. En attendant rien n'avance.
Je suis obsédé par le déroulement passé de mon existence et je pense que mes difficultés présentes sont à blâmer sur un parent fautif; une erreur passée que j'ai commise; une névrose ou un handicap originel. Ma vie est un enfer.




Semaine 1
Être une personne juste?
SAMEDI 1 "Viser l'acte juste"
Ça ne sert à rien de se croire juste ou pas; ce qui sert à tous, c'est d'opter pour l'acte juste

Un poète demande à un maître zen : "Qu'est-ce que Bouddha a enseigné?" Le maître répond : "De faire le bien et de ne pas faire le mal". "C'est tout?" fait le poète. "Même un enfant de trois ans sait ça". Alors le maître dit: "Même un enfant de trois ans sait ça, mais même un homme de quatre-vingt ans ne le met pas en pratique" [RS246].
J'essaie de ne pas confondre les intentions et les actes.
Parfois, nous sommes tentés de croire que parce que nous avons de bonnes intentions nous sommes justes. Parfois encore, parce qu'il nous arrive de ne pas nous comporter de la façon la plus juste possible, nous pensons que nous sommes des monstres. Mais peu importe notre nature profonde ou les qualificatifs que nous lui assignons! Ce qui compte, ce sont les actes que nous réalisons. Si nous donnons un couteau à un enfant avec les meilleures intentions du monde et qu'il se blesse, ça ne fait aucune différence avec le fait de lui avoir donné le couteau dans l'intention qu'il se blesse. Si, dans le but de faire le bonheur d'une personne, nous la bousculons ou nous la choquons, ça ne fait aucune différence avec le fait de la bousculer ou de la choquer par pure méchanceté.
N'essayons pas de nous préoccuper de notre nature profonde et de sa bonté ou sa méchanceté. Personne ne demandera jamais de compte à notre nature profonde. La seule chose qui compte est d'agir d'heure en heure de façon juste, car seules nos paroles et nos actes ont des conséquences.
Incidemment, ce n'est pas la peine de nous justifier de nos actes en invoquant nos intentions. Imaginons une personne recalée à un examen qui demanderait à ce que sa note soit reconsidérée parce qu'elle avait l'intention de réussir!
Si je blesse quelqu'un et que cette personne me dit "Tu m'a fait mal", quel bien ça peut lui faire que je lui affirme que je n'avais pas l'intention de lui faire du mal? Ça ne veut pas dire que je ne peux ou que je ne dois rien faire: il me suffit de présenter des excuses et de m'enquérir de ce que je peux faire pour réparer. Agir sincèrement pour la réparation d'un préjudice vaut quelques millions de bonnes intentions.
"Walk your talk": agis comme tu dis le faire.
Si je dis qu'il faut faire ceci ou cela mais que je ne le fais pas, je suis malhonnête ou je m'abuse moi-même. Si je crois que de faire ceci ou cela est bien, mais que je ne peux pas le faire, alors il est préférable de m'asseoir un instant et de réfléchir au sens de ce que je dis.
"Walk your talk": montre que ce que tu dis te profite.
Si je dis que je détiens la vérité et que je me mets dans des situations dangereuses ou néfastes, personne ne croira à ma vérité. Si je parle à quelqu'un et que je lui dis qu'il est bon de faire ceci ou cela, la personne regardera ce que je suis et demandera: "Pourquoi? Est-ce que je si je fais ceci ou cela je vais me sentir mieux que je ne suis maintenant?" Et elle en décidera en me regardant.




Semaine 1
Être une personne juste?
DIMANCHE 1 "Abandonner la force"
Renoncer à l'usage de la force en toutes circonstances
demande un effort permanent
"Vivre dans la violence c'est comme de voyager en chevauchant un tigre. On finit toujours par être bouffé par sa monture" (proverbe popolthèque).
"L'usage de la force construit la faiblesse. L'usage de la force affaiblit celui qui use de la force parce qu'il renforce l'habitude d'user de pouvoirs externes pour faire faire les choses. Cela construit de la faiblesse chez la personne que l'on force parce que cela empêche le développement du raisonnement indépendant, de la croissance individuelle et de l'autodiscipline. Enfin, cela affaiblit la relation parce que la peur remplace la coopération, et que les deux personnes impliquées deviennent plus arbitraires et défensives."[7H39]
"Force" et "violence" sont utilisés ici sans distinction, comme deux termes équivalents, et correspondent tous les deux à "menace", "coercition", "pression", et enfin "brutalité", sous toutes leurs formes. L'idée en est que la violence commence avec toute forme de pression sur le libre choix de la personne autre que la suggestion et la présentation des tenants et aboutissants d'un problème. Élever la voix est déjà une forme de violence. Menacer est une forme de violence. Bousculer est une forme de violence. Obliger est une forme de violence.
Comme l'explique Covey dans le passage ci-dessus, l'usage de la force construit la faiblesse chez la personne qui use de la force comme chez celle qui la subit, et crée un climat qui n'est profitable à aucune. Ajoutons que la personne qui subit la force tend à y résister à son tour par la force ou la violence: elle n'a pas d'autre solution que la révolte. La coopération permet au contraire de profiter de l'action conjuguée des pleines possibilités de tous les participants.
Il n'est pas question ici de reprendre le concept de non-violence tel qu'on l'entend habituellement, et qui consiste à stigmatiser l'usage de la violence physique. Il s'agit de chercher et de trouver systématiquement une alternative à l'usage du pouvoir pour obtenir ce qu'on croit bon ou juste. Cette attitude est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre qu'il n'y paraît. En effet, l'usage de la force est ancré dans la plupart de nos habitudes: relationnelles, éducationnelles, institutionnelles. L'abandonner exige un travail de tous les instants: comment, en effet, mener à bien les rôles de parent, de responsable de projet, de chef d'entreprise, d'enseignant, de responsable politique, de fonctionnaire, etc., sans jamais avoir recours à la coercition, alors qu'on tend dans ces positions à y avoir recours à chaque instant.
Ma suggestion peut paraître absurde, voire dangereuse, en particulier si l'on est un partisan du coup de pied au cul et de la montée au front, mais il me paraît peu discutable que l'histoire de la civilisation, c'est avant tout, dans tous les domaines, l'histoire de l'abandon de l'usage de la force: c'est celle du passage de la loi du plus fort à la coopération sociale, de la dictature à la république, de la tentation guerrière à la diplomatie, de l'apprentissage par la violence à l'apprentissage par l'expérience, du pillage au commerce, du viol à l'amour librement consenti.
Le fait que la violence engendre la violence a une motivation physiologique: lorsque l'individu est mis en danger, son niveau de testostérone s'élève. La testostérone est l'hormone mâle, et c'est également celle qui est associée à l'agressivité [BS81].
Il ne s'agit pas de refuser la violence par principe, mais d'envisager systématiquement toutes sortes de solutions alternatives.
(a) Dans quelle circonstance de votre vie utilisez-vous la force? Pouvez-vous imaginer d'abandonner l'usage de la force dans cette situation?
(cool.gif Pouvez-vous imaginer un système de taxes et d'impôts qui ne soit pas basé sur l'obligation de les payer?
© Pouvez-vous imaginer une forme scolaire qui ne soit pas basée sur l'autorité?
(d) Imaginons que vous soyez dépossédé de votre maison par votre gouvernement en raison d'une construction publique et que l'indemnisation ne vous permette pas de retrouver un logement qui vous satisfasse. Qu'est-ce que vous faites?


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preceptes bouddhiques, merci Jean-luc AZRA

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"Je voudrais pratiquer la méditation, mais je ne sais pas comment m'y prendre. J'ai lu quelques livres, mais les livres ne permettent pas vraiment de savoir si on est dans le juste, si la position est bonne, si on fait ce qu'il faut... Et par ailleurs, je n'ai pas vraiment ni l'envie ni le temps d'aller dans un temple pour pratiquer... Je voudrais simplement quelques idées pour pratiquer au quotidien..."

-- Voilà une situation qui correspond à beaucoup d'entre nous. Nous ne voulons pas vraiment nous investir dans une école ou une tendance; nous voudrions simplement commencer "pour voir", avec curiosité et en même temps un certain scepticisme, avec volonté d'aboutir à quelque chose mais en même temps sans croire aux miracles ou à la magie.
Qu'est-ce que l'Almanach?
Autres références à propos de la méditation

La méditation minimale

"Faites za zen, et il se passera toujours quelque chose", dit Maître Daïnin Katagiri. Dans cette optique, la méditation consiste simplement à s'asseoir tranquillement à attendre qu'il se passe quelque chose.

Beaucoup d'entre nous cherchent quelque chose d'ésotérique ou de miraculeux quand ils débutent la méditation. Il ne s'agit de rien de tel.

A travers la méditation, nous passons de notre état de conscience habituel à un état de conscience différent, un peu comme nous passons du sommeil à la veille quand nous nous réveillons le matin.

Dans l'Almanach, la méditation est un moment de détente et de réflexion quotidien qui permet de clamer l'esprit, de faire le bilan, de "regarder la carte".

En effet, nous avançons dans la vie comme des automobilistes qui foncent dans une ville inconnue, comme des marcheurs qui progressent en forêt. Que nous allions vite ou que nous allions lentement, nous n'allons nulle part si nous ne nous arrêtons pas de temps en temps pour regarder la carte.

Que faire?

Tout simplement s'asseoir tranquillement dans un endroit tranquille et isolé.

Quelle position?

Les pratiquants de la plupart des écoles bouddhistes insistent pour pratiquer la position dite "du lotus" dans laquelle les pieds sont ramenés sur les cuisses; mais cette position est difficile a pratiquer, et douloureuse. Je suggère de nous contenter d'une position assise en tailleur, avec un soutien pour le dos:
Position 1
Assis(e) en tailleur sur un coussin ou une marche.
Cette position ménage le dos en assurant un angle moins fermé entre la colonne vertébrale et les jambes. Position 2
Assis(e) en tailleur, dans un fauteuil, ou le dos contre un mur. Cette position soutient le dos.






Quelle méthode?

Une suggestion:
1. Avant de commencer, formulez une question qui vous tracasse, puis n'y pensez plus.
2. Asseyez-vous en tailleur.
3. Fermez les yeux. Pendant quelques secondes ou quelques minutes, laissez votre esprit vagabonder; pensez à ce que vous voulez.
4. Pendant un petit moment, essayez de ne penser à rien.
5. A un moment, posez-vous la question qui vous tracasse. Écoutez vos réponses.
6. Laissez à nouveau votre esprit vagabonder et arrêtez quand vous voulez.
7. Faites le bilan (éventuellement par écrit)
Essayez maintenant!




Autres références à propos de la méditation:

Méditation minimale et construction de soi
Méditation quotidienne
Méditation et connaissance active
Méditation et compréhension de ses difficultés personnelles
Essayer la méditation


Quelques paroles de maîtres
Objectifs et mérites de la méditation
La méthode en 5 phases de l'Almanach
Quelques thèmes classiques pour la troisième phase
Quelques koan classiques et modernes
Exercices complémentaires










Notes à propos de la méditation

Objectifs et mérites de la méditation
La méthode en 5 phases de l'Almanach
Quelques thèmes classiques
Quelques koan classiques et modernes
Exercices complémentaires
Méditation minimale





"La pratique du zen nous montre finalement qu'aucune situation n'est véritablement une impasse. Nous nous croyons dans une telle situation car nous ne voyons qu'un aspect des choses et notre créativité est paralysée. Il existe toujours une transformation possible des pires situations […]" [ Moine zen en Occident , Roland Rech, p.185].

"Il suffit de faire za zen de tout notre cœur après y avoir réfléchi soigneusement et en avoir pris la décision. Immédiatement, des résultats apparaissent, et que nous les aimions ou pas, ce sont des choses qui sont en nous. Rien ne provient de l'extérieur. Ces choses viennent de nous. Quand nous en prenons conscience, il nous est un peu plus facile de nous concentrer, de nous asseoir sans être découragés par ces résultats. C'est une vie très claire. Nous savons qui nous sommes, ce que nous avons fait de notre vie par le passé, ce que nous en faisons à présent, ce que nous en ferons dans le futur. Pendant za zen, nous pouvons tout voir. Ces images de la vie pendant za zen sont autant d'indications pertinentes quant à l'avenir. Si nous voyons quelque chose à corriger, nous n'avons qu'à le corriger […]. Il se passe toujours quelque chose" [ Retour au silence . La pratique du zen dans la vie quotidienne, Dainin Katagiri, p.87].



Thèmes classiques de méditation

Les sujets possibles ne manquent pas. Lounsbery cite quarante sujets de méditation classique selon l'École du Sud, puis une vingtaine de sujets «qui conviennent à l'occident», qu'il analyse en détails. Citons parmi ceux-ci:
• la paix
• la bienveillance
• la pitié
• la joie
• la sérénité
• le Bouddha
• l'enseignement qu'on lui attribue • les Quatre Certitudes
• l'éthique bouddhiste
• le don
• la souffrance «inhérente à toute vie phénoménale»
• le "moi" comme impermanent
• la mort
Dans les formes de bouddhisme du Grand Véhicule, citons par exemple:
• Méditation sur l'impermanence, c'est à dire le fait que les choses changent tout le temps. On peut tenter de stabiliser quelque chose, de l'empêcher de changer: par exemple la perception qu'on a d'un objet ou d'une sensation dans son corps (douleur, couleur, etc.); ou au contraire en se concentrant sur sa variabilité. On peut également réfléchir à l'impermanence des activités et des choses humaines (travail, œuvres, modes, opinions).
• Méditation sur le vide, ou l'irréalité des choses, c'est à dire le fait que les choses n'ont pas de réalité propre. On peut se concentrer sur un savoir ou un objet qui apparaissent réels et comprendre comment cette réalité n'est que le fait de la perception. On peut également mettre ces notions en relation avec des réflexions lues ou entendues sur l'absence de réalité matérielle (en physique, par exemple).
• Méditation à travers l'analyse de la perception d'un objet. Chaque objet a quatre formes: l'objet lui-même, ce que je perçois de l'objet, ce que je considère être l'objet, et l'intention que je lui attribue. En général, nous percevons ces quatre formes en une seule et nous n'imaginons pas qu'elles différent les unes des autres.




Quelques koan classiques et modernes

Pour accéder à la compréhension du caractère illusoire des choses, le zen utilise des koan: anecdotes, poèmes ou histoires apparemment absurdes. Ceux-ci sont des outils destinés à stimuler l'esprit pour qu'il parvienne plus vite à la constatation de l'incapacité du langage à exprimer toute forme de notion objective. Ils énoncent par exemple:
• "Quand je traverse le pont, l'eau ne coule pas, c'est le pont qui coule" (Shang-Hui, vers 530)
• "Le bouddhisme, c'est le cyprès dans la cour" (Chao-Chau, vers 850).
Les koan sont étonnants de richesse et d'effet. Sous leur apparente absurdité, ils permettent déstabiliser l'esprit et de le libérer du joug de la pensée conventionnelle. Ils permettent de constater que tout est vrai et tout est faux, une chose et son contraire, et que rien ne dépasse ce que nous faisons de notre vie dans sa pratique quotidienne. On en trouvera de nombreux exemples dans Suzuki, Introduction au bouddhisme zen , et dans la littérature sur le zen.

Quelques koan classiques

Un maître zen se promène avec son disciple. Le vent souffle. Le bruit des clochettes accrochées aux quatre coins du temple se fait entendre. «Qu'est-ce qui sonne?» demande le maître. «Ce sont les clochettes», répond le disciple. «Mais non», dit le maître, «les clochettes ne sonnent pas». «Alors c'est le vent», dit le disciple. «Mais non», dit le maître, «le vent ne sonne pas». «Alors, c'est le vent et les clochettes» dit le disciple. «Mais non», dit le maître. «Ce n'est ni le vent, ni les clochettes, ni les deux. C'est notre esprit qui sonne» (d'après [ RS152 ]).

Voyez un poisson qui nage dans l'eau. Vous avez tendance à voir le poisson comme autre chose que l'eau mais le poisson ne peut nager sans l'eau dans laquelle il nage. On ne peut pas penser au poisson sans évoquer l'eau. Le poisson est poisson parce que l'eau est l'eau. Sans l'eau, le poisson ne peut pas être. Le poisson est l'eau. Voyez-vous dans le monde substantiel. Ce dont nous faisons l'expérience n'est pas la réalité, mais notre interaction avec elle. Le monde n'est pas fait de choses, mais d'interactions.

Quelques koan modernes

Nous sommes habitués à croire qu'une chose est soit présente soit absente. Notre expérience nous laisse croire que le monde physique est solide, réel, et indépendant de nous. La mécanique quantique dit tout simplement qu'il n'en est rien. Si ce qu'elle soutient est correct, alors il n'y a pas de monde substantiel au sens habituel du terme. Ce n'est pas seulement qu'il se pourrait bien qu'il n'y ait pas monde substantiel, mais plutôt qu'il ne peut pas y en avoir un. Ce n'est pas simplement une vision du monde différente de celle que nous avons depuis trois cents ans, c'est carrément son contraire. Ce dont nous faisons l'expérience n'est pas la réalité, mais notre interaction avec elle. Le monde n'est pas fait de choses, mais d'interactions. (d'après Gary Zukav, physicien)

La mécanique quantique et le rôle prépondérant de la probabilité ont détruit la notion classique d'objet matériel. Elle se dissout dans des schèmes de probabilités ondulatoires. Ces schèmes, en dernière analyse, ne représentent pas la probabilité des choses, mais plutôt la probabilité des interconnections. Les particules subatomiques ne sont pas des choses, mais des interconnections entre des choses, qui ne sont pas elles-mêmes des choses mais des interconnections entre des choses et ainsi de suite (d'après Fritjof Capra, physicien).

"Il existe un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement" (André Breton, Second Manifeste ).




Exercices complémentaires
• Choisissez un lointain souvenir d'enfance. Retrouvez le contexte, le moment, les personnes présentes, les lieux. Remontez à l'instant précédent, puis à l'heure précédente, puis à la journée précédente.
• Imaginez votre corps, les cellules qui le composent, les molécules qui composent ces cellules et ainsi de suite jusqu'aux gluons qui composent les quarks qui composent les protons, neutrons et électrons qui composent les atomes qui composent ces cellules. Les gluons jaillissent et retournent sans cesse au vide. Imaginez la constante recomposition de ces atomes en nouvelles molécules, de ces cellules qui naissent, se recomposent et meurent à chaque instant, et de ce corps qui n'est jamais le même et présente pourtant toujours la même forme apparente.
• Éliminez toute pensée, toute pensée sur ce que vous êtes en train de faire, toute pensée sur les pensées.
• Comptez jusqu'à six cent. Votre gorge, votre bouche ne doit pas bouger ni même tenter de bouger. Comptez en esprit et rien qu'en esprit. Par exemple, plutôt que des sons, pensez à des chiffres lumineux se dessinant sur un lointain horizon.
• Si vous êtes dans l'obscurité, pensez à des alternance de noir et de blanc; si vous êtes dans un endroit clair, à des alternances de couleurs vives. Posez des questions. Écoutez les réponses.
• Énoncez le souvenir de votre plus grande honte. Retracez instant après instant ce qui s'est passé. Puis retracez les mêmes évènements en les regardant de l'extérieur, comme s'ils arrivaient à une autre personne, avec un visage différent du vôtre.
• Essayez de faire le lien entre "je" qui est assis dans la pièce; "je" qui a froid ou chaud ou mal; "je" qui a peur ou est inquiet ou irrité ou honteux ou coupable ou qui doute de lui; "je" qui est en train de penser; "je" qui sait que "je" existe. Une fois ce lien fait, défaites-le.
• Essayez d'imaginer, par le raisonnement, ce que peut être le début ou la fin de l'univers. Essayez de laisser tomber un instant vos croyances religieuses ou scientifiques; ne vous laissez pas non plus croire que vos conclusions puissent avoir une quelconque valeur logique ou scientifique.
• Racontez-vous mentalement une histoire fictive sans utiliser un seul mot.








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